Si donques nous voulions marquer cest l, d'ung point dessus, comme je vous ay dict de n, nous nous releverions de ceste confusion de letres: de sorte qu'il nous suffiroit d'escrire meleur, au lieu de meilleur: ou bien leur faire quelque autre façon de diversité de meilleur grace. Il est vray que les Hespaignols ont une façon d'escrire quelquefois deux ll, au commencement d'un vocable pour faire la prononciation molle, escrivans llano, qui est une façon fort estrange: toutesfois ilz ne l'ont à mon advis faict que pour monstrer ceste mollesse, et par faulte d'avoir inventé quelque autre meilleur moien, ou plustost nouveau Caractere. Car on ne doit jamés s'il est possible, abuser des letres. Mais pourquoy n'eut le peuple receu ung nouveau Caractere aussi tost que deux ll, pour une l, molle?

i, ll. Ville, village, villageois.

Pourquoy aussi nous doit estre plus estrange d'apprendre qu'une l avec ung point, ou ainsi que tu voudras sonne mollement, que l'assemblée d'ung i avecq deux ll, attendu que quelquefois nous ne les prononçons pas ainsi en tous vocables: comme en ville, village, villageois? Pour à quoy satisfaire la response sera foible que l'i, en ceux là est conjoinct à la precedente syllabe, & non pas aux ll, parquoy les ll sonnent leur naturelle voix:

Tillac, billard.

car on pourra aussi repliquer de tillac, Billard, ciller, & d'autres semblables es quelz combien qu'i soit conjoint à la syllabe precedente, les deux ll ne laissent pas d'estre prononcées mollement. Vous povez doncq bien voir la grande incertitude, & confusion de telle maniere d'escrire.

Abus de n. Ayment donnent.

Mais quant à n, je treuve que tout ainsi que nous en abusons comme je vous ay dict, es tierces personnes du plurier des preteritz imperfectz de l'indicatif, quant j'ay parlé des diphthongues oe, & oé, qu'aussi fesons nous es mesmes personnes du present, comme en ayment, donnent, frapent, es quelz nous ne prononcons sinon aymet, frapet, donnet.

Aymet pour ayment.

Et qui se forment de la tierce personne du singulier en adjoustant le seul t, à la derniere syllabe terminée en e femenin: de sorte que si nous adjoustons à aymé tierce personne du present ung t, se formera aymet, tierce personne du plurier, en retenant tousjours e femenin: de sorte que nostre escriture sera raysonnable, quant nous escrirons les homes aymet les femmes. J'ay dict notamment par e femenin, & clos, d'autant qu'ung calomniateur ne faudroit pas de prononcer e en donnet, comme en bonnet, furet, es quelz est ung e femenin ouvert. Brief je dy que si nous prononçons le mesme e, qui est en la tierce personne du singulier, en y adjoustant tant seulement ung t, il est impossible, que tu ne prononces la vraye tierce personne du plurier. Au contraire si tu t'esforces le moins du monde de prononcer cest n, que nous y entrelassons, considere de quelle grace sera ta prononciation.

X.