Je luy ay respondu qu'à la vérité nous vous l'avions donnée grande, et serions encores prestz de le faire, si ne l'avions faict, car ne nous avoit apparu difficulté ny empeschement quelconque qui nous en deût retarder.
Elle a répliqué, en riant, qu'elle vouloit donc estudier d'aultres argumentz, puisque nous tournions les siens premiers contre elle mesmes; et est retournée à parler de l'inconvénient du visage, et de l'homme que je luy avois allégué, en ceste ville, qui en estoit parfaictement guéry; et, quand bien le propos n'auroit à réuscyr, si desiroit elle, et me prioit, que je misse peine de procurer qu'on appliquât tout le remède qu'on pourroit à Mon dict Seigneur le Duc. Après lequel propos, elle m'a parlé de la Royne d'Escoce, et qu'elle estoit bien ayse que Mr d'Ardoy l'eût visitée, et qu'il eût cognu qu'elle est en la compagnie d'ung fort honnorable seigneur; et qu'elle vous prie, Sire, de croire que, pour l'amour de vous, elle a voulu avoir tant d'esgard à elle, qu'elle a cuydé offancer toutz ses Estatz, et que c'est la dicte Royne d'Escoce elle mesmes qui procure son mal.
Je l'ay remercyée grandement de vostre part, et, sans toucher pour ce coup davantage à matière si visqueuse, je me suis licencié gracieusement de la dicte Dame, et suis allé parler à ses conseillers, remettant de vous continuer en la lettre de la Royne, parce que ceste cy est desjà trop longue, ce qui s'est passé entre nous. Et sur ce, etc.
Ce XVe jour de juillet 1572.
A la Royne
Madame, parce qu'en la lettre du Roy je récite assez par le menu les principaulx propos qui ont, ceste foys, esté tenus entre la Royne d'Angleterre et moy, j'ay seulement à vous dire en ceste cy que la dicte Dame s'est fort soigneusement enquise de vostre santé, luy ayant le comte de Lincoln dict que vous teniez encores le lict, quand il print congé de Vostre Majesté, dont desiroit sçavoir comme à présent vous vous portiez; et que le dict comte avoit esté si surprins de ce peu de motz, que vous luy aviez lors tenus touchant le mariage, qu'il n'avoit ozé faire semblant de les entendre: ce qu'elle prenoit en bonne part, considérant que Vostre Majesté, pour ne sçavoir en quoy en estoient lors les choses par deçà, parce que n'aviez encores receu noz lettres, et pouviez doubter de la responce qu'on vous y feroit, n'en aviez quasy voulu toucher qu'ung mot; et le Roy n'en avoit parlé en façon du monde; vray est que ses démonstrations et les vostres, et celles de Monsieur, et de Monseigneur le Duc, en avoient plus signiffié que plusieurs expresses parolles ne l'eussent sceu faire. Il me semble, Madame, que ceste princesse se conduict d'une mesmes sorte en ce propos, après le retour du dict sieur comte de Lincoln et de ceulx qui sont revenuz de France, qu'elle faysoit auparavant, et ne laysse cognoistre ou si sa disposition y est meilleure ou bien empirée, sinon que je voy bien qu'on luy a faict l'accidant du visage plus grand qu'elle ne le cuydoit, et monstre, à bon esciant, qu'elle desire qu'il y soit remédié; dont, Madame, je mettray peyne de vous envoyer pour cest effect le personnage duquel je vous ay cy devant escript, s'il vous playst de me le commander. J'ay comprins par aulcuns motz des propos de la dicte Dame, et l'ay aussy entendu d'ailleurs, que le filz de l'Empereur a esté mis en avant, et, à la vérité, Anthonio de Gouaras, l'espagnol, est plus assidu en ceste court qu'il ne souloit; dont j'auray l'œuil le plus ouvert là dessus qu'il me sera possible.
Or ayant, après mon audience, conféré avec les deux conseillers de ceste princesse, ilz m'ont confirmé cella mesmes qu'elle m'avoit dict, du rapport que le comte de Lincoln, et Me Smith, et Me Milmor, avoient faict de Monseigneur le Duc. Et m'a le comte de Lestre fort incisté que je fisse bientost venir de ses lettres, ainsy qu'il me l'avoit desjà dict; et que, de sa part, il ne manqueroit d'aulcun debvoir qu'il peût rendre à l'advancement du bon propos. Milord de Burgley m'a dict que je pouvois avoyr cognu, aux propos de la dicte Dame, combien il s'estoit esforcé de la persuader, sur l'accidant du visage, qu'il se pourroit remédier; et qu'il y avoit deux de ceulx, qui estoient naguières revenus de France, qui avoient fermement assuré à elle mesmes que quand elle le verroit, elle ne s'en pourroit nullement contanter; dont, estant à ceste heure tout ce faict en la pure volonté d'elle, il falloit attandre ce que Dieu luy en vouldroit inspirer, et que, de sa part, il voyoit encores toutes choses pour ce regard si incertaynes, qu'il ne m'en vouloit rien promettre ny assurer jusques à ce que la résolution s'en manderoit par Mr de Montmorency à Leurs Très Chrestiennes Majestez; et que cepandant il persévèreroit en ses accoustumées remonstrances de louer et approuver ce party, aultant qu'il luy seroit possible de le faire. Sur ce, etc.
Ce XVe jour de juillet 1572.
Tout maintenant, Mr le comte de Lincoln m'est venu visiter, et m'a signiffié ung très grand desir de servir à cest affaire, et ne m'a point donné à cognoistre que sa Mestresse n'ayt prins playsir d'ouyr bien dire de Monseigneur le Duc. Il y a heu quelque rencontre en Escoce, dont j'en sçauray bientost la particullarité.