Robert Jolivet, abbé du Mont, l’auteur de ce travail considérable, signa son œuvre de ses armoiries, et le bas-relief qui les représente, longtemps abandonné dans l’avancée de la barbacane, a repris sa place originelle sur l’une des courtines de l’enceinte du quinzième siècle.
Robert Jolivet vint souder ses nouvelles murailles à l’est sur celles que Guillaume du Château avait élevées dans le siècle précédent et, descendant des escarpements du rocher, défendu par la tour du Nord, jusque sur la grève, il flanqua ses murs d’abord d’une grosse tour formant un saillant considérable destiné à battre les flancs des courtines adjacentes et à défendre le front de l’est, puis il continua l’enceinte au sud en la renforçant de cinq autres tours. La dernière, dite tour du Roi, constitue le saillant sud-ouest de la place, et défend en même temps la porte de la ville.
A partir de ce point, les remparts se retournent à angle droit et se relient aux défenses de l’abbaye au sud. A l’exception d’une seule, les tours étaient couvertes et servaient de places d’armes ou d’abris pour les défenseurs des murailles. Les remparts sont formés d’un mur d’une épaisseur de deux mètres environ et de dix mètres de hauteur moyenne;
Fig. 167.—Vue du Mont-Saint-Michel, d’après C. Chastillon. Dix-septième siècle.
la base forme un glacis défendu par des mâchicoulis placés au sommet et dont les consoles supportent des parapets découverts et crénelés. Les projectiles lancés du haut du crénelage rebondissaient sur le glacis, tuaient ou blessaient les assaillants qui auraient tenté d’escalader les murs; la sape, qui était ordinairement le moyen employé pour détruire les murailles, ne pouvait être utilement pratiquée ici en raison des mouvements périodiques des marées.
Deux poternes furent ménagées sur le front est: l’une, dans la tour Boucle, pouvait être affectée au ravitaillement par la mer; l’autre, dans la courtine voisine, se nommait le Trou du Chat, en raison de sa petite dimension et probablement de son analogie avec les petites ouvertures—furtives—pratiquées au bas des portes des habitations rurales pour laisser au chat la liberté de ses allures vagabondes. Cette dernière petite poterne s’ouvrait à la base des murailles à peu près au niveau moyen de la mer, et servait à la sortie comme à la rentrée des rondes qui pouvaient se faire à pied à marée basse ou en bateau pendant le temps de la pleine mer ou des hautes marées.
La porte du Roi, l’unique porte de la ville, s’ouvre à l’ouest et donne accès à l’unique rue de la ville; elle était fermée par un vantail et une herse en fer; elle était précédée d’un fossé sur lequel s’abattaient les ponts-levis de la poterne et de la porte principale, destinés aux chariots ou aux cavaliers. Au-dessus des portes était le logis du gardien de la porte ou logis du Roi, le chef de la porte gardant pour le roi. La herse en fer, qui date de 1420, existe encore; elle est restée engagée dans les rainures latérales où elle glissait.
Le tympan de la porte est décoré de riches sculptures au milieu desquelles une composition héraldique représente la hiérarchie sociale du moyen âge. Placées sur l’ouvrage fortifié dont elles décorent l’entrée, les armes pleines du roi sont l’image de la puissance royale; les coquilles rappellent l’abbaye vassale du roi de France, et enfin le bandeau d’azur ondé à deux poissons d’argent posés en double fasce, c’est la ville du Mont, tout à la fois vassale du roi et de l’abbaye.
A l’époque où la porte fut construite, c’est-à-dire de 1415 à 1420, l’artillerie à feu commençait à être employée avec succès dans les sièges; les habiles capitaines du Mont reconnurent bientôt qu’il était important d’éloigner l’assiégant du corps de la place et de couvrir les approches de la porte par un ouvrage plus solide que des palissades en bois. Ils construisirent alors, en avant de la porte, la barbacane (qui existe encore aujourd’hui).