Il haussa les épaules. Une autre association d’idées me fit songer à lady Ventnor, et je lui dis en plaisantant qu’il devrait demander cette somme à notre amie. Il me répondit avec un admirable sang-froid :

— C’est naturellement à elle que je la demande.

— Ah ! fis-je, un peu choqué de cette indiscrétion qui me semblait prématurée.

— Je trouverais facilement, reprit-il, quinze cent mille francs ailleurs. Je n’ai qu’à me baisser. Mais je donne la préférence à lady Ventnor. Je souhaite un associé plutôt qu’un bailleur de fonds. Je devrais dire une associée, car ce mot devrait toujours être employé au féminin. Or je ne saurais trouver d’associée plus précieuse que la marquise. Son esprit s’appareille merveilleusement au mien, et je pressens que nous ferons à nous deux de grandes choses.

— En attendant mieux, dis-je.

M. de Courpière haussa une seconde fois les épaules. Je repris :

— Tu m’as reproché l’autre jour d’avoir voulu escroquer un tête-à-tête à lady Ventnor : j’espère que tu ne vas pas chercher ta revanche, et que tu me permettras d’assister en tiers à la conférence où tu solliciteras ses avis, sa collaboration et quinze cent mille francs. Je voudrais voir comme on s’y prend pour tirer d’une femme un million et demi.

— Tu assisteras à notre conversation, répondit M. de Courpière. La marquise et moi ne suffirions pas à fabriquer un journal. Il doit y avoir, dans ces machines-là, un tas de corvées où une femme n’entend rien, et dont il ne me plairait pas de me charger.

— Oui, dis-je, la cuisine.

— Ce mot dit tout. Eh bien, je te la confierai.