J’avoue que j’en crevai de dépit. Je ne dis mot ; mais le lendemain, avant dîner, j’allai corner ma carte chez Mme la comtesse Doulevant. Sa concierge, qui tricotait, ne se dérangea point, et m’indiqua, du menton, le casier des locataires. Je trouvai, dans la case de Mme Doulevant, une carte de M. de Courpière qu’il était venu poser avant moi. La comtesse, qui ne pouvait manquer de croire que nous fussions venus ensemble, nous remercia de même, le lendemain, sous le nez de lady Ventnor, qui pâlit. Alors elle ajouta :

— J’espère que vous reviendrez me voir à une heure où je suis chez moi.

— Iras-tu ? dis-je à M. de Courpière quand nous sortîmes.

— Oui, fit-il. Avec toi, si tu veux.

— Volontiers, répondis-je, un peu surpris.

Nous y fûmes dès le jour suivant. Nous attendîmes un bon quart d’heure dans un petit salon où la cheminée était habillée de chasubles et les chaises de ce point de Hongrie que la comtesse produit incessamment. Il y avait des saints de bois dans tous les coins. C’était le genre artiste, ou plus précisément le genre peintre, qui a fleuri au temps où la comtesse était une femme à la mode. Je signalai à M. de Courpière cette confirmation de mes pronostics. Enfin la comtesse parut, alerte et appétissante ; mais nous ne sûmes que lui dire. Elle nous montra ses bibelots, qui ne méritaient point cet honneur. Je la mis adroitement sur le chapitre de lady Ventnor, elle en parla avec un enthousiasme de commande. M. de Courpière me fit un signe et nous prîmes congé.

— Il faudrait, pour en tirer quelque chose, la voir dans l’intimité, dis-je à Maurice.

— Oui, dit-il, pensif.

J’ajoutai, après un temps :

— Je ne crois pas que cela soit bien difficile.