Fig. 101.—Armoiries de Gabriel de Rochechouart, marquis de Mortemar, créé chevalier de l’ordre du Saint-Esprit par Louis XIII, à Fontainebleau, le 14 mai 1633. Ces armoiries sont entourées des deux colliers réunis.
que François II avait beaucoup trop multipliés, au détriment de la chevalerie et malgré la défense des statuts. Henri III ayant créé l’ordre du Saint-Esprit, le fondit pour ainsi dire avec celui de Saint-Michel. En effet, tous les membres de l’ordre du Saint-Esprit prenaient l’ordre de Saint-Michel la veille de leur réception ([fig. 100]); ils faisaient entourer leurs armes des deux colliers réunis et s’appelaient «les chevaliers des ordres du roi ([fig. 101]).» Enfin, Louis XIV ajouta treize articles aux statuts rédigés par ses prédécesseurs, et défendit de porter à plus de cent le nombre des chevaliers, parmi lesquels devaient être six prêtres âgés au moins de trente ans. D’après l’article IX, «aucun des confrères» ne pouvait se dispenser de porter la croix de l’ordre; elle avait la «forme et la figure» de la croix du Saint-Esprit; mais elle devait être moitié plus petite. La colombe était remplacée par l’image en émail de saint Michel, que les chevaliers portaient en écharpe avec un ruban noir. Plus tard, par tolérance, ils attachèrent cette croix avec un ruban bleu «à la boutonnière du just-au-corps.»
Telle est la constitution de cet ordre fameux, qui dut son origine à l’héroïsme des défenseurs du mont Tombe, et à la confiance de nos pères envers le saint Archange. Si le fondateur céda, en l’instituant, aux vues d’une politique humaine, les statuts qu’il rédigea n’en respirent pas moins un attachement sincère à la foi catholique et un amour ardent pour la prospérité, l’honneur et la dignité de la France. Les chevaliers ne marchèrent pas tous sur les traces des d’Estouteville, mais la plupart se montrèrent dignes des marques de distinction et des privilèges dont le souverain les gratifia; fiers d’être enrôlés sous l’étendard de saint Michel, ils honorèrent dans leur céleste patron l’ange des batailles ou le prince de la lumière, le type de la bravoure ou le protecteur des sciences et des lettres; on compta parmi eux des guerriers et des savants. Cet ordre, malgré des siècles de gloire, ne trouva pas grâce aux yeux de la révolution; rétabli sous Louis XVIII et Charles X, il fut aboli de nouveau, et, depuis la mort de son dernier représentant, monsieur de Mortemar, il partage le sort des grandes et nobles institutions du moyen âge.
VII.
APOGÉE DU CULTE DE SAINT-MICHEL.
ien des fois, dans l’histoire du culte de saint Michel, un fait remarquable a dû frapper le lecteur: dans les circonstances solennelles, au moment où se formait notre unité nationale, dans les dangers extrêmes et à l’heure du triomphe, la dévotion des Français prenait comme un nouvel élan, la confiance grandissait, de nombreuses caravanes s’acheminaient vers le mont Tombe, des confréries s’établissaient, des temples et des autels s’élevaient sous le vocable de l’Archange. Après la guerre de cent ans, la France venait d’échapper au plus grand des périls et sa victoire était complète; aussi, jamais le nom de saint Michel ne fut environné de plus d’honneur; jamais son culte ne fut plus populaire, ni plus universel.
Non seulement en France, mais chez toutes les nations chrétiennes, à Byzance et à Moscou, des princes et des guerriers, des familles illustres, des magistrats, des prêtres, des artistes portaient le nom de Michel; la fête de l’Archange était une date célèbre que l’on choisissait
Fig. 102.—Méreau (face et revers) de la corporation des pâtissiers-oublieurs. Quinzième siècle.
pour tenir des cours plénières, pour rendre la justice, contracter des obligations, élire un nouveau domicile ou entreprendre une affaire importante; à côté de l’ordre militaire de Saint-Michel, plusieurs corporations ouvrières, les ajusteurs de balances, les chapeliers, les étuvistes, les boulangers, les pâtissiers-oublieurs et plusieurs autres prirent saint Michel comme patron; dans la ville d’Argentan, les tanneurs se placèrent sous la protection de l’Archange qui avait, dans leur pensée «tanné la peau du diable» quand il le précipita du haut des cieux. Ces corporations, surtout à Paris, gravaient sur les méreaux l’image du saint patron ([fig. 102]), célébraient sa fête avec pompe, et devaient envoyer tous les ans une députation en pèlerinage au mont Tombe.