Enfin, le rideau baissa (il y eut encore quatre rappels !). M. de Courpière fit un mouvement de corps en avant, qui marqua son intention de débiter à lady Ventnor des propos galants et oiseux. Je ne le permis point : je n’avais que les quinze minutes d’un entr’acte pour interroger la marquise sur toute une période de sa vie.
— Laisse-la tranquille, dis-je à Maurice. Elle a des choses plus intéressantes à nous raconter. Croirais-tu qu’elle vient de me révéler, qu’elle a joué le rôle d’Oreste !
— Ne saviez-vous pas, dit lady Ventnor, que j’eusse été au théâtre ? Et cela vous étonne-t-il ?
— Non. Ce qui m’étonne, c’est que vous ayez jamais tenu un rôle si important.
— Vous entendez que je n’ai pu vouloir paraître sur la scène qu’afin d’y montrer mes jambes ?
— Ce n’est pas ce que je disais.
— C’est ce qu’il fallait dire. Si vous mettiez dans vos raisonnements un peu de cette conséquence que j’ai su mettre dans ma vie, vous devineriez sans mon aide que je devais, en quittant « l’Oncle », entrer au théâtre tout droit. J’avais soulevé le rideau, et j’avais dit en voyant le Prince : « Ce prince-là sera pour moi. » Mais il fallait arriver jusqu’à lui ; ce ne pouvait être du premier coup et, si j’ose m’exprimer ainsi, d’une enjambée. Je ne pouvais pas lui demander audience avant d’être devenue notable dans ma partie. Pour le devenir, il fallait me montrer, et je vous ai dit qu’il n’est pas très difficile aux femmes de se montrer ; mais elles n’ont, de compte fait, que deux moyens : j’avais déjà usé de l’un, où il ne me souciait plus de recourir ; il ne me restait que les planches.
— Cela est juste. Je vois un pendant au Paradoxe sur le Comédien, de Diderot : c’est le paradoxe sur la Comédienne. Je le ferai, et je dirai en quoi consiste la vocation dramatique de ces dames.
— Oh !… et de beaucoup de ces messieurs.
— Ne nous égarons pas. Vous avez débuté aux Variétés ?