Disposition d'Élisabeth à accepter l'entrevue.—Nouvelles de Flandre.—Exécutions faites en Écosse par le comte de Morton.—Nouvelles de Marie Stuart.—Bruit répandu à Londres que les armes ont été reprises dans le Languedoc.

Au Roy.

Sire, affin que la Royne d'Angleterre ne fût en peyne du retardement de vostre response, sur les lettres qu'elle a dernièrement escriptes à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur, frère de Vostre Majesté, je luy ay envoyé communicquer vostre dépesche du dernier du passé; laquelle contient ce qu'avez arresté, le dict jour, avec son ambassadeur: et semble bien, Sire, qu'elle s'attand à l'entrevue, car j'ay sceu qu'elle a faict advertyr toutz les officiers de sa mayson de ne s'esloigner, et de se tenir si prestz qu'ilz puissent estre devers elle, en la part qu'elle sera, dans vingt quatre heures, après qu'elle les aura mandés. Cependant elle m'a faict expédier le sauf conduict pour le voyage de Pouloigne, et m'a mandé qu'il est en la plus ample forme qu'il se peut fère.

Il se cognoit desjà que l'estonnement, qu'on avoit prins, du succès d'Arlem est passé, car les flammantz, qui sont icy, se sont si bien encouragés, depuis la nouvelle de Ramequin, et ont encouragé Maysonfleur et aulcuns françoys, qui auparavant estoient comme toutz disposés d'aller trouver le prince d'Orange, qu'ilz s'embarquent, toutz de compaignye, aujourdhuy ou demein, pour passer à la Brille.

Maistre Drury, mareschal de Barvic, est arryvé en ceste cour, qui apporte, comme l'on dict, la confirmation de la mort du cappitayne Granges, et de son frère milord de Humes, de Melvin, de Cadinguen, et aultres, qui estoient dans le chasteau de Lillebourg, lesquelz le comte de Morthon a faict exécuter; et qu'il a plusieurs réquisitions à fère pour le dict de Morthon, entre aultres, l'on creinct qu'il perciste à demander l'évesque de Roz, pour en fère aultant que des aultres. A quoy, Sire, j'ay desjà oposé, et oposeray encores davantage, le nom et l'authorité de Vostre Majesté.

Monsieur le présidant de Tours, lequel a esté, plus d'ung moys, avec la Royne d'Escoce, vient d'arriver, ayant très bien et vertueusement accomply la charge, qu'il avoit vers elle, dont il en rendra bon compte à Vostre Majesté. L'on a, premier qu'il soit party, remué la dicte Dame en ung plus beau et meilleur logis qu'elle n'estoit, et luy a l'on ung peu amplyé sa liberté; et j'ay tant faict que la Royne d'Angleterre a mandé au comte de Cherosbery de la mener aulx beins de Boeston pour sa santé, par tout ce moys d'aoust.

Il se parle icy diversement de l'estat des affères de vostre royaulme, et que, en Languedoc, ceulx de la religion, ne se contantantz des condicions de la paix, sellon les articles arrestés à la Rochelle, poursuyvent d'exécuter les armes avec plus de violence que jamays, et qu'ilz ont surprins Aygues Mortes et Bésiers, et sont les plus fortz en la campaigne. Ce qui esmeut assez les Angloys, et tient en grand suspens le reste des françoys, qui sont encores icy, qui avoient bien desir de se retirer. Néantmoins je ne sentz, pour ceste heure, qu'il se praticque rien par eulx contre vostre service. Le comte de Montgommery est vers le cap de Cornoaille avec son beau frère, et ne s'entend rien de luy par deçà. Je ne sçay s'il s'yra promener en Irlande avec le comte d'Essex; aulcuns ont présumé qu'il le feroit, dont je mettray peyne de le sçavoir, et de le fère observer. Sur ce, etc. Ce XIVe jour d'aoust 1573.

CCCXXXVIe DÉPESCHE

—du XXe jour d'aoust 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)