Adrien de LONGPÉRIER.
IX
POÉSIE FRANÇAISE DU XVᵉ SIÈCLE
UNE PRIÈRE EN VERS A L’ARCHANGE
[Page 306]
Glorieux saint Michel archange,
A vous rens graces et louanges
De tout mon cuer, devotement,
En vous suppliant humblement,
Qu’envers Jhesu Crist, nostre pere,
Et Marie, sa fille et mere,
Fassiés que pardon me soit fait
De ce que puis avoir mefait,
Durant tout le cours de ma vie.
A jointes mains merci vous prie:
Car vous avés la cognoissance
Des bonnes ames, et puissance
Recevoir et mener en gloire.
Si vueillez avoir en memoire
Mon ame, quant l’eure viendra
Que du cors partir li fauldra:
Par vous soit conduite tout droit
En Paradis; que Dieu l’ottroit[47]!
X
PREMIERS MONUMENTS DU THÉATRE FRANÇAIS (XVᵉ SIÈCLE)
LE MISTÈRE DU SIÈGE D’ORLÉANS QUI FUT REPRÉSENTÉ DU VIVANT DE JEANNE D’ARC (I)
[Page 306]
DIEU.
Michel ange, entend à moy:
Je veuil par toy faire messaige,
Pour subvenir au desarroy
De France, le noble heritaige.
En Barois yras en voyaige,
Et feras ce que je te dy.
Au plus près d’un petit village
Lequel est nommé Dompremy,
Qui est situé en la terre
Et seigneurie de Vaucouleur,
Là trouveras, sans plus enquerre,
Une pucelle par honneur.
En elle est toute doulceur,
Bonne, juste et innocente,
Qui m’ayme du parfont du cueur,
Honneste, sage et bien prudente.
Tu luy diras que je luy mande
Qu’en elle sera ma vertu,
Et que par elle on entende
L’orgueil des François abatu;
Et que je me suis consentu
Recouvrer le royaulme de France,
Et par elle sera debatu
Contre les Anglois par oultrance.
Premièrement, tu luy diras
Que par elle vueil qu’i soit fait,
Et de par moy luy commanderas
Qu’i soit acomply et parfait.
Sy est qu’elle voise de fait
Pour lever le siege d’Orleans,[48]
Chasser les Anglois à destroit,
S’y ne s’en vont incontinant.
Puis après, elle le menra
Le roy Charles sacrer à Rains.
De par moy elle acomplira
Et en parviendra à ces fins;
Que de ce ne se doubte point:
Ma vertu sera avec elle,
Pour acomplir de point en point
Par icelle jeune pucelle.
Dy luy aussi pareillement
Qu’elle se veste en habit d’omme;
Je luy donray le hardiment,
Pour mieulx que le cas se consomme.
Puis elle s’en yra en somme
Devers Robert de Baudricourt,
Pour l’amener en ceste forme
Devers le Roy et en sa court.
MICHEL ANGE.