— Mme Doulevant n’est pas jeune, dit M. de Courpière, et je veux bien passer là-dessus quand il s’agit de la marquise, mais je n’entends pas me faire une spécialité des femmes d’un certain âge.
— Tu plaisantes, lui dis-je. Elle est plus jeune que la marquise, et même que toi. Oh ! je sais que tu parais à peine son âge…
— Je ne sais pas si je parais son âge, répondit M. de Courpière, mais elle paraît hardiment le mien.
Je goûtai cette plaisanterie, mais ne la trouvai point juste, et je le lui dis.
— Alors, me répliqua-t-il, qu’est-ce que tu attends pour marcher toi-même ?
Et j’observai avec étonnement que je n’avais pas la moindre envie de « marcher ».
Cependant, le même jour, chez lady Ventnor, piqué par ce défi de M. de Courpière, je regardai bien la comtesse Doulevant, et, après m’être convaincu que je ne l’avais pas trop avantageusement jugée, je pris l’offensive : c’est-à-dire, tout simplement, que je remarquai sa présence, et lui adressai la parole cinq ou six fois comme à une personne naturelle. Cette petite manifestation troubla lady Ventnor autant que l’avait fait naguère l’avis de mon voyage à l’île de Wight. Elle me jeta un mauvais regard, où je lus : « De quoi se mêle-t-il, celui-là ? Quel jeu joue-t-il ? » La comtesse, d’abord surprise, puis ravie d’être distinguée, triompha quand elle vit que cela était si sensible à l’autre. Mais à son tour M. de Courpière, qui n’attendait que mon exemple, attaqua, et je crus que lady Ventnor allait nous mettre tous les trois à la porte. Nous sortîmes peu après.
— Tu vois, dis-je à M. de Courpière, si cela prend !
Et j’allais ajouter : « Décidément, cette Doulevant me plaît. » Mais il me coupa la parole pour dire justement ce que j’allais dire, bien qu’il répète plus ordinairement ce que je viens de dire.
— Cette Doulevant, fit-il, me plaît décidément, et je vais tenter l’aventure.