(Envoyée exprès jusques à Calais par le Sr de Vassal.)
Invitation faite à l'ambassadeur de se rendre à Douvres.—Négociation du duc d'Albe pour obtenir un secours de vaisseaux anglais.—Affaires d'Écosse.—Nouvelle qu'une mission a été donnée au maréchal de Retz pour passer en Angleterre.
Au Roy.
Sire, il semble que l'ambassadeur d'Angleterre ayt escript en ceste court que, premier que prendre nulle certeyne résolution, sur les lettres que la Royne d'Angleterre a dernièrement escriptes à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur le Duc vostre frère, Vostre Majesté veult envoyer icy, vers elle, un personnage de qualité pour avoyr, sur l'intention sienne touchant le mariage et l'entrevue, ung plus grand esclarcissement que n'en avez peu prendre par ses propres lettres. Et je sçay bien qu'elle et ses conseillers sont en grand suspens à quoy il tient que je n'aye desjà nouvelles de celluy qui doibt venir, et que ne me mandez de fère entendre quelque chose de ce faict à la dicte Dame. Et ont faict dire à mes gens, après que j'ay heu satisfaict aux affères de la Royne d'Escoce, que, si je voulois suivre le progrès jusques à Douvre, l'on me feroit bien accomoder de logis. Mais j'ay advisé, Sire, pour bonne occasion, de retourner jusques en ceste ville, où j'ay apprins que, nonobstant qu'on ayt faict prendre bonne espérance au duc d'Alve, qu'il pourroit estre accomodé d'ung nombre des grandz navyres de ceste princesse pour sa guerre de Hollande, et dont il y en avoit desjà quelques ungs sortis de la rivyère, elle les a néantmoins toutz faict rammener dedans leur arcenal accoustumé de Gelingam; et que, quand Guaras a cuydé estreindre bien cest affère, il s'en est trouvé du tout descheu, et mesmes il a mal employé ung nombre d'escus, vers des particulliers qui luy avoient promis de l'accomoder de leurs propres vaysseaulx.
J'ay apprins que la dicte Dame faict préparer ce qui faict besoing pour renforcer l'entreprinse d'Irlande, et pour pourvoir fort soigneusement aulx choses d'Escoce, et que, pour mieulx fournyr aulx deux entreprinses, elle faict ung emprunct nouveau sur toutes les maysons de ceste ville, qui reviendra, ainsy qu'on dict, à quatre centz mil escus. J'ay sceu, du costé d'Escoce, qu'il s'est trouvé cent gentilshommes escouçoys, qui ont voulu pléger de soixante dix mille escus la vie du cappitayne Granges, et de servir de leurs personnes, tant qu'ilz vivroient, le party du comte de Morthon, s'il la luy vouloit saulver, mais le dict de Morthon n'y a voulu entendre et l'a faict mourir, ensemble son frère et trois aultres, et que Melvin est eschappé, parce qu'il a eu quelque bon amy en ceste court d'Angleterre, et que le comte de Honteley, milord de Ruven et Me Asquin ont tant pourchassé pour milord de Humes qu'ilz ont faict remettre son faict au prochain parlement, monstrant Me Asquin, qui a espousé sa seur, qu'il ne pourroit estre contant si l'on uzoit de rigueur vers son beau frère; dont, de tant qu'il a le Prince d'Escosse entre ses meins, et que ceulx, qui sont dedans Dombertrand, sont toutz à sa dévotion, l'on ne l'oze offancer. Tant y a que les meilleurs et les principaulx de la noblesse du pays creignent fort le dict prochein parlement; dont desirent qu'il s'y puisse trouver quelqu'ung, de la part de Vostre Majesté, pour y modérer les affères. Et sur ce, etc. Ce XXVe jour d'aoust 1573.
Par postille à la lettre précédente.
Ainsy que je mettois fin à ceste dépesche, mon secrettère est arrivé, avec les deux de Vostre Majesté, des XIIIIe et XVIIIe du présent; et incontinent j'ay faict venir des chevaulx pour m'acheminer là où est la Royne d'Angleterre, affin de l'advertyr de la venue de Mr le maréchal de Retz, et la disposer à luy fère une bonne et favorable réception.
CCCXXXVIIIe DÉPESCHE
—du dernier jour d'aoust 1573.—