Fig. 96 et 97.—Collier de l’ordre de Saint-Michel et médaille de pèlerin de Notre-Dame de Boulogne, portant sur le revers le collier de l’ordre de Saint-Michel, disposé selon la prescription des statuts royaux de 1469.

Tout membre convaincu d’hérésie, de trahison ou de lâcheté, devait être dépouillé de ses insignes et rayé de la liste des frères; parfois même, il était condamné à la peine capitale. Nous en avons un exemple frappant dans la personne du connétable de Saint-Pol: comme il s’était rendu coupable du crime de lèse-majesté, il fut condamné à mort et amené au palais du Parlement. Au moment où il entrait, dit Philippe de Commines, le chancelier lui adressa ces paroles: «Monseigneur de Saint-Pol, vous avez été par cy-devant, et jusqu’à présent réputé le plus ferme et le plus constant chevalier de ce royaume, et puis donc que tel avez été jusqu’à maintenant, il est encore mieux requis que jamais que ayez meilleure constance que oncques vous eutes.» On lui enleva ensuite le collier de Saint-Michel dont il était décoré, et on lui lut la sentence qui le déclarait «crimineux» et le condamnait à mort: «Dieu soit loué, répondit le connétable; véez bien dure sentence; je lui supplie et requiers qu’il me donne la grace de le bien connoitre aujourd’huy.» Au contraire, tout chevalier fidèle à ses engagements était environné d’honneur pendant sa vie, et, à sa mort, le dernier frère reçu dans l’Ordre faisait chanter vingt messes et donnait six écus d’or en aumône pour le repos de son âme.

Les articles XIX et XX sont conçus en ces termes: «Pour la très singulière confiance et dévotion qu’avons à Monsieur saint Michel, premier chevalier, qui pour la querelle de Dieu victorieusement batailla, et qui son lieu et oratoire à tousiours gardé et défendu, sans estre prins ne subjugué des anciens ennemis de la couronne de France, et est invincible; Et soubs le nom et tiltre duquel est par Nous ce présent Ordre fondé et institué: Nous avons institué et ordonné, que tous divins services, et autres cérémonies Ecclésiastiques, biens faicts et fondations qu’entendrons faire, et qui se feront, tant par Nous, que par nos successeurs Souverains de l’Ordre, et les frères et Chevaliers d’iceluy, se feront, célébrèront et emploiront au lieu et Église du Mont sainct Michel: lequel lieu nous élisons et ordonnons, tant pour les choses dessusdites, qu’autres; ainsi qu’après sera déclaré.... Au cueur de ladicte Église, seront ordonnez sièges, ausquels seront le Souverain et lesdicts Chevaliers de l’Ordre, quand ilz seront illec rassemblez: et au-dessus desdicts sièges, contre le mur, premièrement dessus le siège du Souverain, sera mis et affiché l’escu de ses armes, et dessus son heaulme et timbre, et subséquemment de chacun desdicts chevaliers, en gardant l’ordre de préférence.»

Les assemblées générales où se traitaient les plus graves intérêts de l’ordre devaient se tenir le jour de la fête de saint Michel. La veille, tous les membres se présentaient devant le souverain à l’heure des vêpres, et allaient ensemble à l’Église revêtus de manteaux de damas blanc traînant à terre, «brodez» d’or, avec des coquilles «d’or» et lacs d’amour en broderie et «fourrez d’hermines,» la tête couverte d’un chaperon

Fig. 98.—Chapitre de l’ordre de Saint-Michel, tenu par le roi Henri II, en 1548. Fac-simile d’une gravure des Statuts de l’ordre de Saint-Michel, édition de 1725, appartenant à M. Ed. Corroyer.

de velours cramoisi «à longue cornette.» Le jour de la solennité ils assistaient à la messe, et, à l’offertoire, ils donnaient une pièce d’or; ensuite ils dînaient avec le roi; le soir, ils se rendaient de nouveau à l’église pour entendre les vêpres; mais ils portaient alors un manteau noir et un chaperon de même couleur, excepté le roi qui était vêtu d’un manteau violet. Les vêpres étaient suivies de l’office des morts. Le lendemain, à la messe, tous les chevaliers offraient un cierge d’une livre, auquel leurs armes étaient attachées; le jour suivant une autre messe était chantée en l’honneur de la sainte Vierge; mais chaque membre pouvait y assister sans le costume de l’ordre.

D’après les premiers statuts, le nombre des officiers était de quatre seulement: le chancelier qui devait être prêtre, le greffier, le trésorier et le héraut nommé Mont-Saint-Michel. Ce dernier, qu’on appelait aussi «roy d’armes,» devait être «homme prudent et de bonne renommée, souffisant et expert;» il portait un émail comme signe de distinction et jouissait d’une pension de douze cents francs. Sa charge consistait à porter les lettres du souverain aux frères de l’ordre, à signifier les trépas des membres défunts et à notifier les nominations faites dans les assemblées générales; il avait aussi l’obligation de s’enquérir «des prouesses» et hauts faits du souverain et des chevaliers. A la messe solennelle, le jour de l’assemblée générale, ces officiers portaient «des robes longues de camelot de soye blanc, fourrez de menu ver, et des chaperons d’escarlate.» Le 22 décembre 1476 Louis XI créa un prévôt ou maître des cérémonies, et le chargea d’établir à Paris une collégiale «pour célébrer, chanter et dire l’office divin, et faire les prières condignes à obtenir la très bénigne grâce de Dieu nostre Saulveur et Rédempteur, au moyen de la très vertueuse intercession de (Monseigneur) sainct Michel, qui continuellement sans intermission» a conduit les affaires du royaume. A cette occasion vingt-six articles furent ajoutés aux premiers statuts. Enfin, le 24 du même mois, la fondation de cette collégiale fut résolue pour dix chanoines, un doyen et un chantre, huit chapelains, six enfants de chœur, un maître, deux clercs, trois huissiers, un receveur et un contrôleur; les offices devaient se célébrer dans l’église Saint-Michel du Palais. Alexandre VI approuva et loua le projet de Louis XI; mais, contrairement à l’assertion de plusieurs historiens, la chapelle du Palais ne servit pas de lieu de réunion pour les chevaliers de Saint-Michel.

Pendant de longues années, le nouvel ordre militaire jouit d’une haute réputation. Non seulement les souverains de France; mais les