Que, quand à l'assurance que je demandois du dict milord, qu'il ne m'en pouvoit donner d'aultre sinon qu'il confirmeroit tousjours à sa Mestresse que le party de ce prince, quand à l'extraction et à la bonne réputation qui couroit de luy, et quand à l'appuy de la couronne de France, et aultres commodictés pour l'Angleterre, estoit très honnorable et fort à propos pour sa dicte Mestresse, et que, si elle ne luy disoit ou ne luy faysoit rien dire de l'empeschement du visage, après qu'elle l'auroit veu, si, d'avanture, il venoit par deçà, qu'indubitablement il la conseilleroit de l'épouser, mais si aussy il voyoit ou entendoit qu'elle ne s'en peût complayre, qu'ung chacun l'excusât, s'il mettoit peyne de segonder et d'affection, et de conseil, et par toutz les moyens qu'il pourroit, les justes et raysonnables desirs de sa Mestresse. Et nonobstant, Sire, que j'aye mis peyne de tirer plus grand esclarcissement de luy, je n'ay sceu rien obtenir de plus. Sur ce, etc. Ce XXVIe jour de juillet 1573.
CCCXXXIIe DÉPESCHE
—du dernier jour de juillet 1573.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)
Expédition du comte d'Essex en Irlande.—Nouvelles d'Écosse.—Retard du comte de Montgommery à faire sa soumission.—Actes d'obéissance de la plupart des réfugiés.—Nouvelles d'Espagne.
Au Roy.
Sire, la Royne d'Angleterre a faict résouldre l'embarquement du comte d'Essex pour Irlande, au VIe du prochein, avec plus ample commission que nul aultre visroy qui ayt jamais passé dellà; et desjà plusieurs gentilhommes de bonne qualité s'y sont acheminés. Et discourent quelques ungs que ce qui l'incite davantage à ceste entreprinse est pour prendre plus de pied au pays d'Escoce, et réprimer par là ceulx du quartier du Nord, et les saulvages escouçoys qui recognoissent encores l'authorité de leur Royne, sans se vouloyr soubmestre à celle du comte de Morthon, et secourent souvant les Irlandoys, leur voysins, contre les garnisons d'Angleterre.
Le vieulx Cauberon a esté renvoyé, depuys deux jours, avec une bien ample dépesche vers le comte de Morthon, sans qu'il me soit venu voyr, ny qu'il m'ayt rien faict sçavoyr de sa part, ains s'est fort caché de moy. Je ne sçay particullièrement qu'est ce qu'il emporte, tant y a que j'ay advis que ceste princesse a esté conseillée de remettre à l'arbitre du dict de Morthon qu'il puisse procéder comme il vouldra, par la rigueur des loix du pays, contre ceulx qui estoient dans le chasteau de Lillebourg; dont se présume qu'il en fera mourir la pluspart. Le dernier messager, que j'ay envoyé par dellà, n'est encores de retour; il regarde, possible, à se conduyre plus sagement que n'a faict l'aultre, que j'y avoys envoyé devant luy, qui a esté descouvert, et icelluy Morthon l'a faict pendre, à quoy j'ay ung très grand regrect.
Le comte de Montgommery n'a encores envoyé devers moy à cause, à mon advis, que le cappitayne Orsey luy a escript la bonne responce, qu'il luy a rapportée de Vostre Majesté touchant son faict particullier; mais je sçay bien qu'il s'est fort resjouy de la paix, et pense qu'il fera bientost repasser sa femme et ses enfans en France. Les aultres gentilshommes françoys, qui sont icy, sont la pluspart venus, ung à ung, me offrir leurs vyes et personnes pour vostre service; et semble que toutz, en général, et chacun, en son particullier, veulent jouyr le bien de la paix et de la bonne grâce de Vostre Majesté, dont, depuis deux jours, le Sr de Boy de Bretaigne, le cappitayne Ber, le cappitayne La Fosse, le cappitayne Bernardyère, et aultres, m'en sont venus tesmoigner leur affection. Je ne sçay si le comte de Montgommery prétend d'aller trouver le prince d'Orange, tant y a qu'il faict faire des armes en ceste ville.
Il semble qu'on ayt quelque souspeçon que le Roy d'Espaigne ne vueille ratiffier l'accord, du premier jour de may, car le temps, dans lequel l'on avoit promis de fournir de sa lettre et de sa responce là dessus, est passé de plus d'ung moys, bien qu'il s'entend que le dict accord a esté publié en Espaigne, et que les biens et navyres des Angloys y ont esté relaschés. Et sur ce, etc. Ce XXXIe jour de juillet 1573.