Susanne. Hé bien! je luy diray pour toy ce qu’il faudra; tu n’auras qu’à le laisser faire. Mais sur tout, quand vous serez ensemble une fois, avisez bien aux moiens de vous revoir souvent, car ce plaisir est si attachant de soy que depuis qu’on en a gousté on ne s’en pourroit plus passer par après.
Fanchon. J’entends bien, et quand est-ce que nous commencerons?
Susanne. Le plus tost que faire se pourra. Robinet ne viendra-t-il point te voir aujourd’huy?
Fanchon. Je l’attends, ma cousine, et voicy tantost son heure.
Susanne. Sans différer davantage, il faut le prendre en arrivant. Tu ne sçaurois trouver une plus belle occasion que celle-là. Ta mère est aux champs et ne reviendra qu’à ce soir, et il n’y a que la servante au logis. Pour elle, on trouvera bien moyen de l’employer à quelque chose, et quand Robinet viendra je luy parleray de toy ce qu’il faut et puis je m’en iray, et si quelqu’un te viendra demander, tu feras dire que tu n’y es pas: Voilà un lict qui est tout propre à vostre besoigne, et si l’on le trouvoit gasté, tu diras que tu t’es couchée dessus. Tu ne mentiras pas, car, si tost qu’il sera venu, il ne manquera pas de t’y adjuster d’une façon ou d’autre.
Fanchon. Mon cœur, je tremble. Et quand j’y seray, le laisseray-je faire, ma cousine?
Susanne. Vrayement ouy, il le faut laisser faire; il te mettra son engin dans le tien et te fera bien ayse.
Fanchon. Et cependant n’y aura-t-il plus rien à faire après cela, et ce plaisir me viendra-t-il comme à vous?
Susanne. Ne te l’ay-je pas desjà dit? tu n’auras à faire que ce qu’il t’enseignera.
Fanchon. Je vous demande pardon, ma cousine, c’est que je suis ignorante. Mais en attendant qu’il viendra, dites-moy un peu, je vous prie, comme vostre amy vous fait quand vous estes couchés ensemble, afin que je ne sois pas si novice quand le mien me voudra faire de mesme.