L’istoire nous dict que le chastellain estoit en son recept, et attendoit l’espie qu’il avoit dernierement envoié assavoir moult quant Raimondin entreroit en la forest ; et il exploita tant qu’il vit approucher Raimondin. Lors retourna au recept, et dist au chastellain : Sire, voiez-le cy venir. Et quant le chastellain l’entendist, si escria à haulte voix : A chevau, qui oncques aima Josselin du Pont de Leon et Olivier son filz, si me suyvez. Adonc monta chascun à chevau, et furent tant acreuz qu’ils furent bien huyt cens combatans, et se misrent à chemin parmy la forest à l’encontre de Raimondin, et passèrent par devant l’embuche que Henry et ses proesmes avoient envoié ; et les laissèrent passer sans eulx descouvrir ; et puys se misrent aprez eulx en chemin, et ceulx chevauchèrent tant qu’ilz encontrèrent Raimondin et sa route. Mais quant ils les visrent en chevauchant tous armez en ordonnance, si furent tous esbahis ; et toutesfois n’avoit en celle première route que les varlès et environ cent hommes d’armes, et leur escrioient : A mort, à mort, mal acointastes celluy qui nous a fait la honte et le dommaige de Josselin nostre cousin. Et quant ceulx l’entendirent, si se mettent à part et font sonner leurs trompettes ; et ceulx leur coururent sus, et firent moult grant dommaige aux gens de Raimondin avant que Raimondin y peut arriver, lequel chevauchoit de tire à desroy tant que le chevau povoit courre, et se fiert entre ses ennemis, la lance baissée, et porta le premier que il rencontra par terre, et puys traist l’espée et fiert à tort et à travers, à destre et à senestre, et porte à ses ennemis moult de dommaige. Mais, quant le chastellain le vit, il fut moult doulent ; et adoncques le monstra à trois de ses cousins germains : Voiez-vous le chevalier qui a fait la honte à tout nostre lignage ; se nous estions delivrez de celluy, le remanant ne pourroit gaires durer contre nous. Adonc poignent à luy tous quatre leurs chevaux les lances baissées ; les deux furent sur la comble de l’escu et les aultres deux sur la couppe du bassinet ; et tant le fièrent rudement que ilz ruèrent luy et son chevau par terre, et s’en passèrent oultre ; mais quant il vit qu’il estoit abbatu et luy et son chevau, il point tantost, comme couroucé, le chevau des esporons, et le chevau, qui fut fort et vitte, se remet sur ses genoux, et après ressault sur ses piés legièrement, que oncques n’en perdist les estriers ne l’espée de la main. Et adoncques se tourna sur le chastelain, et le fiert de l’espée sur le bassinet si rudement, à ce que le bras fut fort et l’espée pesante, qu’il fut si estourdi qu’il perdist les deux estriers, et luy va voler l’espée hors de la main ; et en passant le hurta de l’espaulle tellement qu’il le fist tomber de dessus le chevau à terre ; et en celluy point la presse des gens commença à venir si grande qu’il fut tout deffoulé des piés des gens et des chevaux. Lors commença la bataille grande et fière, et y eut grant dommaige d’un costé et d’aultre. Et adonc est venu l’ancien chevalier, Henry et Alain par la meslée ; là eut grant meslée et moult aspre, là fait Raimondin moultz grans faitz d’armes, et de dommaige à ses ennemis ; mais le chastellain est hors de la presse, et luy ont rendu ses gens ung fort chevau, et il monte sus. Là se refforcha moult la bataille, et quant ses gens le visrent remonté, ilz prindrent grant cueur en eulx, et se combatirent moult asprement ; et en y eut moult de mors d’une part et d’aultre ; et sachiés que Raimondin et ses gens soustenoient grans faitz, car l’adverse partie estoit moult forte, et moult bien se combatirent et vaillamment. Mais l’embuche de Henry leur vint par derrière et les assaillirent de tous costez que ilz ne sceurent que faire, ne ilz ne se peurent deffendre, ne ilz ne povoient fouyr. Et adonc fut pris le chastellain et fut rendu à Raimondin, qui le commanda à garder à l’ancien chevalier et à quarante de ses hommes, et furent tous les aultres pris et mors en peu d’eure.
Et ce fait s’en vindrent au recept, et dist Raimondin à ses parens : Or, seigneurs, je vous doibz bien aimer et gracier du noble secours que vous m’avez fait en ceste journée. Et je sçay bien de vray que se n’eust esté l’aide de Dieu et de vous, que ce triste m’eut mis à mort en traïson. Or regardons qu’il est bon de faire. Parfoy, dist Henry, sire, faictes-en vostre voulenté. Je vous diray, dist Raimondin, que nous ferons : faisons pendre tous ceulx qui sont du lignage de Josselin, environ ce recept ; et le chastellain et les aultres envoions au roy des Bretons pour tesmoingner la traïson qu’il nous a faite ; si en prendra telle pugnition qu’il luy plaira. Parfoy, disdrent-ilz tous, vous dictes tresbien, sire. Adonc furent cerchez tous les prisonniers, et furent pendus aux fenestres et aux huys tout en l’environ du recept ; et tous ceulx qui estoient du lignage Josselin et le chastelain liez, et les envoya par Alain, accompaigné de trois cens hommes d’armes, à Vannes par devers le roy, qui là estoit retrait ; et luy presenta Alain le chastelain de d’Arval tout le premier, et tous les autres aprez, et luy racompta Alain toute l’adventure, et luy dist comment Raimondin se recommandoit moult de fois à sa bonne grace, et qu’il ne luy voulsist desplaire se il avoit pris vengance de ses ennemis, qui l’avoient voulu destruire et murtrir en traïson ; et qu’il luy envoioit le chastelain et les autres pour sçavoir la verité du fait, et qu’il en prist la pugnition à sa voulenté. Et comment, dist le roy, chastelain, fustes-vous si hardi de faire tel outraige ne telle derrision pour la raisonnable justice que nous avons fait faire en nostre royaulme, veu et consideré la grant traïson que Josselin et vostre oncle a congneu qu’il avoit fait ? Par Dieu, dist le roy, vous en fuste moult oultrecuidé, et c’est bien à droit se il vous en est mal advenu. A, noble roy, dist le chastelain, prengne vous pitié de moy, car la grand douleur que j’avoie de la deshonneur que Raimondin avoit fait à nostre lignage le m’a ainsi fait faire.
Par foy, dist le roy, c’est mauvaise compaignie que de triste ; il fait bon fermer l’estable avant que les chevaux soient perdus ; je vueil bien que vous sachez que jamais ne vouldrez occire gentil ne noble homme en traïson, car jamais ne mengeray tant que vous soiez pendu avec vostre oncle : car vous luy tiendrez compaignie, et tous ceulx qui sont avec vous. Et adoncq le roy fist prendre tous ceulx de sa route, et furent pendus ; et envoia le chastellain à Nantes, et là il fut pendu emprez Josselin son oncle et Olivier son cousin. Et ainsi garda bien le roy des Bretons justice en son temps. Et se taist l’istoire quant à present d’en plus parler, et retourne à Raimondin et à ses parens.
Or dist l’istoire que, quant Alain fut retourné à Raimondin au recept, et qui luy eut compté et aux aultres ce que le roy avoit fait, ils disdrent que le roy avoit fait vaillamment et comme homme vaillant et loyal justicier. Adoncques appella Raimondin Henry, Alain et les autres de son lignage, et dist à Henry et Alain en ceste manière : Beaulx cousins, à vous enjoinctz que vous facés fonder une prieuré de la Trinité de huict moynes, et de la bien renter, à chanter à tousjoursmais pour l’ame de mon père et du nepveu du roy, et pour ceulx qui sont trespassez de celle folle entreprinse. Et ilz disdrent que si feroient-ilz ; et leur pria Raimondin que ilz le recommandassent au roy de Bretaigne et aux barons et à Alain leur père. Et lors il prist congié d’eulx, et ilz furent moult doulens de son departement, et aussi de ce qu’il ne les laissa plus avant aller. Et sachiés que au departir menèrent les deux frères moult grant douleur ; et entretant il convint que ilz s’en departissent ; et à tant s’en retournèrent vers Quemegnigant, et Raimondin s’en vint à Guerande, là où il fut moult festoié et moult chierement tenu. Et à tant se taist l’istoire de plus parler de luy pour le present, et retourne à parler comment Henry et Alain prindrent congié de leur lignage et revindrent à leur père.
L’istoire dict que Henri et Alain prindrent congié de leur lignage, et vindrent à leur père, et comptèrent toute l’adventure du chastelain, et comment s’en estoient partis de leur cousin, et comment il leur avoit enjoinct de fonder la prieuré. Par foy, dist Alain, or est bien le pays delivré du lignage de Josselin ; Dieu ait des ames mercis, combien qu’ilz ne nous amassent oncques. Or, beaulx enfans, je vous diray que vous ferez. Tout premièrement vous irez au roy et luy requerrez qu’il vous donne place pour ediffier la prieuré ; et luy dictes la manière comment vostre cousin le vous a enjoinct, et je croy qu’il vous en dira bonne responce. Et ilz luy respondirent que cy feroient-ils. Et à tant se partirent de leur père, et à tant chevauchèrent que ilz vindrent à Vannes, et trouvèrent que le roy estoit parti, et estoit allé à Sussinnon pour soy esbatre et desduire à la chasse. Et adonc ilz montèrent à chevau et vindrent au port, et passèrent et entrèrent en la forestz, et chevauchèrent tant qu’il vindrent au chasteau, et trouvèrent que le roy estoit allé au parc chasser ; et les deux frères vont après, et trouvèrent le roy dessoubz ung grant arbre sus ung estang, où il attendoit le cherf que les chiens chassoient. Adonc les deux frères se trairent à part, pour ce qu’ilz ne le voloient pas destourber au roy à veoir son deduit, qui les apperceut bien et leur en sceut moult bon gré ; et ne demoura guères que le cerf est venu, qui se va ferir en l’estang ; et là fut pris par force de chiens, et fut tiré hors de l’eaue : et fut faicte la curée et donné le droit aux chiens. Lors se trairent Alain et Henry par devers le roy, et le saluèrent moult honnourablement, et firent bien le messaige que Raimondin leur cousin leur avoit enchargé. Et adonc le roy les bienveigna, et moult leur enquist de l’estat de Raimondin ; et ilz luy disdrent ce qu’ilz en avoient veu ; et puys luy racomptèrent comment il leur avoit enjoinct de fonder et parfaire une prieuré de huict moynes, et de les renter pour chanter pour l’ame du nepveu du roy et pour l’ame de Henry son père, et pour tous les autres qui avoient receu mort pour celle querelle ; et aussi comment ilz luy priassent de par luy pour qu’il leur voulsist donner place pour fonder la dicte prieuré. Par foy, dist le roy, la requeste est moult raisonnable ; et tout maintenant je vous meneray au lieu où je veulx qu’elle soit fondée. Adonc ilz saillirent de la garene et vindrent tout selon le mur au bout du clos ; et adonc dist le roy : Beaulx seigneurs, faictes icy fonder une prieuré, et prenez tant de place comme vous vouldrez ; et je vous habandonne la forest pour y prendre le boys à charpenter ; et quant les moynes y seront establis, je leur en donne pour leur user et à tous leurs adherens et habitans, et leur habandonne le pescher en la mer qui est prez de ceste place à ung quart de lieue, et de prendre en la forest oyseaulx et sauvaignie pour leur vivre et de leur hostel ; et si leur donne toutes les terres arables qui cy sont environ à demy lieue ; et de tout ce leur fist bonnes lettres. Et de ces choses le vont mercier moult humblement les deux frères, et font tantost venir massons et charpentiers, et font en peu de temps l’eglise et la prieuré achever, et y misrent moynes blancs jusques à huyt personnes religieux, qui portent en leur habis divers une croix azurme, et les rentèrent bien pour leur vivre bien aisement, et encores y est. Et à tant se taist l’istoire du roy des Bretons et des deux frères, et commence à parler de Raimondin, et comment il se gouverna depuys.
En ceste partie nous tesmoigne que tant demoura Raimondin en la terre de Guerende qu’il mist à accord aulcuns barons qui estoient ensamble longtemps avant en grans dissessions ; et fist tant qu’ilz furent bons amis ensamble, et que le pays fut bien en paix. Et à tant prinst congié des barons et du peuple, qui furent fort doulens de sa departie. Et à tant chevaucha que il vint en la terre de Poetou, là où il trouva grant foison de haultz forestz non habitées, et en aulcuns lieux avoit grant foison de sauvaignie, comme cerfz, biches, dains et porcs, et autres bestes assez, et en d’aultres lieux grant foison plainnes moult belles, praries et rivières. Par foy, dist Raimondin, c’est grant dommaige que en ce pays ne habite de peuple, car moult est grasse la contrée ; et en pluiseurs lieux sur la ripvière y avoit moult belles places non habitées, lesquelles, à son advis, fussent moult pourfitables se elles fussent bien entretenues. Et à tant chevaucha Raimondin qu’il vint en une ancienne abbaye moult grande et grosse, qui estoit appelée Maillières, et avoit à compter l’abbé cent moynes sans les convers ; et là se herberga Raimondin, par la grant plaisance que il prist en ce lieu, par trois jours et trois nuicts. Et y donna Raimondin de moult beaulx joyaulx, et puys s’en partist, et s’en vint chevauchant tant qu’il approucha Lusignen ; et premier apperceut la tour trompée et le bourc, et lors il ne cuida pas estre là où il estoit, car il mescongnoissoit le lieu pour la tour et pour le bourc qui y furent faictz depuys qu’il estoit parti et moult se esmerveilla quant il ouyt les trompettes de la tour tromper.
En ceste partie nous dict l’istoire que quant Raimondin vint au dessus de Lusignen, et il apperceut le bourc, qui estoit clos de haultz murs et grosses tours drues, et les fossez bien parfons tous taillez de pierre de taille, et vit la tour qui estoit grosse et entre le fort et le bourc, et qui le surmonte de haulteur plus d’une lance, et y ouyt les trompettes de plus en plus quant ilz appercevoient les gens qui venoient avec Raimondin eulx spacier et esbatre. Comment, dist Raimondin à l’ancien chevalier, que peut cecy estre ? il me sembloit ores que j’avoie failly de venir à Lusignen ; et encore me le semble-il. Adonc commença l’ancien chevalier à rire, et Raimondin luy va dire : Comment, sire chevalier, truffez-vous de moi ? je vous dis pour certain que se ne fut la tour et le bourc que je vois, je cuidasse estre à Lusignen. Par foy, dist le chevalier ancien, tantost vous vous y pourrez trouver, se Dieu plaist, à grant joye. Or vous diray-je des queux, des varlès et des sommiers qui estoient allez devant, et avoient annoncé la venue de Raimondin à Melusine ; combien qu’elle les creut bien, elle n’en fist point de semblant, que tantost elle fist appareiller et apprester tout le peuple, et les fist aller à l’encontre de Raimondin ; et elle mesmes y alla à grant foison de dames et damoiselles, chevaliers et escuiers, montez et arroiez moult honnourablement. Adonc Raimondin regarda devant soy, et voyt arriver les gens du font de la vallée, venans et saillans deux à deux par ordonnance ; si se esmerveilla moult, et, quant ilz approuchèrent, si escrièrent tous à une voix : Ha ! Ha ! bien soiez-vous venu, monseigneur. Et adonc congneut Raimondin pluiseurs de ceux qui le bienveignèrent, et leur demanda : Beaulx seigneurs, dont venez-vous ? Monseigneur, disdrent-ils, nous venons de Lusignen. Dist Raimondin : Y a-il gaires d’icy ? Par foi, monseigneur, dirent-ilz, qui apperceurent bien qu’il mecongnoissoit le lieu ou le bourc et la tour qui y estoient faitz depuys son departement dudit lieu ; monseigneur, vous ne le cognoissez pour tant que ma dame a cy fait faire ce bourc et celle tour depuys que vous vous en partistes ; et voiez la cha où elle vient à l’encontre de vous. Adonc fut Raimondin esbahi, et ne dist pas tant qu’il pensoit ; mais, quant il luy souvint qu’elle avoit fait le fort de Lusignen et le chasteau en si peu de temps, il ne se donna plus de merveilles. Et à tant vint Melusine, qui moult doulcement le bienveigna et le receupt moult honnourablement en disant en ceste manière : Monseigneur, je suis moult joyeuse de ce que vous avez si bien besongné et si honnourablement en vostre voyage : car on m’a jà tout dit et compté. Et Raimondin lui respond : Madame, c’est Dieu mercis et vous. En parlant de ces choses, ils arrivèrent à Lusignen et descendirent, et fut la feste moult grande, et dura bien huict jours ; et y estoit le comte de Forestz, qui moult bienveigna Raimondin, son frère. Et aprez la feste se partirent de Lusignen, et vindrent à Poetiers par devers le conte, qui moult les bienveigna. Et adonc il demanda à Raimondin où il avoit si longuement esté ; et il lui recorda toute son adventure ; et, à brief parler, le conte Bertrand en fut bien joyeulx ; et ce fait, prindrent les frères congié de lui. Et lors l’ung s’en alla en Forestz, et Raimondin à Lusignen, où Melusine le receupt moult liement. Et estoit pour lors la dame ençainte, et porta son terme, et accoucha en son temps du second enfant, qui fut ung filz, et eut nom en baptesme Odon ; et eut une oreille sans comparation plus grande que l’aultre ; mais de tous aultres membres il estoit bel à grant devise, et estoit moult bien formé. Et celluy Odon eut puis espousé la fille au conte de la Marche, et en fut conte. Et à tant se taist l’istoire à parler de l’enfant et parle de Raimondin et Melusine plus avant.
L’istoire nous dist et certifie que la dame eut jeu son terme et qu’elle fut relevée, la feste fut moult grande, et y eut moult grant foison de nobles gens ; et se partist la feste moult honnourablement. Et en celle année fist la dame faire le chasteau et bourc d’Annelle, et fist faire Waviront et Mermant ; et puis fist faire le bourc et la tour de saint Maissant, et commença l’abbaye, et faisoit moult de biens aux povres gens.
Et, au second an aprez, eut ung fils qui eut nom Guion, et fut moult bel enfant ; mais il eut ung œil plus hault que l’aultre. Et sachiés que Melusine avoit tousjours si bonnes nourrices, et estoit si tressongneuse de ses enfans, qu’ilz croissoient et amendoient si tresfort que chascun qui les veoit s’en donnoit grans merveilles. Et en celluy temps fist fonder Melusine nobles lieux par le pays qu’ils avoient ès mettes de la conté de Poetou et duchié de Guienne ; elle fist le chasteau et le bourc de Partenay, si fort et si bel que ce fut sans comparation ; puys fonda les tours de la Rochelle et le chasteau, et commença de la ville une partie ; et avoit une grosse tour à trois lieues que Julius Cesar fist faire, et l’appelloit-on la tour des Anglois, pour ce que Julius Cesar portoit l’aigle en sa banière comme empereur. Celle tour fist la dame environner de fortes tours et grosses, et fors murs, et la fist nommer le chasteau Aiglon. Et depuis ediffia Pons en Poetou, et Saintes, qui pour lors estoit nommée Linges ; et puys fist Tellemont et Tallemondois, et moult d’aultres villes et forteresses, et acquist tant Raimondin en Bretaigne et Guienne et Gascongne, qu’il n’y avoit prince nul qui marchast à luy et qui ne le doubtast à couroucer.
Et aprez porta Melusine le quart enfant et s’en délivra à terme, et eut nom Anthoine. Nul plus bel enfant ne fut veu ; mais au naistre il apporta en la joue ung grif de lyon, de quoi moult furent ceulx qui le visrent esbahys.