Richard Tustin continua l’œuvre de ses devanciers, et indépendamment de la tour de la fontaine qu’il construisit, il éleva vers 1250 le grand bâtiment nommé Belle-Chaise et commença le nouveau logis abbatial et ses dépendances qui s’étendirent alors au sud de l’église.
Il fit construire en même temps la tour du Nord qui formait le saillant des murailles du nord et assurait la défense des ouvrages avancés de l’abbaye dont il avait refait l’entrée, c’est-à-dire Belle-Chaise.
De 1260 à la fin du quatorzième siècle, les abbés continuèrent les travaux du logis abbatial, reconstruisirent les magasins de l’abbaye établis dès le douzième siècle au sud-ouest, qui devinrent alors un poste avancé relié à l’abbaye par des chemins de ronde, achevèrent les murailles de la ville,—dont l’entrée était alors au sud-est vers Avranches,—en étendant le front est de la place vers le sud, et reliant ses murs aux escarpements du rocher sur lequel s’élèvent les nouveaux bâtiments abbatiaux.
En 1386, Pierre Le Roy fut appelé à gouverner l’abbaye. Ce fut l’un des plus illustres abbés du Mont et l’un de ceux qui contribuèrent le plus aux travaux militaires de l’abbaye. Après avoir restauré l’abbaye dont plusieurs parties avaient été ruinées par des incendies, il compléta les défenses à l’est en élevant la tour Perrine.
Il construisit à l’ouest de Belle-Chaise, dans les premières années du quinzième siècle, le châtelet qui commande l’entrée de l’abbaye, et relia cet ouvrage à la Merveille par une solide courtine qui montre intérieurement les amorces de constructions projetées.
Fig. 166.—Vue du Mont-Saint-Michel (d’après la gravure de J. Peeters).—G. Mérian, 1657.
Il construisit également, en avant du châtelet, la barbacane avec son grand degré au nord et son petit degré au sud. Il modifia en même temps les remparts des côtés nord et ouest en élevant une tour nommée la Claudine, joignant l’angle nord-est à la Merveille, et le saillant nord-ouest surmonté d’une échauguette, établissant ainsi, avec la tour du Nord, des communications indépendantes les unes des autres.
Dès le commencement du quinzième siècle, la ville et particulièrement l’abbaye étaient fortifiées aussi complètement que possible et dans toutes les règles de l’art militaire de cette époque; mais cet art militaire faisant, en ces temps de guerre, de très rapides progrès, il devint bientôt nécessaire de modifier et d’accroître le système défensif de la place.
La ville ou plutôt les faubourgs de la ville s’étaient agrandis vers le sud; il fallait non seulement défendre la nouvelle ville contre les attaques de ses ennemis, mais encore la préserver des envahissements périodiques de la mer. D’ailleurs, depuis 1415, l’abbaye et la ville étaient menacées par les Anglais qui, après la bataille d’Azincourt, s’étaient emparés de la Normandie et se retranchaient sur Tombelaine,—un îlot voisin, au nord du Mont, dans la baie du Mont-Saint-Michel,—ainsi que sur la côte. Il devint indispensable, afin de mieux se défendre, d’opposer aux attaques des Anglais un front de défense beaucoup plus développé que celui des remparts du quatorzième siècle.