CCCXXXIIIe DÉPESCHE
—du Ve jour d'aoust 1573.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr Pierre Cahier.)
Inquiétude causée en Angleterre par le voyage du roi sur les côtes de Normandie.—Crainte d'une entreprise contre l'Écosse concertée entre le roi et le roi d'Espagne.
Au Roy.
Sire, nonobstant la satisfaction, que j'ay donné à ceste princesse et aulx siens, de la venue de Vostre Majesté en Normandye, et de celle de la Royne, vostre mère, à Dieppe, ilz ne layssent, pour cella, d'avoyr suspect l'armement et appareil de mer, que Voz Majestez y ont commandé de dresser, leur estant rapporté, par ceulx qui viennent de dellà la mer, qu'il se parle ouvertement qu'une partie de cella se faict pour passer des forces en Escoce: dont ont escript en dilligence au comte de Morthon qu'il se tiegne sur ses gardes, et qu'il ayt à garnyr les chasteaus et places fortes, et les portz du pays, de gens de guerre, pour empescher la descente des Françoys; et au comte de Houtincthon, lequel préside en leur quartier du Nort, vers le dict royaulme d'Escoce, qu'il ayt à visiter la frontière, et y fère, de rechef, les monstres, et remplir bien les garnisons. Et s'est augmentée ceste leur souspeçon de ce qu'ilz ont sceu, ainsy qu'ilz disent, que Vostre Majesté a donné passage à ung milion et demy d'or, que le Roy d'Espaigne envoyoit en Flandres; qui jugent bien que vous ne tiendriés la mein à l'accomodement des affères du dict Roy d'Espagne et à l'establissement de sa grandeur, laquelle s'opose tousjours à la vostre, si quelques aultres conventions secrètes ne vous unissoient à ceste intelligence, laquelle ils creignent bien fort que soit contre eulx et contre le faict de leur religion. Dont sont bien fort après à se racointer eulx mesmes, s'ilz peulvent, avec le dict Roy d'Espaigne, et à fère que, des deux costés, l'altération cesse, et qu'ilz retournent à ceste mutuelle bienvueillance qu'il y a eu, de tout temps, entre leurs pays et estatz: ce que je croy ne leur sera difficille. Et la prinse d'Arlem[22] y convye ceulx icy davantage.
J'ay receu la dépesche de Vostre Majesté, du XXIIIIe du passé, avec les pleinctes de voz subjectz contre les pirates, et n'obmettray ung seul poinct de l'instance, que me commandés d'en fère à ceste princesse, à la première audience qu'elle me donra. Et sur ce, etc.
Ce Ve jour d'aoust 1573.