Il ne nous reste plus à expedier que x, duquel je vous ay ja dict la puissance parlant de ct. Au demourant nous en abusons en nostre langue la faisant finale à plusieurs vocables, comme aux Chevaulx, Royaulx.

Aos. Chevaos Royaos.

Car il me semble que les François n'ont point de propre terminaison en x, et que s, y est suffisante, et pourtant nous devons escrire aos, chevaos, royaos en ostant toute superfluité & usurpation de letres, & sans avoir egard au long usage ou plustost abus ny aux differences, ny finablement aux derivaisons: mais tant seulement à l'usage de la prononciation: j'entens si nous voulons escrire le langaige dont nous usons. Vela doncques les raysons qu'il m'a semblé bon de vous mettre en avant, pour vous faire cognoistre le grand abus, desordre, & confusion, que nous tenons en nostre façon d'escrire: de sorte que nous povons raysonnablement confesser, que nous escrivons ung langage qui n'est point en usage, & usons d'une langue qui n'a point d'usage d'escriture en France.

DE L'APOSTROPHE OU DETOUR D'UNE LETRE, OU SYLLABE FINALE.

Chapitre V.

Ce, que, ma.

Quelques savans homes ont si bien introduit l'apostrophe, qu'elle est ja receue en l'imprimerie, comme qui est bien necessere pour eviter superfluité de letres: & l'ont restraincte tant seulement aux monosyllabes comme en ce, que, ma, ta, sa, & assez d'autres, disans qu'il failloit escrire m'amye, t'amye, m'amour, t'amour: au regard de s'amour il n'est point en usage selon qu'il me semble. Et fault entendre que m'amour, t'amour, ne sont pas fourgez de mon, & ton, mais de ma, & ta: d'autant que ce vocable amour est aussi bien femenin, que masculin: de sorte que quant nous y adjoustons mon, ton, & son, il ne s'y peut faire collision, ou apostrophe. Car nous disons entierement mon amour, ton amour, son amour. Et pour monstrer qu'il se prononce en sexe femenin, nous disons ma grand' amour, ta grand' amour, sa grand' amour, une merveilleus' amour. Or il me semble que ceste restrinction aux monosyllabes, n'est qu'ung chastoillement & qu'elle n'atteint point au vif: & qu'au surplus elle peut donner occasion à quelqu'ung de la debatre comme plus fantastique que necessere. Car s'il met en avant que quant nous disons, j'ayme de grande amytié, il n'y a non plus de rayson que l'e de je, doyve estre noté par l'apostrophe que celuy de grande, attendu qu'e en grande est aussi bien teu qu'en je: il aura occasion de tenir ta doctrine pour faulse, ou pour le moins pour imperfecte. Aussi n'y a il point de rayson qu'il doyve estre escrit en l'ung, & non en l'autre. Et pourtant quiconque se veult entremettre de donner regle en quelque art que ce soit, doit prendre bons fondemens sans avoir autre egard qu'à la rayson. Ny ne feit oncques medecin belle cure qui a eu plus les appetiz d'ung malade en recommandation que l'ordre, & les moyens, par les quelz on luy doit procurer la santé. Aussi ne doit non plus chercher ung qui baille doctrine, ny attendre d'avantage, que fait ung qui monstre le vray chemin à ung passant, du lieu ou il tyre: d'autant que s'il ne le croyt, & qu'il s'esgare ce n'est que sa faulte, & non celle de celuy qui l'enseigne. Je dy donques generallement que toutes les fois qu'en la prononciation aucune letre finalle se pert, l'Apostrophe est necessere en l'escriture pour denoter la collision, ou perte de la voyelle ou consonante. Et là ou nous ne vouldrions recevoir l'Apostrophe, je dy qu'encores la letre ne doit point estre escripte. Comme quant nous disons une amye entiere, ayme d'une perfecte amour, nous devons escrire un' amy' entier' aymé d'une perfet' amour. Et quoy que ceste maniere d'escrire semble estre de prime face estrange, si est elle telle que la faulte de bonne lecture ne viendra que de l'imperfection du lisant, & non pas de l'escriture.

Les des.

Quant aux consonantes je treuve que les, des, es, perdent s, quant le vocable ensuyvant commence par consonante, comme quant nous disons les compaignons de guerre es quelz les Capitaines ont faict des dons sont les mieulx agguerriz: nous devons escrire, lé compaignons de guerre é quelz, l'é Capitaines ont faict de dons sont lé mieulx, agguerriz: car si nous prononçons s, en ces monosyllabes, la prononciation sera vicieuse. Brief il me suffist de vous faire entendre la vertu de l'Apostrophe pour vous en ayder ainsi que la prononciation vous contreindra. Or fault il entendre qu'elle n'a point de lieu, là ou il entrevient quelque point autant de virgule, que de fin de clause: comme quant nous disons une femme bonne, apprinse, & sage, pensera tousjours de son honneur. Autrement tu ferois une prononciation confuse, là ou elle requiert estre distincte & faicte quasi avecq quelques poses.

il, elle.