Je n'ay rien plus réplicqué là dessus, mais j'ay adjouxté que Voz Majestez demeuroient escandalisées de ce que le cappitayne Orsey ne vous avoit touché ung seul mot des choses d'Escoce, bien qu'elle vous eût escript qu'elle luy en avoit donné charge; dont je la priois de vous fère explicquer, par son ambassadeur résident, ce que c'estoit; et qu'elle me voulût octroyer ung passeport pour ung gentilhomme, que Vostre Majesté dellibéroit d'envoyer par dellà; et qu'au reste j'ozois bien employer le nom de Vostre Majesté pour incister qu'elle ne voulût bailler l'évesque de Roz au comte de Morthon, comme j'estois adverty qu'il pourchassoit de l'avoir en ses mains.

Elle, en la mesmes présence de ses conseillers, m'a respondu que, à dire vray, le cappitayne Orsey n'avoit satisfaict à ce poinct, comme il luy avoit esté commandé, et seulement, en parlant de la conscience d'elle à la Royne, vostre mère, il luy avoit dict qu'encor qu'elle s'estoit peu saysir du chasteau de Lillebourg, elle néantmoins l'avoit entièrement délayssé aulx Escouçoys; et parce que la Royne, vostre mère, n'avoit lors suivy le propos, il n'y avoit sceu retourner une aultre foys, mais elle avoit desjà faict escripre à son ambassadeur qu'il ne faillît de le vous parachever; et qu'elle m'accordoit le passeport que je demandois, et commandoit, dès à présent, qu'il me fût dellivré, quand je le vouldrois;

Quand à l'évesque de Roz, qu'elle me promectoit de le refuzer au comte de Morthon, et de procurer qu'il peût retourner en ses biens, ou, s'il ne pouvoit estre soufert d'en jouyr dans le païs, qu'il en peût aulmoins avoyr le revenu icy ou en France, s'il playsoit à sa Mestresse qu'il y passât, et, sur ce, estant la dicte Dame pressée de partir pour fère la première trette de son progrès, elle m'a licencié.

ADVIS, A PART, A LA ROYNE.

Madame, j'ay parlé, à part, au comte de Lestre, lequel m'a uzé de beaucoup de bonnes parolles, mais icelles conformes à la résolution du reste du conseil, et je me suis efforcé de fère que le malcontantement, que son secrettère, qui estoit avec le cappitayne Orsey, luy avoit imprimé, de ce que Voz Majestez n'avoient, sinon petitement et bien tard, faict mencion de luy au dict Orsey, fût rejecté sur ce que icelluy Orsey, lequel vous sçaviés bien qu'il estoit à luy, et par lequel aviez espéré d'avoir plusieurs advertissementz particulliers et expéciaulx, en l'affère de Monseigneur, vostre filz, ne vous y avoit jamays respondu une seule bonne parolle.

De quoy je luy voulois bien dire que j'avois fort exprès commandement, de Vostre Majesté, de m'en pleindre à luy: qui m'a respondu que le dict Orsey estoit vrayement son bon amy, mais qu'il avoit esté dépesché par commandement plus hault, lequel il luy avoit convenu suyvre.

Et, depuis, ayant par un tiers faict sonder bien avant le dict comte, il ne m'a raporté de luy que doubtes et difficultez touchant le mariage, et qu'il ne pouvoit, ny vouloit s'en mesler plus avant que les aultres du conseil.

Et au regard de son particullier, il lui avoit discouru fort au long, mais avec charge de n'en parler jamays à personne, comme il se trouvoit fort déceu en ce qu'il avoit espéré de Voz Majestez Très Chrestiennes, pour lesquelles il disoit s'estre déclaré si avant qu'il ne sçavoit qu'est ce qu'il n'avoit faict pour la France, jusques avoyr mis sa Mestresse et son royaulme en voz meins, si l'eussiez voulu avoyr, abbatu la ligue d'Espaigne et relevé la vostre, saulvé la vye de la Royne d'Escoce, diverty toutes occasions de guerre entre ces deux royaulmes, et faict beaucoup de grandes despences pour honnorer et traicter les Françoys, et se porter, en toutes choses, très parcial pour la France:

De quoy il n'avoit acquis que souspeçons et deffiences vers les siens, et non jamays ung seul bouton vaillant, ny une lettre, ny mesmes ung grand mercys de Voz Majestez, ny de nul aultre endroit de France, et qu'il ne se vouloit plus mettre à tel pris.

Et, comme l'aultre luy a respondu que le temps ne vous donnoit loysir de luy pouvoir tesmoigner, à ceste heure, voz bonnes volontés, et qu'il ne failloit pour cella qu'il layssât de demeurer bon parcial françoys, et de pourchasser ce party de Monseigneur le Duc à sa Mestresse, sellon qu'elle avoit nécessayrement besoing d'avoyr ung mary ou ung déclaré successeur;