Sy nous dist l’istoire que le septiesme an aprez Melusine porta le quint enfant, et s’en delivra à terme, et eut nom Regnault. Nul plus bel enfant ne pouvoit-on veoir ; mais au naistre il n’apporta que ung œil sur terre ; mais il en veoit si cler qu’il veoit venir sur mer la nef, ou par terre aultre chose, de trois veues, qui montent bien .xxj. lieue. Celluy fut doulx et courtoys, si comme vous orrez en l’istoire, ci-aprez.
L’istoire nous dist que le huitiesme an Melusine enfanta le siziesme enfant, qui fut ung fils, et eut nom Geuffroy, et au naistre il apporta sur terre ung grant dent qui lui sailloit de la bouche plus d’ung pouce, nommé Geuffroy au grand dent. Et celluy fut moult grant, hault et bien formé, et fut fort à merveilles, hardy et cruel, et tant que chascun le doubtoit, quant il fut en eage, qui en oyoit parler. Il fist en son temps moult de merveilles, ainsi comme orrez ci aprez en l’istoire.
L’istoire dist que la neufiesme année Melusine enfanta ung fils ; ce fut le septiesme, et eut nom Froimond, qui fut assez beau ; mais il eut au naistre sur le nez une petite tache vellue ainsi comme se ce fut la peau d’une talpe ou d’ung fouant. Et fut en son temps moult devot, et fut puys, par le commun accord de son père et de sa mère, fait moyne de Maillières, dont vous orrez ci aprez en l’istoire.
En ceste partie nous dist l’istoire que Melusine demoura environ deux ans sans porter ; mais il fut vray que la onziesme année elle porta ung filz qui fut le huitiesme, et ce fut moult grant merveilles, car il apporta au naistre trois yeulx sur terre, l’ung desquelz eut au front ; et fut si cruel et si mauvais qu’il occit, avant qu’il eut quatre ans, deux nourrices. Et de cestuy-cy maint l’istoire, et comment il fut mort et enterré au moustier neuf à Poetiers.
Or dict la vraye histoire que tant nourrist Melusine ses enfans que Urian, qui fut le premier né, eut quelque XVIII ans, et fut moult grant et moult bel, et fort à merveilles, et faisoit moult de force et d’espartise ; et le plaignoit chascun de ce qu’il avoit si estrange visaige : car il avoit court et large, l’ung des yeulx rouge et l’autre tout pers ; et les oreilles si tresgrandes comme les mamielles d’ung vau. Et Odon son frère avoit XVII ans, et Guion XVI, et amoient l’ung l’aultre Urian et Guion ; et estoit Guion si vitte et si mauvais, et si appert, que tous ceulx qui le veoient s’en donnoient grans merveilles ; et tousjours s’entretenoient Urian et Guion, et les amoient tous les nobles du pays, et les enfans l’ung l’aultre tant qu’ilz ne povoient plus, et faisoient souvent faitz d’armes en joustes, en tournois et en becheris. Or advint que, en celuy temps, deux chevaliers poetevins vindrent de Jherusalem et comptèrent les nouvelles par le pays que le souldan de Damas avoit assiegé le roy de Chippre en sa cité de Famagosse, et que il le tenoit en moult grant destresse ; et n’avoit celluy roy de heritier que une seulle fille, laquelle estoit moult belle. Et furent tant portées ces nouvelles par le pays que Urian le sceut ; et adonc il dist à son frère Guion : Par ma foy, beau frère, ce seroit grant aulmosne de secourir celluy roy encontre les Sarrazins ; nous sommes jà huit enfans masles ; la terre de nostre père ne demoura pas sans heritier, posé que de nous ne fut riens ; dont pour telle cause nous devons tant plus pener de voyager pour acquerir honneur. Par foy, dist Guion, vous dictes verité ; mais pourquoy le dictes-vous ? Car voiez moy cy prest à faire ce qui vous plaira. Par foy, dist Urian, vous dictes bien : or mandons les deux chevaliers qui sont venus du saint voiage d’oultre mer, et enquerons plus avant la verité de cest affaire. Et adoncques mandèrent les deux chevaliers, qui vindrent moult liement ; et quant ilz furent venus, les deux enfans les bienveignèrent moult amiablement, et aprez leur commencèrent à enquerir la manière de leur voyage, des usages et des manières du pays où ilz avoient esté ; et ilz leur en disdrent la pleine verité. Par foy, dist Urian, nous avons entendu que vous avez passé par une ysle où y a ung roy cristien qui est moult oppressé d’ung souldan des Sarrasins ; si nous merveillons que vous ne demourastes en la guerre avec le roy cristien pour luy aider et conforter, vous qui estes renommés si vaillans chevaliers, à ce qui nous semble que tous bons cristiens sont tenus de aider l’ung l’autre contre les mescreans ; et aussi ce nous semble grant aulmosne de les reconforter en celle necessité. Ad ce respondirent les deux chevaliers : Par foy, damoiseau, nous voulons bien que vous sachiés que, se nous eussions veu la voye comment nous eussions peu entrer en la ville sans estre mors ou prins, nous y feussions moult voulentiers entré, et eussions attendu l’adventure avecq le roy de Chippre telle que Dieu le nous eut voulu envoier, et vous sçavez que deux chevaliers ne pourroient mie porter le faitz contre bien .lx. ou .iiij. vingz mille Sarrazins ; et ce fut la cause qui nous destourna d’y aller : car vous devez bien sçavoir que celluy est bien fol qui souffle contre le vent pour le cuidier faire taire et surmonter. Par foy, dist Urian, vostre excusation est bonne et juste ; mais dictes-moy se gens qui auroient povoir de mener de .xxij. à .xxv. mille hommes d’armes y pourroient rien faire et venir à ses ententes pour secourir à celluy roy ? Adoncques l’ung des deux chevaliers respondist : Par ma foy, Sire, ouy, veu et consideré que la cité est forte et le roy est moult vaillant et bataillereux de sa personne ; et y a assez competamment de vivres et de bonnes gens d’armes pour garder la ville ; et encore y a pluiseurs fortresses où ceulx de Rodes se viennent refreschir, de quoy le roy de Chippre et ceulx de la cité ont grant reconfort. Et sachiés qu’ilz y viendroient bien, et vouldroie que mon compaignon y voulsist aller en celle compaignie que vous dictes, et nous y deussions aller et entreprendre l’adventure avecq eulx. Par foy, dist Urian, mon frère et moy vous recepvrons et y menerons, Dieu avant, et ne demourra gaires. Et quant ceulx l’entendirent, ilz furent moult joyeulx, et dirent que, se ilz y vont, qu’il leur meut de grant vaillance et grant noblesse de cueur. Or se tait l’istoire de plus parler des deux chevaliers, et commence à parler de Urian et Guion, comment ilz prindrent congié de leur père et leur mère, et de l’aide qu’ilz leur firent.
Comment Urian et Guion prindrent congié de leurs père et mère, et de l’ayde qu’ilz leur firent.
En ceste partie nous dict l’istoire que Urian et Guion vindrent à leur mère Melusine, et luy commença Urian à dire moult saigement : Ma dame, se il vous plaist, il seroit bien temps que nous allissions voyager pour congnoistre les terres, les contrées et les pays estranges, affin d’acquerir honneur et bonne nommée ès estranges marches, par quoy nous fussions introduictz de sçavoir parler diverses langues avecq les bons, et de diverses choses qui sont par les estranges marches et pays qui ne sont pas communes par decha ; et aussi, se fortune ou bonne adventure nous vouloit estre amie, nous avons bien volenté de conquerir terres et pays : car nous regardons que nous sommes jà, Dieu nous croisse, huyt frères, et sommes taillez, se Dieu plaist, d’en avoir autant ou plus ; et à dire que le vostre fut parti en tant de parties pour nostre gouvernement, celluy qui deveroit tenir le chief de la seigneurie ne pourroit tenir ne avoir gaires d’estat, consideré et veu le grant estat que monseigneur mon père et vous tenez ; car dès maintenant mon frère Guion et moy quitons nostre part de ce qui nous pourroit escheoir de par vous, excepté tant seulement vostre bonne grace, parmy l’aide que vous nous ferez presentement, se il vous plaist, pour nostre voyage, se Dieu plaist, acomplir. Par foy, enfans, dist Melusine, vostre requeste vous vient de grant vaillance de cueur, et pour tant elle ne doibt pas estre refusée ; et sur ceste matère je parleray à vostre père, car sans son conseil ne vous doibz-je pas accorder vostre requeste. Adonc se part Melusine de là, et vint à Raimondin, et luy compta la requeste de ses deux enfans, lequel dist : Par ma foy, dame, se il vous samble que ce soit chose qui soit bonne à faire, faictes-en vostre voulenté. Sire, dist Melusine, vous dictes bien ; et sachiés qu’ilz ne feront en ce voyage chose qui ne leur tourne à grant honneur et prouffit, au plaisir de Dieu. Adonc revint Melusine à ses deux enfans, et leur dist, ainsi : Beaulx enfants, pensez desoresmais de bien faire, car vostre père vous accorde vostre requeste, et aussi fais-je ; et ne vous soussiés de rien, car dedens brief temps je vous auray ordonné de vostre fait, à l’aide de Dieu, tellement que vous m’en sçaurez gré. Mais or me dictes en quelle partie vous voulez aller, affin de vous pourveoir de ce que vous fauldra. Adonc respondit Urian : Madame, il est bien vray que nous avons ouy certaines nouvelles que le roy de Chippre est assiegé du souldan de Damas en sa cité de Famagosse, et là, Dieu avant, nous avons entention de nous en aller pour le secourir contre les faulx mescreans sarrazins. Or va donc dire Melusine : Cy fault pourveoir tant du fait de la mer comme de la terre, et, à l’aide de Dieu, mes enfans, j’en ordonneray tellement que vous souviendra de moy ; et ce feray-je bien brief. Et à tant se vont agenoullier devant leur mère en la remerciant moult de ce humblement. Et la dame les drescha sus et les baisa chascun en la bouche tout en plourant, car elle avoit grant douleur au cueur, quelque chière qu’elle fist, de leur departement, car elle les amoit d’amour de mère, non pas d’amour de nourice.
L’istoire dist que Melusine fut moult curieuse de apprester l’afaire de ses enfants, et fist arriver au port de La Rochelle grant et riche navire, tant gallées comme rampins et grosses nefz ; la maindre de deux couvertes et aulcunes de trois ; et fut la navire si grant que pour mener quatre mille hommes d’armes. Et entretant mandèrent les deux enfans les deux chevaliers qui dudit voiage les avoient acointez, et leur disdrent que ilz se appareillassent d’eulx mouvoir bien briefment comme ilz leur avoient promis. Et ilz leur disdrent : Seigneurs, nous sommes tous prestz, et si vous avons acointé plusieurs gentilz hommes qui se appareillent et sont tous prestz de eulx envenir en vostre compaignie ; et tous desirons de vous servir et de vous faire plaisir. Par foy, dist Urian, tresgrans mercis ; nous les mainerons, se Dieu plaist, et vous aussi. Or doncques, à brief parler, tant fist Melusine que tout fut prestz, et eut quatre barons, que de Poetou que de Guienne, à qui elle bailla ses deux enfans en gouvernement, et eut grant foison de chevaliers, d’escuiers et de gentilz hommes, jusques au nombre de deux mille et cincq cens hommes d’armes et de cinq cens arbalestriers. Et adoncques les vivres, l’artillerie, les harnois et les chevaux furent chargés ès vaisseaulx, et aprez montèrent les gens ès navires. Là veissiés pannons, banières et estandars au vent, et sonner trompettes et instrumens, et les chevaux hanir et brandoier, que c’estoit moult grant beaulté à veoir. Et prindrent les deux enfans congié de leurs frères et des gens du pays, qui moult tendrement plourèrent de leur departie. Et Raimondin et Melusine convoièrent leurs enfans jusques en la mer ; et, quant ilz furent là venus, Melusine les traist à part en disant : Mes enfans, entendez ce que je vous veulx dire et commander.
Enfans, dist Melusine, voiez cy deux aneaulx que je vous donne, dont les pierres ont une mesme vertu ; et sachiés tant que vous userez de leaulté, sans penser à mal ne à faire tricherie, et que vous les aiez sur vous, vous ne serez ja desconfis en nul fait d’armes, mais que vous aiez bonne querelle, ne sort ne enchantement d’art magique ou poisons de quelque manière ne vous pourront nuire ne grever, que si tost que vous les regarderez, qu’ilz n’aient perdu vertu et force ; et lors elle en bailla à chascun ung. Ilz lui mercièrent moult, les genoulx à terre. Et aprez Melusine reprinst la parolle en disant ainsi : Mes enfans, je vous encharge que en tous les lieux là ou vous serez, que tous les jours vous oiez le service divin avant que vous facés aultre chose, et aussi en tous vos affaires que vous reclamez devotement l’aide de nostre createur, et le servez moult diligemment, et l’aimez et craignez comme vostre Dieu et vostre createur ; et honnourez tousjours de vostre povoir nostre mère saincte eglize, et la soustenez, et soiez ses vrais champions contre tous ses malvueillans. Aidez et conseillez les femmes vefves, nourrices, ou faictes nourrir les orphelins, et honnourez toutes dames ; reconfortez toutes pucelles que on vouldroit desheriter desraisonnablement. Amez les gentilz hommes et leur tenez compaignie. Soiez humbles, doulx et courtoys, humains et humilians aux grans et aux petits ; et, se vous voyez ung homme d’armes qui soit povre ou en petit estat de vesture, en mesure donnez-luy du vostre selon vostre aisement, et selon qu’il sera de value. Soiez larges aux bons ; et quant vous donnerez quelque chose, ne le faictes pas attendre longuement ; mais tous temps regardez quant, combien, ne pour quoy, et la personne le vault, ou se il est maistre de sa maistrise. Et se vous donnez pour plaisance, gardez bien que folle largesse ne vous sousprengne, affin que aprez on ne se puist moquer de vous ; car ceulx qui auroient desservi que vous leur feissiés aulcun bien s’en tiendroient pour mal contens ; et les estrangiers se moqueroient de vous en derrière. Et gardez que ne promettez chose qui ne puissés tenir ; et se promettez aulcune chose, ne faictes pas trop attendre cellui aprez la promesse, car longuement attendre esteint moult la vertu du don. Gardez-vous bien de convoitier la femme de nulluy de qui vous vueillez estre amez. Ne croiés ja conseil de garson, ne l’atraiez ja prez de vous se vous n’avez assaié ses meurs et conditions. Aussi ne croiez ja conseil d’avaricieux, ne tel homme ne mettez en office, car ilz pourroient plus faire de deshonneur qu’ilz ne pourroient faire de prouffit en leur vivant. Gardez bien que vous ne acroiez chose que ne puissiez bonnement paier, et, se necessité vous constraint à acroire, tantost que vous en aurez l’aisement faictes-en restitution. Et ainsi pourrez-vous estre sans dangier, et vivre honnourablement. Et se Dieu vous donne adventure que vous conquerez pays, gouvernez bien vos gens selon la nature et condition qu’ilz ont ; et, se ilz sont rebelles, gardez bien que vous les surmontez sans riens laisser passer des droitz de vostre seigneurie, et que vous soiez sur vos gardes tousjours, tant que tousjours la puissance soit vostre ; car se vous vous laissez sus marcher, il vous fauldroit gouverner à leur voulenté ; mais toutesfois gardez bien, quoy qu’ilz soient durs ou de bonnes aises, que vous n’y eslevez point velles coustumes qui soient desraisonnables, et prenez sur eulx vostre droit seullement, sans les tailler contre raison ; car se le peuple est povre le seigneur sera maudit, et se besoing luy survenoit de guerre ou d’aultre necessité, il ne se sauroit de quoy aidier, dont il pourroit venir et escheoir en grant dangier et servitude, et n’en seroit ja plaint des estrangiers ne des privez. Car sachiés que une toison d’une année est plus pourfitable que celle qui a esté tondue deux ou trois fois. Or, mes enfans, encores vous deffens-je que vous ne croiez ne n’aiez fiance en jongleur n’en flatteurs, ne d’aultre homme qui d’aultruy mesdit en derrière, ne ne croiez conseil d’omme exillié ne fuitif de son pays, où il puit toucher au desir de nuire à ceulx qui l’ont exillé, se il n’y a tresbonne raison, et vous aussi bonne cause de luy aidier : car ce vous pourroit moult empescher de venir au degré d’onneur. Et aussi sur toutes choses je vous deffens orgueil et vous commande à tenir justice, et de faire raison aussi bien au grant comme au petit, et ne desirez pas à venger tous vos tors faitz, mais prenez amende raisonnable, qui la vous offrira, de chose de quoi on doit prendre amende ou hommaige ; ne desprisez ja vos anemis, tant soient petits, mais soiez tousjours en vostre garde à toutes heures, et gardez bien que, tant que vous aurez à estre conquerans, que entre vos compaignons ne vous maintenez comme sire, mais commun au petit et au grant, et devez parler et tenir à chascun compaignie selon sa qualité, et puys à l’un et puys à l’aultre ; car tout ce fait les cueurs des creatures famiablement attraire l’amour de ceulx à qui ilz sont humains, doulx, courtoys et humbles en seigneuries. Aiez cueur de fierté de lyon envers vos ennemis, et devez monstrer vostre puissance entre eulx et vostre seigneurie. Et se Dieu vous donne du bien, departez en à vos compaignons selon que chascun en sera digne. Et quant à la guerre, croiez le conseil des vaillans hommes qui ont hanté le mestier et l’usaige d’armes honnourablement. Et aussi je vous deffens que vous ne facés ja grant traicté à vos ennemis : car en long traicté gist aulcune foys grant deception et grant perte pour la puissante partie ; car tous temps les sages reculent pour plus loingz saillir ; et le sage, quant il voit qu’il n’a pas la puissance de resister à la force de ses ennemis, il pourchasse tous temps ung traictié pour disimuler tant qu’il se voie en puissance, et qu’il puisse nuire et grever ses ennemis ; et adonc en peu d’eure ilz trouvent voie pour quoy les traictez sont nulz. Et pourtant vous chastie que ne portez ja vostre ennemy où le puissiés mettre en subjection par honneur, et lors se vous luy faictes courtoisie, il vous sera tourné à tresgrant honneur, et vous luy faictes mains par traicté, posé que se trouvast d’un costé et d’aultre sans deception, se pourroient les aulcuns dire ou penser que vous y eussez aulcune doubte ; combien que je ne dis pas que on doibve refuser bon traicté, qui le peut avoir, mais qu’il soit si brief ou si long que ce soit à tousjours mais sans plus en faire de memoire aux vivans, et au prouffit et l’onneur de celluy qui y pense avoir le plus grant droit, et qui luy a selon la commune renommée. Et ainsi comme vous avez ouy chastia et enseigna Melusine ses enfans, lesquelz l’en mercièrent moult humblement. Et adonc leur dist : Enfans, vous envoie en vostre navire assez or et argent pour tenir vostre estat et pour bien paier vos gens jusques à quatre ans ; et n’aiez doubte que vous n’aiez assez pain, biscuit, eaue doulce, vinaigre, cher, poissons sallées et bons vins jusques à grant temps ; et allez vous-en en la garde de Dieu, qui vous vueille garder, conduire et ramener à joye, et veus que vous pensez de bien faire, et de faire et de tenir à vostre pouvoir tout ce que je vous ay enjoinct.