Il a réplicqué soubdein que sa Mestresse avoit voyrement besoing de l'ung ou de l'aultre, et qu'il avoit peur qu'elle les laysseroit sans pas ung des deux, et tout son estat en grand confusion, néantmoins qu'il demeureroit, quand à luy, bien bon angloys, et n'est passé plus avant.
Je fay, Madame, le mieulx que je puis, pour maintenir vostre affère, et conserver voz amys en ceste court, et y employe beaucoup de bonnes paroles; mais le torrent de deniers et de présantz qui viennent d'ailleurs les emportent, et c'est de là d'où je me sents le plus traversé.
CCCXXXIe DÉPESCHE
—du XXVIe jour de juillet 1573.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Négociation du mariage.—Conférence de l'ambassadeur et de Burleigh sur cette négociation.
Au Roy.
Sire, en débatant naguyère avec la Royne d'Angleterre des poinctz de la responce qu'elle m'a faicte touchant l'entrevue, elle m'a bien donné à cognoistre qu'on luy avoit représenté de grandz inconvénientz et beaucoup de dangers de vostre costé, lesquelz elle a aulcunement comprins, parce que je luy en ay remonstré, qu'on les luy avoit plus fondez en imagination que sur apparance de vérité; car, après plusieurs réplicques d'entre nous, elle m'a enfin dict que, quelle impression, qu'on luy eût peu donner, qu'il luy adviendroit beaucoup de mal de vostre costé, si ne layrroit elle de remémorer le bien qu'elle en avoit desjà senty, et ce que, depuis son advènement à ceste couronne, elle n'avoit receu de Vostre Majesté ny de la Royne, vostre mère, ny de Messeigneurs voz frères, ny encores du feu Roy, vostre père, quand il vivoit, que beaucoup de faveurs et beaucoup de courtoysies et gratieusetés; et qu'elle ne se vouloit encores ayséement persuader que luy voulussiez nuyre, ny la tromper. Il est vray qu'elle pouvoit considérer que ce qu'on luy en disoit pourroit bien advenir, et qu'elle s'en garderoit le mieulx qu'elle pourroit, néantmoins que, de son costé, elle ne commanceroit poinct de changer de volonté vers Voz Très Chrestiennes Majestez; ains vous observeroit justement les promesses qu'elle vous avoit faictes. A quoy, Sire, il seroit long de vous racompter, icy, ce que je luy ay commémoré là dessus, qui ne pense estre demeuré nullement court.
Mais j'ay bien depuis voulu aprofondir ce propos avec milord de Burgley, avec lequel, estant seul à seul, je luy ay dict que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, auriez eu juste occasion, quand vous auriez veu la responce que sa Mestresse vous avoit mandée, de vous en plaindre; car c'estoit elle qui avoit mis en avant l'entrevue, et qui avoit demandé de n'estre en rien obligée par la venue de Monseigneur le Duc, et qui néantmoins avoit déclaré qu'elle l'espouseroit, s'il playsoit à Dieu qu'en présence ilz se peussent complaire; et maintenant que Voz Majestez luy avoient concédé toutz les poinctz qui estoient à l'advantage d'elle, elle disoit que les raysons qui faysoient pour le propos estoient si contrepesées et surbalancées par celles qui faysoient au contrayre, qu'elle doubtoit fort que le mariage ne peût succéder. Ce que Voz Majestez prendroient pour ung fort nouvel accidant, de tant que les difficultés, qu'elle avoit jusques à ceste heure alléguées, n'avoient esté jamays que trois: sçavoir, celle du visage, pour laquelle l'entrevue se faysoit; celle de l'eage, laquelle estoit desjà vuydée; et celle de la religion, laquelle estoit remise entre eulx deux: et que, d'en proposer maintenant d'aultres, ou bien vous agraver celles là davantage, estoit vous monstrer que n'aviez esté correspondus de pareille sincérité, que vous aviez tousjours de vostre part procédé, et vous fère croyre qu'il n'y avoit jamays eu qu'une seule difficulté, c'estoit qu'elle n'avoit onques eu intention, ny volonté, au dict mariage.
Le dict milord s'est trouvé fort perplex, et a voulu eschaper sur ce que j'avoys desjà une responce de sa Mestresse, et qu'elle mesmes escripvoit son intention à la Royne, vostre mère, dont ne luy estoit loysible de parler plus avant; mais, voyant que je ne cessois d'incister, et que j'ay de bon cueur juré que je ne le faysois qu'à très bonne fin, il m'a dict que, devant Dieu et en sa conscience, il avoit cognu sa Mestresse en intention de se marier, et ne voyoit pas qu'elle eût encores changé, et que, de sa part, il le desiroit, plus que chose du monde; que des trois difficultés qui avoient esté alléguées, celle de l'eage avoit esté véritablement vuydée, et n'en falloit plus parler; mais, quand aulx aultres deux, celle de la religion estoit beaucoup rengrégée depuis les évènementz de France, et ne s'en voyoit encores bien la purgation; et, de celle du visage, il me vouloit bien advertyr qu'ayant sa mestresse tousjours estimé que ce fust ung reste de la petite vérolle, qui se guériroit avec le temps, l'on escripvoit de France que le temps l'augmentoit, et qu'il luy restoit des enflures et grosseurs qui luy faysoient tant de tort au vysage qu'on croyoit qu'à peyne s'en pourroit elle jamays contanter;