Susanne. Tu ne croiois pas cependant qu’il deust estre si grand?

Fanchon. Non, je n’eusse eu garde, ne l’ayant point esprouvé. A la fin, s’estant retiré, je me sentis un peu mouillée en cest endroit et je m’essuay avec ma chemise, et je vis aussi que son affaire n’estoit pas si droit qu’auparavant et qu’il baissoit la tête peu à peu en se retirant.

Susanne. Il n’y a point de double.

Fanchon. Cela fait, je me trouvay bien refaite et ne souhaitay rien plus. Après, il me baisa et me parla du plaisir qu’il avoit eu. Je lui parlay du mien, dont il me tesmoigna estre plus aise que du sien propre. Nous contasmes longtemps [(14)] pour sçavoir lequel avoit esté le plus grand, chacun disant ses raisons, le plus raisonnablement du monde, pour monstrer le grand ayse qu’il sentoit et qu’il en avoit eu plus que l’autre. A la fin, nous conclusmes sans nous accorder que chacun avoit senty le sien; mais il me dit qu’il avoit esté plus ayse du mien et qu’il en avoit reçeu à me veoir faire, et moy je luy dis pareillement.

Susanne. Cela n’est pas sans exemple ce que tu dis; car quand on ayme bien on est plus ayse du plaisir d’autruy que du sien propre. D’où vient que si le garçon veut faire cela à la fille quelquefois qu’elle n’est pas d’humeur, néanmoins, à cause qu’elle ayme le garçon seulement, elle consent qu’il le luy fasse, non pas pour l’amour d’elle, mais pour l’amour de luy, qui fait qu’elle luy dit, en se descouvrant sur le lict:—Sus, mon cœur, prenez de moy vostre bon plaisir et faites à vostre volonté. Et quand c’est le garçon qui n’est pas d’humeur et que c’est la fille qui en a envie, il se soumet à son vouloir et a la mesme complaisance qu’elle a euë pour luy une autre fois.

Fanchon. Je suis bien ayse de sçavoir encore cela; j’en feray souvenir Robinet quelquefois qu’il ne sera pas d’humeur.

Susanne. Fort bien.

[(15)] Fanchon. Cependant, de peur qu’il ne vînt quelqu’un, il avoit remis son haut-de-chausse et s’estoit assis auprès de moy et me contoit l’obligation qu’il vous avoit, quand il vous rencontra sur le degré, disant que sans vous il seroit mort d’angoisse pour ne pouvoir plus attendre, et qu’il y avoit long temps qu’il estoit espris de ma beauté et qu’il avoit envie de me faire cela, pour la grande affection qu’il me portoit, mais que jamais il n’avoit osé me le dire qu’à ceste heure qu’il en avoit essayé. Il ne pouvoit assez louer les bonnes qualités qui estoient en moy, et qu’il en avoit encore plus reconnu depuis sa jouissance qu’il n’avoit fait auparavant. C’est pourquoy il voulut lier avec moy une amitié indissoluble qui fust aussi longue que sa vie; ensuite de quoy il me fit cent protestations d’amour et de service et me conjura de l’aimer toujours et de luy estre toujours fidèle, me promettant la réciproque. Et pour donner lieu que cette amitié fust accompagnée des mesme plaisirs que nous venions de prendre, afin que je n’eusse de regret, il me promit de me renouveller tous les jours deux fois ce mesme plaisir l’un portant l’autre; dont je le remerciay, et pour cest effect nous nous avisasmes à nous conduire si secrettement que personne ne peust s’apercevoir de nostre pratique. Ce qu’estant résolu, nous parlasmes d’autre chose, et fouillant dans sa pochette, il en tira quelques pistaces et mirobolans dont il m’en fit manger, disant qu’il n’y avoit rien meilleur pour réparer les forces perdues au jeu d’amour. Tandis que je mangeois, je le priay que je pusse aller en bas pour veoir où en estoit la servante, et cependant il se mit à chanter pour oster tout soupçon. Je fus quelque temps à revenir, m’estudiant derechef à l’occuper; je luy dis que ce jeune Robinet m’importunoit beaucoup et que j’eusse bien voulu en estre despetrée.

Susanne. Ha! la bonne bête!

Fanchon. Et quand je fus remontée je refermay la porte sur moy et m’en allay à luy qui s’estoit remis sur le lict et qui regardoit son engin, qu’il avoit presque droit à la main. Si tost qu’il me vit, il le laissa là et m’embrassa, se plaignant que j’avois trop tardé. Il me le fit toucher encore, parce qu’il n’estoit pas assez dur, et en moins de rien il s’endurcit soubs mes doigts.