— De pompier ? dis-je en riant.
— Oui. Et penses-tu que je vais mépriser lady Ventnor davantage, pour un pompier ? Quelle est la femme, même très convenable, qui n’a pas dans son passé une de ces histoires-là ? On dit, je crois, une histoire de jardinier, ou de muletier ?
— On dit plutôt muletier, depuis Montaigne. Cela est, en effet, assez commun.
— Pour lady Ventnor, ce fut un pompier, parce qu’elle était alors au théâtre. Elle connut ce pompier aux Délassements, pas hier, comme tu vois. Elle le ramassa un soir par caprice, et elle ne put, ensuite, jamais se déshabituer de lui. Au temps même de son plus grand luxe et de ses plus illustres aventures, elle le faisait encore venir de loin en loin avenue des Champs-Élysées. Oui, mon cher, ce voyou s’est prélassé dans le lit de marqueterie, d’où il regardait à la renverse l’Aurore qui prend son vol au plafond. Et voici où il faut rire, du moins selon Mme Doulevant : car moi, je n’ai pas trouvé cette nouvelle à la main si drôle, mais elle pâmait en me la racontant. Il paraît qu’à l’entr’acte — tu m’entends bien — le pompier s’asseyait en travers du lit, allumait une cigarette russe, disait : « Et maintenant, qui est-ce qui va en griller une ?… »
J’achevai la phrase :
— « C’est bibi. » L’historiette, dis-je, est connue, mais je l’avais ouï attribuer à d’autres femmes de l’époque, notamment à Léonide.
— Tu vois, dit M. de Courpière, elle n’est même pas authentique !
Et il continua de grogner. Je trouvais l’histoire du pompier médiocrement drôle et d’un goût affreux. Mais, je ne sais pourquoi, plus M. de Courpière grognait, plus j’avais peine à me défendre d’en rire. Je lui dis enfin :
— J’imagine qu’après ce fiasco tu ne mettras plus les pieds chez la comtesse ?
— Si fait, dit-il. Je lui ai promis d’y aller demain à cinq heures ; mais je ne tiens pas au tête-à-tête, et tu me rendras même service de venir m’y retrouver.