Maladie du duc d'Alençon.—Projet d'Élisabeth de se rendre à Douvres.—Sollicitations adressées au roi par Marie Stuart.—Négociation du mariage.—Plaintes d'Élisabeth à raison des prises récemment faites sur les Anglais par les Bretons.

Au Roy.

Sire, à ce que j'avoys mandé dire à la Royne d'Angleterre, que l'occasion, pourquoy je n'avoys encores receu vostre responce, sur les lettres qu'elle avoit dernièrement escriptes à Vostre Majesté et à la Royne, vostre mère, estoit pour la maladye survenue à Monseigneur le Duc; et que je creignois bien fort qu'elle mesmes, pour n'avoyr poinct monstré assez de correspondance à l'honneste affection de ce vertueux prince, ait causé ce mal, elle m'a faict respondre, par ung mot de lettre de milord de Burgley, qu'elle estoit bien marrie de l'indisposition de Mon dict Seigneur, vostre frère, laquelle elle espéroit que ne seroit de longue durée, veu que, par conjecture, la fiebvre luy pouvoit estre occasionnée du long siège, et du travail d'estre, par ce temps chault d'esté, retourné de la Rochelle vers vous, et qu'avec ung peu de repos, qu'il en seroit bientost quicte, et restitué en sa première santé, et qu'elle continuoit tousjours son progrès en intention de se rendre à Douvre, le XXVe du présent: et n'y a rien plus de ce propos en la dicte lettre.

Cependant, Sire, je me suis approché, icy, à la suyte de la dicte Dame, pour satisfère à la Royne d'Escoce, laquelle, après avoyr licencié monsieur le présidant de Tours, au bout d'ung moys, ou cinq sepmaynes, qu'il a eu toute entière commodicté d'estre avec elle, elle m'a escript que, pour aulcuns affères qui concernent la personne d'elle et son traictement, nous voulussions toutz deux, de compagnie, en venir traicter avec la Royne d'Angleterre et avec les seigneurs de son conseil. A quoy je n'ay voulu deffallir de l'office que m'avez commandé fère tousjours icy pour elle; dont le dict sieur présidant rendra bon compte du tout à Vostre Majesté. Et seulement je adjouxteray, icy, quand à l'Escoce, que la dicte Dame desire fort qu'il vous playse prendre bientost la résolution que vous semblera plus expédiente pour conserver vostre ancienne allience avec le dict pays; car a esté advertye qu'il y a des secretz articles d'une aultre ligue avec l'Angleterre, desjà toutz dressés, qui préjudicient grandement à celle de Vostre Majesté, et qu'elle ne prendra sinon en très bonne part, et n'interprètera sinon à bien, tout ce que vouldrés adviser et résouldre en cella, encor qu'en apparance il y semble avoyr quelque chose qui puisse déroger au droict et authorité d'elle; car réputera que le ferez pour mieulx préserver elle, son filz et son royaulme, d'ung plus grand inconvénient.

Et sur ce, etc. Ce XXe jour d'aoust 1573.

PAR POSTILLE.

Depuis ce dessus, j'ay veu, par occasion, cette princesse, laquelle, après aulcunes siennes responces assez indifférantes sur le faict de la Royne d'Escosse, m'ayant tiré à part, m'a curieusement demandé de la santé de Monseigneur vostre frère, et du faict de l'entrevue. A quoy, pour luy satisfère, je luy ay dict cella mesmes que naguyères je luy en avois escript, et que je n'en sçavois aultre chose, dont s'est esbahye du retardement de mon secrettère; et puis a adjouxté qu'elle me vouloit fère une grande pleincte de voz navyres de guerre, lesquelz, estantz partis de la Rochelle, estoient venus prendre, la sepmayne passée, sur la coste de Bretaigne, six navyres marchandz angloys, bien riches, et les en avoient admenez fort maltraictés, et qu'elle vous demandoit réparation de ce tort, tout ainsy qu'elle vous offroit non seulement la réparation des tortz de ses propres navyres, si, d'avanture, vos subjectz se pleignoient de quelqu'un d'eux; mais avoit envoyé, à ses despens, prendre et réprimer, en faveur de voz dicts subjectz, les pirates, tout le long de la coste de deçà, pour leur assurer la navigation, et leur fère rendre leurs biens, ainsy que je l'avoys requis. Je luy ay fait la responce que j'ay estimé convenir à ung tel faict, sellon l'ample argument que j'en avoys, rejettant la coulpe de ce mal sur le désordre qui procédoit de son royaulme, et que j'en escriprois fort expressément à Vostre Majesté. Elle et ceulx de son conseil ont bien fort à cueur cest affère.

CCCXXXVIIe DÉPESCHE

—du XXVe jour d'aoust 1573.—