Fig. 165.—Armoiries de Louis, baron d’Estissac, gouverneur de la Rochelle, du Poitou, de l’Aunis et de la Saintonge, nommé chevalier de Saint-Michel le 31 mai 1562.

CHAPITRE V
REMPARTS

I
DÉFENSES DE L’ABBAYE ET REMPARTS DE LA VILLE

usqu’à la fin du douzième siècle et même dans les premières années du treizième, l’abbaye n’avait pas d’ouvrages défensifs proprement dits. Elle n’était défendue que par les escarpements du rocher sur lequel elle est bâtie ou par quelques palissades protégeant les points les plus accessibles. A partir du treizième siècle, les abbayes, particulièrement celles de l’ordre de Saint-Benoît, deviennent de véritables forteresses, capables de soutenir un siège. Les abbés, seigneurs féodaux, unissant la puissance religieuse à la force militaire, fortifient leurs monastères pour défendre leurs vies et leurs biens et les mettre à l’abri des désastres qui, au Mont-Saint-Michel, avaient signalé le commencement du treizième siècle.

L’abbaye du Mont-Saint-Michel offre un des exemples de cette transformation. Après l’incendie de 1203, devenue vassale du domaine royal, Jourdain et ses successeurs établirent les lieux réguliers dans les magnifiques bâtiments formant la Merveille, qui constitue à elle seule une formidable défense. Cependant le monastère fut entouré, vers le nord, d’une muraille crénelée couronnant les crêtes du rocher jusques aux points inaccessibles à l’ouest; de cette muraille, un degré, renfermé dans des murs également crénelés, dont il reste encore les ruines, descendait jusqu’à la fontaine Saint-Aubert, laquelle était contenue dans une tour pour la préserver de la mer, et qui fut alors fortifiée pour la défendre des hommes.

La tour de la fontaine Saint-Aubert était l’un des points stratégiques importants de la place, non seulement parce qu’elle permettait à la place assiégée de se ravitailler par la mer,—ce qui se produisit plusieurs fois pendant les guerres contre les Anglais en 1423 et 1424,—mais encore parce que la tour fortifiée renfermait l’unique fontaine d’eau douce de l’abbaye, situation qui dura jusqu’en 1450, époque à laquelle, en reconstituant le chœur de l’église, écroulée en 1421, on établit des citernes dans les collatéraux inférieurs de ce nouveau chœur.