—du IXe jour d'aoust 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Estienne Jumeau.)

Préparatifs de défense faits en Angleterre.—Audience.—Satisfaction donnée à l'ambassadeur.—Mémoire. Détails de l'audience.—Demande afin d'obtenir la sûreté du passage par mer pour le roi de Pologne.—Déclaration d'Élisabeth qu'elle consent à donner toute protection en Angleterre au roi de Pologne, mais qu'elle n'y veut pas recevoir les gens de guerre qu'il emmène avec lui.—Négociation du mariage.—Plaintes du roi au sujet des affaires d'Écosse et des exécutions faites par le comte de Morton.

Au Roy.

Sire, je m'estois bien aperceu que ceulx de ce conseil se donnoient beaucoup de peur, et en imprimoient beaucoup à leur Mestresse, de l'armement de mer qui se prépare en Normandye pour le voyage de Pouloigne: car, dès le XXVIe du passé, ilz avoient chauldement dépesché ung courrier en Escoce, pour de rechef advertyr le comte de Morthon de se tenir sur ses gardes, et de mettre le plus de soldatz qu'il pourroit ez places fortes, portz et advenues du pays, affin de ne laisser aborder aulcuns navyres de guerre, ny permettre d'aller et venir aulcuns estrangiers par dellà, et d'establir si bien son authorité et avoyr l'œil si ouvert, sur ceulx qui luy vouldroient remuer quelque chose, qu'il les peût facillement et bientost réprimer; et que, s'il luy survenoit quelque besoing de forces, qu'il seroit promptement secouru de deux mille harquebusiers angloys et huict centz chevaulx, et qu'on tiendroit une si bonne provision d'artillerye et de pouldres, et monitions, à Varvic, qu'il en pourroit recouvrer, du jour au lendemain, aultant qu'il luy seroit besoing. Et, par mesme dépesche, mandoient au sire Jehan Fauster, à milord Scrup, et aultres gardiens de la frontière du Nort, vers l'Escoce, de fère, de rechef, bien soigneusement les monstres des gens de guerre et une description expécialle de mille cinq centz harquebuziers pour estre prestz, à toutes les heures qu'on les manderoit; laquelle démonstration, Sire, avec celle qu'ilz ont faicte, quand le comte d'Essex est party pour Irlande, m'avoient desjà assez faict remarquer leur grande meffiance et leur souspeçon; mais la Royne mesmes, me les a ouvertement et plus à cler déclarées, comme verrez par un mémoire que je joins à ce pacquet.

Après avoyr prins congé d'elle, je suis entré là où les dicts du conseil étoient assemblés, et leur ay faict voyr les pièces, qu'il vous avoit pleu m'envoyer, des déprédations, et plusieurs aultres que j'en avoys devers moy, qui m'en ont débatu quelques unes, et m'ont fort expressément remonstré, qu'encor qu'il apparût plus de pleinctes du costé des Françoys contre l'Angleterre, que du costé des Angloys contre la France, que néantmoins ilz avoient cest advantage de pouvoir fère foy d'ung fort grand nombre de restitutions qu'ilz avoient faictes aulx Françoys, là où, en France, n'en avoit esté faicte encores une seule aulx Angloys. Et après leur avoyr touché ung mot des escrupulles que la Royne, leur Mestresse, m'avoit faict sur la seureté du passage que je luy avoys demandé, je leur ay remonstré que si elle et eulx s'y arrestoient, ce seroit argument qu'ilz doubtoient par trop de vostre bonne intention, et qu'ilz ne l'avoient nullement bonne vers Vostre Majesté; et les ay priés de vous fère voyr, à bon escient, s'ilz vouloient demeurer en la bonne confédération du dernier traicté, ou bien s'ilz avoient intention de s'en départyr. Et les ayant ainsy layssez, ilz m'ont mandé, le jour après, que la dicte Dame m'avoit accordé le dict passage, et le saufconduict, sans aulcune difficulté. Et sur ce, etc.

Ce IXe jour d'aoust 1573.

MÉMOIRE.

Sire, quand, avec les lettres de Vostre Majesté et du Roy de Pouloigne, vostre frère, je suis allé prier la Royne d'Angleterre de luy vouloir octroyer le bon, et seur, et libre passage que requiert la bonne intelligence d'entre voz deux royaulmes, et la promise et jurée amityé d'entre Voz Majestez, avec toutes les aultres honnestes cautions que luy offriez en voz dictes lettres, et avec les meilleures persuasions, dont je me suis peu adviser;

Elle m'a respondu que, quand à la personne du Roy de Pouloigne, vostre frère, et des principaulx, d'auprès de luy, et de son trein ordinayre, sa suyte et meubles, elle l'octroyoit très volontiers, et que, sans saufconduict ou avec saufconduict, si le vent le jettoit par deçà, il y seroit aussy bien et honnorablement receu comme s'il abordoit en France, ou en son propre royaulme; mais, quand à ses gens de guerre, elle me vouloit dire librement qu'on luy avoit remis ce qui s'estoit passé, du propos d'entre elle et le Roy de Pouloigne, vostre frère, devant les yeux, et luy avoit on faict considérer que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et luy mesmes, aviez indubitablement eu une grande affection au mariage, mais que Mr le cardinal de Lorrayne, pour l'occasion de la Royne d'Escoce, sa niepce, avoit trouvé moyen de l'interrompre; dont, s'il avoit eu tant de crédit en cella, il le pourroit bien avoir encores plus grand, à ceste heure, en chose de moindre conséquence, pour, en faveur de sa mesmes niepce, entreprendre quelque nouveaulté dans ce royaulme, si tant de gens de guerre y abordoient.