En quoy je luy ay réplicqué soubdein qu'elle me pardonnât, si je luy disois que c'estoit elle, et ceulx qui pour elle avoient manyé le dict propos de son mariage avec le Roy de Pouloigne, qui l'avoient à la fin interrompu, et non Mr le cardinal de Lorrayne; pour lequel je ozois et voulois bien respondre que, oultre qu'il avoit tousjours suivy les intentions de Leurs Majestez Très Chrestiennes, et conseillé les choses qui estoient pour la grandeur de leur couronne, comme estoit bien le dict mariage, qu'il avoit encores plus espéré par là de solagement ez affères et à la personne de la Royne d'Escoce, que par nul aultre moyen du monde; et que, si elle vouloit considérer que Vous, Sire, aviez maintenant à establir ung grand et nouveau royaulme, qui estoit advenu à vostre frère, et non luy venir troubler à elle le sien, et que vous ne mettiés, de gayeté de cueur, ce nombre de gens de guerre sur mer, après la perte et diminution de beaucoup de voz forces en ces guerres civilles de vostre royaulme; ains que vous le faysiez pour accomplir vostre promesse aulx Poulounois, elle jugeroit bien que sa difficulté estoit mal fondée.
Et me suis eslargy en plusieurs clères démonstrations là dessus, qui ont faict confesser à la dicte Dame qu'elle avoit regret de débattre rien sur vostre raysonnable demande; mais que, pour satisfère à ceulx de son conseil, elle me prioit de luy donner temps, qu'elle la peût mettre en dellibération; car aussy sçavoit elle que l'affère n'estoit pressé, et qu'on luy avoit escript qu'il ne se mettoit plus tant de dilligence à l'embarquement, et sembloit que le voyage du Roy de Pouloigne fût, pour quelque occasion, retardé; néantmoins elle espéroit de vous satisfère de si bonne sorte en cest endroict, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, et le Roy de Pouloigne, en resteriez contantz.
J'ay poursuivy les aultres propos de voz lettres, du XVIIIe et XXIIIIe du passé, et mesmes de l'entrevue de Monseigneur le Duc, où elle s'est layssée fort facillement attirer; et a monstré que son ambassadeur luy en avoit escript, et que bientost j'auroys les lettres de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, pour luy en fère entendre vostre résolution, ne dissimulant poinct qu'elle ne voulût fort volontiers voyr Monseigneur le Duc par deçà; mais c'estoit tousjours avec la protestation de n'estre de rien obligée pour sa venue, et de n'encourir la diminution de vostre amityé, ny de celle de la Royne, vostre mère, ny de luy, s'il s'en retournoit sans la conclusion du dict mariage.
Je luy ay respondu, en peu de motz, que la sincérité seroit la règle de cella entre Voz Majestez, et que l'affère estoit en toutes sortes si éminent qu'il n'y pouvoit enfin rester rien de caché. Et l'ay layssée amplement discourir de ce faict, sans l'interrompre nullement; qui, après ses accoustumez doubtes, a terminé son propos en plusieurs parolles de contantement.
Et j'ay adjouxté que, par voz deux dernières dépesches, Vostre Majesté ne me faisoit poinct mention que son ambassadeur vous eût parlé des choses d'Escoce, ains me commandiez de vous mander des nouvelles de ce pays là, et que j'estimois que vous touveriez bien estrange si ce qu'on disoit à Londres estoit vray, que le comte de Morthon eut faict exécuter à mort ceulx qu'il avoit prins dans le chasteau de Lillebourg, qui s'estoient rendus à elle, et qu'il sembloit qu'ung régent ne debvoit entreprendre ung faict de telle conséquence, sans en advertyr les principaulx alliés de la couronne.
A quoy elle m'a respondu qu'elle n'avoit rien entendu de la dicte exécution, et qu'elle avoit remis tout l'affère à ceulx du pays, et n'avoit accepté les personnes de ceulx du dict chasteau pour prisonnyers; et qu'elle sçavoit bien que son ambassadeur vous avoit donné compte de tout ce faict; dont pensoit que, par le premier pacquet que je recepvrois de Vostre Majesté, j'en serois amplement informé.
Après, je luy ay touché, en termes bien exprès, tout ce que me commandiés luy dire à l'égard du faict des déprédations, et elle, après l'avoir ouy paciemment, et en avoyr longuement débatu avecques moy, m'a prié d'en communicquer avec ceulx de son conseil.
CCCXXXVe DÉPESCHE
—du XIIIIe jour d'aoust 1573.—
(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Monyer.)