Cependant, Sire, l'on me veult faire accroyre que les deux chasteaulx, de Humes et de Fastcastel, en Escosse, ont esté remis ez meins des Escossoys; dont, pour en sçavoyr mieulx la vérité, et pour entendre de l'estat du reste du pays, duquel l'on m'a dict que les choses sont fort près de retourner à quelque altération, à cause que le comte de Morthon n'a voulu rendre les sceaulx et estat de chancellier au comte de Honteley, ains l'a baillé à ung aultre jeune milord son parant, j'ay dépesché, par mer, ung homme exprès par dellà, et ay escript à quatre seigneurs du pays, desquelz j'espère que j'auray bientost leur responce. Et sur ce, etc. Ce VIe jour de novembre 1573.

CCCLe DÉPESCHE

—du XIe jour de novembre 1573.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par Charles de Bouloigne.)

Conférence particulière de l'ambassadeur avec Leicester sur la négociation du mariage.

Au Roy.

Sire, pour le desir que j'ay eu de parler au comte de Lestre, sur l'occasion que j'ay desjà escripte à Vostre Majesté, je l'ay envoyé prier de me donner la commodicté que je le peusse aller entretenir ugne heure en son logis, et il m'a uzé ceste courtoysie de me venir trouver fort privéement au mien; où, après que je luy ay eu donné compte des nouvelles de France, et de la ferme dellibération que Vostre Majesté a de fère observer l'édict de la paix, et comme toutz ces faulx bruictz, qui avoient couru, icy, qu'on eût maltraicté ceulx de la nouvelle religion, depuis la réduction de la Rochelle et de Sanserre, estoient faulx; et que je le pryois de garder la mémoyre de ce que Mr le mareschal de Retz luy avoit dict de vostre bonne intention à la paix et au repos de la Chrestienté, et de celle de Monseigneur à l'observance des loix et ordres de ce royaulme; et qu'il ne se trouveroit, pour chose qui peût jamays advenir, qu'il y eût manquement ez parolles et promesses de Vostre Majesté; et luy ayant, au reste, satisfaict à des particullarités, qu'il m'a demandées, du voyage du Roy de Pouloigne, vostre frère, je l'ay infinyement remercyé de trois bons offices que je sçavois qu'il avoit faictz: l'ung, d'avoyr confirmé, plus que nul aultre de ce royaulme, les remonstrances de Mr le mareschal de Retz touchant la justiffication de Vostre Majesté et de la Royne, vostre mère, et des vostres, sur les évènementz de St Barthèlemy, et avoyr osté, aultant qu'il a peu, à ceulx de ceste court et aulx principaulx de ce royaulme, la malle impression qu'ilz en avoient; le segond, de ce qu'il avoit instruict et bien informé Me Randolphe au faict de sa commission en France; et le troysiesme estoit d'aulcunes siennes, bonnes et favorables, démonstrations, vers la Royne d'Escosse; et qu'il s'assurât que, prenant ainsy à cueur, comme il faisoit, les choses qui concernoient, icy, Vostre Majesté, il fortiffieroit ung party, duquel, avec le bien et seureté de la Royne, sa Mestresse, et de ceste couronne, il s'acquerroit ung perpétuel refuge pour luy; oultre que, présentement, et à l'advenir, Vostre Majesté en auroit une non petite recognoissance. Et me suis de tant plus efforcé, Sire, de luy rallumer l'affection que, de longtemps, luy et les siens ont eu à la France, que je sçavoys qu'il estoit bien fort praticqué et très instamment sollicité d'ailleurs, et que l'homme, retourné d'Allemaigne, et ung adjoinct, qu'il a prins en Flandres, estoient ordinayrement après luy. Et puis je luy ay touché ces difficultez que Me Randolphe m'avoit déduictes, et comme j'avoys trouvé bon d'en conférer avecques luy, premier que de les escripre, affin que je ne les fisse prendre en plus de considération qu'il ne jugeroit que Vostre Majesté les deût avoyr. Et pense, Sire, n'avoyr rien obmis de ce qui a peu servir à bien fort encourager le dict comte vers la conclusion du bon propos, et à n'y admettre plus une seule sorte de longueur ny de remise.

Et il m'a respondu, Sire, qu'il avoit ung très grand plésir d'entendre que ces nouvelles, qu'on avoit publiées, d'ung renouvellement de trouble et d'ung maulvais traictement en France, contre ceulx de la nouvelle religion, fussent faulces; et remercyoit Dieu qu'il se cognût, de plus en plus, que la dellibération de Vostre Majesté estoit très ferme à l'observance de son édict; et que, de sa part, il avoit receues pour très justes et légitimes les occasions que Mr le mareschal avoit déduictes de l'accidant de Paris, et pour telles les avoit imprimées à toutz ceulx qu'il avoit peu; et qu'il me pouvoit assurer, Sire, qu'il vous avoit regaigné ung grand nombre des plus notables de ce royaulme, qui estoient fort alliennés de Vostre Majesté; qu'il voudroit, de bon cueur, que ces aultres nouvelles qu'on avoit semées de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, comme il estoit sorty de sa dernière maladye aussy jaulne que cuyvre, tout bouffy, deffiguré, bien fort petit et mince, fussent pareillement faulces; et qu'il me vouloit bien dire que j'avoys faict ung service fort à propos, et qui avoit esté fort agréable à sa Mestresse, d'avoyr si confidemment assuré, comme j'avoys faict, tout le contrayre; et que j'eusse monstré des lettres de la Royne, vostre mère, à cest effect, lesquelles se rapportoient à ce que le docteur Dail en avoit aussy escript, qui en parloit bien en la plus advantageuse façon qui se pouvoit dire; et que c'estoit quelqu'ung, qui avoit naguères veu Mon dict Seigneur, qui avoit semé ce meschant bruict. Dont, en l'assurance de ce que Mr le mareschal avoit dict, sur son honneur, que la personne de Monseigneur se trouveroit d'une parfaicte et belle disposition, pour debvoir playre à quelque princesse que fût au monde, il avoit bien voulu soigneusement advertyr le dict Me Randolphe qu'il n'eût à rapporter que la vraye vérité de ce qu'il verroit; ce qu'il pensoit qu'il le feroit sans doubte, bien qu'à dire vray il eût desiré qu'ung mieulx incliné, que luy, eût faict le voyage; et que, pour le regard des difficultez qu'il m'avoit alléguées, que je creuse qu'elles procédoient de sa passion, et non qu'il les eût ouyes de Sa Majesté, icy, ny d'eulx de son conseil, ny d'aulcun des grandz, ny encores du commun de ce royaulme; car toutz universellement desiroient le mariage de leur princesse. Bien failloit que je me recordasse comme l'on avoit advisé de réserver toujours quelque difficulté, affin qu'on n'eût à toucher à celles de la personne, au cas que le mariage ne vînt à effect, mais il me promectoit, devant Dieu, qu'à présent il n'en sçavoit nulle aultre que celle là seule, et qu'il trouvoit que la dicte Dame estoit, plus qu'elle ne fut oncques, bien disposée à ce propos. Et me vouloit advertyr, en secret, que Me Randolphe, au prendre congé d'elle, luy avoit demandé s'il n'uzeroit pas de quelques termes froidz, en France, pour elloigner le dict propos, au cas qu'il trouvât que Mon dict Seigneur le Duc ne fût pour luy complayre; et qu'elle luy avoit respondu qu'elle l'avoit choysy comme son œil, en ceste commission, et qu'elle luy enchargoit, sur sa loyaulté, de luy rapporter le plus fidelle et certein pourtraict de Monseigneur qu'il luy seroit possible, et qu'il se gardât bien de dire ou fère chose, par où l'on peût arguer qu'elle voulût réfroidir ou elloigner le dict propos; et que le dict sieur comte, pour son regard, engagoit à Dieu et à Vostre Majesté sa foy et son honneur qu'il s'efforceroit, de tout son pouvoir, de conduyre cest affère au bon effect que desiriez, sellon qu'il cognoissoit que c'estoit le bien et conservation de sa Mestresse, et le repos de son royaulme; et que si, d'avanture, il ne le pouvoit fère, il supplyoit très humblement Vostre Majesté de croyre qu'il n'auroit tenu à luy, ny à nul office et bon debvoir, qu'il y auroit peu fère; et qu'en toutes sortes il avoit à rester le plus parcial françoys qui fût en ce royaulme. Et a confirmé cella, Sire, par le récit d'aulcuns aultres privés accidentz; desquelz, parce que je les sçay estre vrays, les ayant cy devant bien advérez, et que la façon du dict sieur comte a esté toujours de se monstrer froid, quand il a senty que l'affère alloit froydement, et chault quand il l'a veu aller bien, je prens opinyon qu'il m'a parlé ceste foys d'ung cueur fort ouvert, et bien fort déterminé à la conclusion du dict affère.

Dont j'ay employé les meilleurs et les plus exprès termes, que j'ay peu, pour luy gratiffier bien fort sa bonne volonté; et l'ay assuré que, sur la confience de ce qu'il me venoit de dire, et de promettre, et, nonobstant les rescentes difficultez de Me Randolphe, je persuaderoys, aultant qu'il me seroit possible, Voz Majestez Très Chrestiennes de continuer vostre poursuyte, sellon l'honnorable façon qu'aviez commancé. Or, Sire, j'ay apprins d'ailleurs, et de fort bon lieu, que certeynement l'Empereur a escript, par Me Estrange, à ceste princesse, pour le mariage d'elle avec le prince Ernest, son segond filz; et que le duc d'Alve y a adjouxté une sienne lettre à la dicte Dame, et d'aultres lettres à aulcuns seigneurs de ce conseil, par où il inciste bien fort qu'on ne se haste de conclurre le party de Monseigneur, frère de Vostre Majesté, sans avoyr sceu qu'est ce qu'on veut proposer pour l'aultre; et que, du premier jour, s'il plaist à la dicte Dame, elle aura des ambassadeurs, de bien bonne qualité, vers elle, pour cest effect, qui luy feront cognoistre que le dict prince Ernest, sans comparaison, luy est, en toutes sortes, plus advantageus et sortable mary, que Mon dict Seigneur vostre frère. Sur ce, etc.

Ce XIe jour de novembre 1573.