Venons maintenant à la cinqiesme reigle, que doibt observer ung bon traducteur. Laquelle est de si grand vertu, que sans elle toute composition est lourde, & mal plaisante. Mais qu'est ce, qu'elle contient?

Nombres oratoires.

Rien aultre chose, que l'observation des nombres oratoires: c'est à sçavoir une liaison, & assemblement des dictions avec telle doulceur, que non seulement l'ame s'en contente, mais aussi les aureilles en sont toutes ravies, & ne se faschent jamais d'une telle harmonie, de langage. D'iceux nombres oratoires je parle plus copieusement en mon Orateur: parquoy n'en feray icy plus long discours. Et derechef advertiray le traducteur d'y prendre garde: car sans l'observation des nombres on ne peult estre esmerveillable en quelcque composition, que ce soit: & sans iceulx les sentences ne peuvent estre graves, & avoir leur poix requis, & legitime. Car penses tu, que ce soit assés d'avoir la diction propre, & elegante, sans une bonne copulation des mots? Je t'advise, que c'est aultant, que d'ung monceau de diverses pierres precieuses mal ordonnées: lesquelles ne peuvent avoir leur lustre, à cause d'une collocation impertinente. Ou c'est aultant, que de divers instruments musicaulx mal conduicts par les joueurs ignorantz de l'art, & peu cognoissantz les tons, & mesures de la musique. En somme, c'est peu de la splendeur des mots, si l'ordre, & collocation d'iceulx n'est telle, qu'il appartient. En cela sur touts fut jadis estimé Isocrate Orateur Grec: & pareillement Demosthene.

Entre les Latins Marc Tulle Ciceron a esté grand observateur des nombres. Mais ne pense pas, que cela se doibve plus observer par les Orateurs, que par les Historiographes. Et qu'ainsi soit, tu ne trouveras Cæsar, & Saluste moins nombreux, que Ciceron. Conclusion quant à ce propos, sans grande observation des nombres ung Autheur n'est rien: & avec iceulx il ne peult faillir à avoir bruict en eloquence, si pareillement il est propre en diction, & grave en sentences, & en arguments subtil. Qui sont les poicts d'ung Orateur parfaict, & vrayement comblé de toute gloire d'eloquence.

LA PUNCTUATION DE LA LANGUE FRANÇOYSE.

Toutes langues n'ont qu'une punctuation.

Si toutes langues generalement ont leurs differences en parler, & escriture, toutesfois non obstant cela elles n'ont qu'une punctuation seulement: & ne trouveras, qu'en icelle les Grecs, Latins, Françoys, Italiens, ou Hespaignols soient differents. Doncques je t'instruiray briefvement en cecy. Et pour t'y bien endoctriner il est besoing de deux choses. L'une est, que tu cognoisses les noms, & figures des poincts. L'aultre, que tu entendes les lieux, ou il les fault mettre. Quant aux figures, elles sont telles, qu'il s'ensuyt, ou en ceste sorte.

Les figures des poincts.

i.,
ii.:
iii..
iiii.?
v.!
vi.( )

Les noms d'iceulx.