— Oh ! dit-elle, c’est bien toujours la même chose.

Elle se tut d’un air déterminé, pour nous faire taire, Maurice et moi (les autres nous avaient abandonnés et circulaient). Elle reprit d’elle-même, après la danse finie :

— Tout ce qui est pur geste, l’amour comme la danse, est peu susceptible de variété, et encore moins de changement. On a récemment découvert que les danses grecques étaient une manière de cancan. Et moi qui me flattais de l’avoir inventé !

Je le savais ; mais ma fantaisie était si rebelle ou si lente à imaginer une lady Ventnor dans la posture du grand écart que je la regardais avec le même ébahissement que si je n’avais rien su. Elle sourit :

— Les Revenants !… murmura-t-elle. Je me vois… Rien n’est… autrement… Si : le costume… Voulez-vous que je vous décrive celui que je portais le jour de mes débuts ? Une robe de laine noire, presque tout unie ! La gloire m’a surprise, je n’étais pas en tenue… Le lendemain, j’étrennais du barège ! Et j’avais sur ma jupe quatre jupons à effilés ! Ma troisième robe était de taffetas bleu de France, décorée d’une grecque de velours noir large comme les deux mains ; et sur le velours noir étaient cousus, à intervalles réguliers, de petits boutons de nacre blanche.

— Mais, dit M. de Courpière, cela devait être hideux !

— Surtout si vous ajoutez le cachemire, qui n’était encore que français. Et même le cachemire des Indes, qui me fut offert le mois suivant.

— Et les dessous ? dis-je.

— Hélas ! dit-elle, le genre était d’avoir des bas blancs et des caleçons blancs festonnés.

Ces images parurent, à ma grande surprise, enflammer M. de Courpière. Il se pencha sur l’épaule de lady Ventnor, et je crus qu’il allait lui faire une de ces déclarations qui ressemblent à des assignations. Mais, justement, nous entendîmes un homme assigner tout crûment une des danseuses, et pour la première fois lady Ventnor parut choquée.