Ce XXe jour de juillet 1573.

MÉMOIRE.

Sire, après avoir grandement remercyé la Royne d'Angleterre de l'offre qu'elle vous avoit envoyé fère, de s'employer à la paix de vostre royaulme, et de persévérer en la ligue, je luy ay dict que, ayant Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, ouy, par deux foys, le cappitayne Orsey, et vous estant, après l'assurance de la paix, bien fort explicqués à luy et à l'ambassadeur, résident, touchant le propos de Monseigneur le Duc et de l'entrevue, vous estiez restés fort esbahys qu'ilz vous avoient layssez aussy incertains et irrésolus de l'intention d'elle en cella, comme si le dict Orsey n'en eût eu nulle charge; et pourtant me commandiés d'incister à obtenir la responce qu'elle me voudroit donner sur la dicte entrevue, et d'impétrer les seuretés qui estoient pour cella nécessayres.

A quoy la dicte Dame m'a respondu que c'estoit à elle et non à Vous, Sire, que touchoit de recognoistre tout l'effaict du voyage du cappitayne Orsey, car, en récompense de quelque petite courtoysie qu'elle vous avoit envoyé offrir par luy, Voz Majestez en avoient par luy mesmes remandé à elle au double, et de si bonnes que de meilleures ne les eussiez sceu fère à vostre propre seur germayne; et, quand à la responce que demandiés maintenant de l'entrevue, qu'elle vous prioit de croyre qu'elle avoit cherché de la vous fère, sellon vostre desir, et quoyque ses conseillers luy déduysissent des empeschements si extrêmes, qu'il leur sembloit qu'elle voulût, avec Voz Majestez Très Chrestiennes, conjurer la ruyne de ceulx de sa propre religion, si ne voulait elle monstrer d'estre si mal nourrye que de ne recognoistre l'obligation qu'elle vous avoit et à Monseigneur le Duc, pour tant d'honneur que luy aviez faict; et pourtant qu'elle ne vouloit différer d'accepter l'entrevue, et d'offrir les seuretés, sinon jusques à tant qu'elle vous eût encores escript à toutz troys, de sa mayn, comme les raysons qu'on luy avoit alléguées contre le mariage contrepesoient et mesmes sembloient si fort surbalancer celles qui font pour icelluy, qu'elle estimoit ne pouvoir procéder sincèrement avec Voz Majestez, si elle ne vous advertissoit que, venant Monseigneur le duc, elle creignoit bien fort que son intention ne peût réuscyr à l'effect qu'il voudroit.

Dont, encor que, par ses propres lettres, et de la Royne, vostre mère, elle eut promesse qu'il en prendroit tout le hazard sur luy, si cognoissoit elle bien qu'il y courroit encores une bonne partie de hazard pour elle, d'altérer la bonne amityé, en quoy elle se trouvoit maintenant avec toutz troys, et que pourtant elle y vouloit obvier, aultant qu'il luy seroit possible, dont vous escriproit franchement tout ce qui en estoit, sans vous en rien dissimuler; et puis à Voz Majestez seroit d'en uzer comme bon vous sembleroit, car les seuretés se trouveroient incontinent toutes prestes, telles que je les voudrois demander.

Je luy ay, pour réplicque, récapitullé tout ce qui avoit esté dict et faict, et escript, depuis le commancement du propos jusques à ceste heure, et comme la mesmes difficulté, qu'elle alléguoit maintenant, estoit desjà vuydée par les propres lettres de Voz Majestez et de Monseigneur le Duc, qu'elle avoit devers elle; et que vous vous estiez layssez mener à elle jusques au fin bout de ce que luy pouviez defférer d'honneur et d'avantage en cest endroict, de sorte que vous ne vous estiez réservez à y pouvoir fère ung pas davantage, et tout le parfayre et l'accomplyr estoit à ceste heure en la main d'elle; qui la priés de l'y mettre si bon et si honnorable, comme ses propos précédans, ses démonstrations, ses lettres et responces vous avoient tousjours faict croyre qu'elle y procédoit d'une pure et non feincte, ny simulée, sincérité.

La dicte Dame m'a soubdein demandé si je voulois empescher qu'elle ne vous donnât cet advertissement, qu'elle vous vouloit escripre.

Je luy ay respondu que non, ains la supliois de le vous exprimer le plus qu'elle pourroit, affin que n'envoyassiez, par mesgarde, ce vertueux prince à ung manifeste refus, comme je sçavois bien que vous en vouliés très bien garder, mais que, par ensemble, elle m'accordât l'entrevue et les seuretés; qui estoient deux choses que j'avois simplement charge de requérir; et puis Voz Majestez en uzeroient sellon leur bon plésir. Qui vous assuriez bien que si, ez perfections de prince qui fût en la Chrestienté, Dieu avoit laissé de quoy pouvoir agréer à celles de la dicte Dame, que Monseigneur le Duc luy complerroit entièrement.

Elle, ne se pouvant assez bien démesler de ce poinct, a appellé milord trézorier et les quatre comtes, d'Arondel, de Sussex, de Betfort et de Lestre, commandant de chasser tout le reste de la chambre. Et ayant longtemps devisé avec eulx, en angloys, et avec réplicques, d'ung chacun costé, enfin par leurs advis, et eulx présentz, elle m'a respondu qu'elle accordoit que les seuretés fussent expédiées, et que j'en baillerois le mémoyre, quand je voudrois, mais que ne seroient envoyées qu'elle ne vous eût premièrement escript le susdict advertissement, et qu'elle en eût eu vostre responce.