(Envoyée exprès jusques à Calais par Jehan Volet.)

Audience.—Communication officielle de l'envoi du maréchal de Retz en Angleterre pour la négociation du mariage.—Satisfaction d'Élisabeth.

Au Roy.

Sire, parce que j'avoys desjà déclaré à la Royne d'Angleterre que, de tant qu'elle ne s'estoit assez bien explicquée de son intention par les dernières lettres qu'elle avoit escriptes à la Royne, vostre mère, et à Monseigneur le Duc, frère de Vostre Majesté, qu'il ne vous avoit peu clèrement apparoir ce qu'elle y avoit voulu dire, sinon qu'elle n'y avoit pas dict ce que vous aviez desiré, ny ce qu'aviez justement espéré d'elle, vous aviez esté contreinct, avec l'accidant survenu de la maladye de Mon dict Seigneur, d'estre long et tardif de luy respondre, je n'ay eu maintenant, Sire, de quoy toucher guyères davantage de ce poinct à la dicte Dame; et, seulement, suis venu à luy dire que, de tant que, par les honnorables et vertueuses déclarations, qu'elle vous avoit souvant faictes, de son intention, elle vous avoit layssé prendre beaucoup de bonnes erres d'elle sur le propos de Mon dict Seigneur, vostre frère, vous ne pouviez, ny vouliez maintenant délaysser le dict propos sans le conduyre à l'extrême et dernier poinct de ce qui estoit requis, pour tesmoigner à elle et aulx siens, et rendre manifeste à toute la Chrestienté, que vous persévèreriez, jusques au bout, de pourchasser son allience par toutz les plus honnorables moyens qu'il vous seroit possible, jusques à ce qu'elle vous eût mis hors de tout chemin de la pouvoir plus espérer; et que pourtant Vostre Majesté luy dépeschoit maintenant Mr le mareschal de Retz, (personnage de telle élection, qu'elle sçavoit qui tenoit ung très grand lieu en vostre royaulme, et estoit singullièrement bien aymé et estimé de Voz Très Chrestiennes Majestez), pour deux effectz: l'ung, affin de defférer, par la qualité sienne, tousjours aultant d'honneur et d'avantage, que vous pourriez en cest endroict, à la dicte Dame; et l'aultre, pour nettier si bien par luy toutes difficultez et toutz escrupulles, qui pourroient rester en cest affère, qu'il ne s'y peût dorsenavant trouver autre chose que débatre, sinon à qui, de Voz Majestez et de toutz les meilleurs et plus dévotz serviteurs de voz couronnes, s'esforceroient, à l'envy les ungs des autres, d'advancer l'accomplissement de ceste heureuse allience, et de ce desiré parantage, lequel debvoit rendre voz amityez perpétuelles et indissolubles à jamays. Dont, de tant que la venue icy, de Mr le mareschal, luy estoit plus que mille et mille tesmoings de vostre parfaicte persévérance et de celle de la Royne, vostre mère, et encores plus expressément de celle de Monseigneur, vostre frère, vers elle, je la supplioys très humblement, et en vertu de ses mesmes promesses et des honnorables propos qu'elle vous avoit tant de foys faict tenir de ce faict, qu'elle voulût maintenant monstrer comme elle y avoit tousjours procédé d'une vraye et pure, et non feincte, ny simulée volonté; adjouxtant à cella, Sire, plusieurs aultres instances, que j'ay estimé convenir à bien disposer ceste princesse sur la favorable réception de mon dict sieur le mareschal, et sur les bons propos qu'il vient luy tenir.

A quoy elle, d'une démonstration pleyne de grand contantement, m'a respondu que, par son ambassadeur, elle avoit desjà eu quelque notice comme Vostre Majesté dellibéroit d'envoyer quelqu'ung vers elle, mais n'espéroit tant de faveur que ce fût Mr le comte de Retz, et réputoit davantage à honneur que je l'appellois mareschal de France; et, encor qu'elle pensât d'avoyr escript ses lettres bien clères à la Royne, vostre mère, si estoit elle très ayse que en cherchissiez davantage l'esclarcissement par ung personnage qu'elle sçavoit vous estre très inthyme et très confident à toutz deux, me priant de vous fère ung article bien exprès, par mes premières, du grand et très cordial mercyement, qu'elle vous en rendoit; et, que, en nulle aultre façon, Vostre Majesté, ny la Royne, vostre mère, ne luy eussiez peu donner tesmoignage de vostre entière et souveraynement bonne intention vers elle, ny qu'elle y eût plus donné de foy que par le dict sieur comte, lequel elle m'assuroit qu'il seroit le très bien venu, et que, quelle impression que se donnassent les aultres de voz divers prétextes en cest endroict, elle ne les interprèteroit dorsenavant que très bons et très sincères pour elle.

Je luy ay merveilleusement agréé sa responce, et avons esté longtemps en ce propos, et à parler de la maladye de Mon dict Seigneur le Duc; lequel je luy ay assuré estre hors de tout danger, et que, dans dix ou douze jours, il pourroit sortir de la chambre. De quoy elle a monstré d'estre bien fort ayse.

Et après, Sire, j'ay assemblé ceulx du conseil de la dicte Dame pour leur proposer la venue de Mr le mareschal, et fère expédier son saufconduict, et impétrer des navyres de ceste princesse pour l'aller quérir et assurer son passage, et pour les bien disposer à sa réception. Dont ayant obtenu le tout, j'ay dépesché, avec toutes ces provisions, le Sr de Vassal et ung de mes secrettères, qui parle angloys, devers luy; par lesquelz j'espère qu'il se trouvera bien satisfaict, et bien informé, de tout ce qu'il peut desirer pour son arrivée vers ceste princesse; laquelle il pourra encores trouver icy, mardy prochein, mais, s'il ne passe si tost, nous la suyvrons à Conthurbery, où elle fera quelque séjour. Et sur ce, etc. Ce XXXIe jour d'aoust 1573.

CCCXXXIXe DÉPESCHE

—du IIIIe jour de septembre 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Pierre Ridou.)