Susanne. C’est ce qui te trompe, cousine, et il est bien mieux de la façon que je te le vais dire.
Fanchon. Expliquez-moi donc cela, en un mot, comment cela se fait, et pourquoy il finit et recommence, et qu’est-ce qui fait que l’on ressent ce plaisir, le vit estant dedans le con de la fille, puisqu’en y mettant le doigt ce seroit bien quelque chose.
[(20)] Susanne. Premièrement, tu doibs sçavoir que cest engin du garçon a une peau par dessus, douillette et unie, qui donne du plaisir à la fille quand elle y touche avec la main. Il est dur et plein de nerfs par dedans, et l’on sent cela par dessous la peau, qui est mouvante, en le frottant haut et bas, fors et excepté devers la teste, qui est composée d’une glande de chair tendre et délicate et qui ressemble proprement, comme j’ay dit, un gros bigarreau rouge. Par dessous et le long de cet engin, il y a un tuyau qui paroist enflé comme une grosse veine et qui aboutit à la teste, là où il y a une petite fente en long, comme d’un coup de lancette, et qui est tournée de mesme sens comme celle du con. Pour la fille, je ne sçais comment elle est faite, mais on dit qu’elle a un engin par dedans, fait comme celui du garçon. Or voicy ce qui arrive quand la fille reçoit le vit au con (c’est le mot): la peau du vit rebourse, qui ne peut entrer, et le membre coule par dedans toute la teste; le garçon cependant pousse tousjours avec le cul le membre, qui est pressé parce qu’il est trop gros, dans le conduit de la fille; cela fait que la peau qui le couvroit, et qui ne luy a descouvert que la teste, vient à frotter par dessous contre le tuyau que j’ay dit. A mesure qu’il pousse et retire le cul pour le faire entrer, la fille aussi, qui résiste, sent le frottement, et celuy que la peau et l’engin du garçon luy font dans son conduit, tout cela leur ameine du plaisir, avec les autres caresses qu’ils se font. Enfin, à force de frotter et de remuer le cul de part et d’autre, il arrive que tous deux viennent à s’eschauffer d’aise par une petite démangeaison et chatouillement qui leur vient le long de leurs conduits. Le garçon en avertit la fille et elle le garçon; cela les oblige à frotter plus fort et à remuer plus viste les fesses. Le chatouillement cependant s’augmente toujours, et, par conséquent, le plaisir, lequel enfin devient si grand petit à petit, qu’ils en soupirent d’aise et ne peuvent parler que par eslans; ils clignottent des yeux, et semblent expirer en s’embrassant de plus fort en plus fort. Alors le chatouillement les saisit de telle sorte que l’on les voit pasmer d’aise et à petites secousses [(21)] à mesure qu’ils viennent à descharger par les conduits ce qui les chatouilloit si fort, qui est une liqueur blanche et espaisse comme bouillie, qu’ils rendent tous deux l’un dans l’autre, avec un délice qui ne se peut exprimer.
Fanchon. Il faut, ma cousine, que ce plaisir soit bien furieux, puisqu’il les fait tant oublier de ce qu’ils sont. Mais qu’arrive-t-il par après?
[(22)] Susanne. Rien davantage. Tous deux sont contents pour ce coup, et le vit, qui estoit droit auparavant, sort du con tout lasche et abattu.
Fanchon. Cela est estrange, et ne leur prend-il point envie de recommencer?
Susanne. Quelquefois, quand, à force de baisers et d’attouchements, le vit se dresse, ou que la fille vient à le redresser avec la main, car alors, ils le remettent encore une fois dedans et esprouvent le même plaisir.
Fanchon. Comment, s’il estoit abattu, une fille le pourroit-elle bien redresser?
Susanne. Ouy dea, avec la main, en le frottant doucement, et si tu savois les vertus [(23)] de la main de la fille, et combien elle a de pouvoir à donner du plaisir aux garçons, tu en serois esmerveillée.
Fanchon. De grace donc, ma cousine, dites-moy comment et en quelle rencontre cela arrive.