Madame, aultant de choses que je cognois pouvoir advancer le propos de Monseigneur le Duc, et aultant que ceux qui y ont bonne affection me monstrent qu'il y en a qui y peuvent servir, je n'en obmetz une seule que je ne mette peyne, tout incontinent, de les essayer; dont Dieu, s'il luy plaist, y adjouxtera, puis après, la perfection qu'il voyt et cognoit y estre honnorable et nécessaire. Je ne presse de sçavoir de ceulx cy rien de la résolution de la responce; il ne seroit ny honneste à moy, de la leur demander, ny à eulx, de me la dire, ayant esté arresté que la Royne d'Angleterre la fera sçavoir à Voz Très Chrestiennes Majestez par Mr de Montmorency; et elle me l'a ainsy confirmé, depuis son partement, avec une fort honnorable commémoration de luy, et de la confience que, pour son intégrité, elle met ez choses qu'il luy a dictes, et pareillement de Mr de Foix. Le comte de Lestre et milord de Burgley affirment que le raport, qu'on a faict de Monseigneur le Duc, ne sçauroit estre plus grand pour sa réputation, ny meilleur pour tout ce qui se pourroit desirer de luy pour ce royaulme, que l'ont faict ceulx qui sont freschement revenus de France; et tout le conseil d'Angleterre a fort bien faict son debvoir d'aprouver son party, de sorte que le tout reste maintenant en la pure volonté de la Royne, leur Mestresse; à laquelle, parce qu'elle a touché de discerner d'aulcunes particullarités, qui peulvent rendre, à une telle princesse qu'elle est, ou agréable ou désagréable son mariage pour toute sa vye, ilz ne peuvent ny veulent davantage l'en presser. Et m'a le dict comte dict qu'il trouve fort expédiant que Monseigneur le Duc escripve les lettres que j'ay desjà mandées; car estime que nul ne peult tant en cest affaire pour luy que luy mesmes. Et milord de Burgley m'a confirmé que la petite lettre, que Monseigneur le Duc avoit escripte à Mr de Montmorency, laquelle j'avoys naguyères, comme par accidant, faicte voyr à la dicte Dame, avoit beaucoup servy, et qu'il desiroit surtout qu'il fût pourveu à l'inconvénient de son visage. Néantmoins l'ung et l'aultre assurent que l'affaire est encores bien incertein, dont aulcuns des amys donnent pour conseil, qu'encor que la responce n'aye à estre si bonne comme nous la desirerions, que, pourveu qu'elle ne soit du tout maulvayse, et qu'elle ne porte ung entier refus, que Vostre Majesté n'en doibt couper court le propos. Et, de ma part, Madame, j'ay trouvé tousjours tant de changement, d'heure en heure, ez résolutions de ceste court, que je ne puis dire sinon ce qui semble bon, et pareillement ce qui semble maulvais, n'y demeurent guyères en ung mesme estre. Sur ce, etc.
Ce XXe jour de juillet 1572.
CCLXVe DÉPESCHE
—du XXIIe jour de juillet 1572.—
(Envoyée jusques à la court par Giles Malapart.)
Négociation du mariage.—Avis émis par un seigneur du conseil d'écouter les propositions faites par Antonio de Gouaras pour le mariage d'Élisabeth avec le fils de l'empereur.
Au Roy.
Sire, il n'a esté possible au Sr de Sabran d'arriver icy plus tost que hier matin, en la compagnie de plusieurs aultres qui ont esté contrainctz, aussy bien que luy, de temporiser, troys jours entiers, le passage à Callays, à cause du vent. Il m'a randu vostre dépesche du unziesme et quatuorziesme de ce moys, laquelle est très ample et fort à propos pour l'occasion présente. Je mettray peyne de l'emploier le mieulx qu'il me sera possible en ma première audience, laquelle j'ay desjà envoyé demander; et ay faict tenir à milord de Burgley la lettre de Mr de Walsingam. Ceste princesse, continuant son progrès vers Warvic, arrivera demein en la mayson du dict de Burgley, à présent son grand trésorier, où les principaulx seigneurs de sa court et de son conseil, lesquelz, au partir d'icy, estoient allez se rafraischir en leurz maysons, se doibvent randre. Et j'entendz que, au dict lieu, se résouldra la responce qui vous doibt estre faicte sur le propos de Monseigneur le Duc, n'ayant point cognu, Sire, qu'en nul aultre affaire, depuis que je suis en ce royaulme, l'on soit allé plus réservé qu'on faict en cestuy cy, duquel ne se permet qu'il en sorte une seule parolle dehors. Néantmoins l'on m'a fort assuré que le moys ne se passera sans qu'on ayt satisfaict à la promesse qui nous a esté faicte, quant Mr de Montmorency et Mr de Foix sont partis; et cependant je verray la dicte Dame, et n'obmettray rien, Sire, de tout ce que me commandez, ny de tout ce que je me pourray adviser, pour la persuader, et mesmes la presser de vous faire la responce telle que vous la desirez, et que singullièrement je la desire, plus à la vérité qu'il ne me semble que je le puisse de tout bien espérer, ayant quelque advis qu'il y sera faict mencion de ce contrepoix, dont le Sr de Walsingam a desjà parlé à la Royne, pour récompanser le deffault de l'eage et l'inconvénient du visage de Monseigneur le Duc.
Il n'y a rien plus vray qu'ung des seigneurs de ce dict conseil, entendant débattre les difficultez qu'on alléguoit de Monseigneur le Duc, a mis en avant qu'on debvoit ouyr Anthonio de Gouaras sur ce qu'il proposoit du filz de l'Empereur, ainsy que d'aultres foys l'on l'avoit bien escouté sur le propos du Roy d'Espaigne, ayant esté le premier qui l'avois mis en termes, et avoit réuscy. Mais de tant que, par les deux lettres que le dict de Gouaras avoit naguières présentées du dict Roy d'Espagne; et aulcunes du duc d'Alve touchant les choses de Flandres, il n'apparoissoit qu'ilz luy donnassent assez expécial pouvoir de parler maintenant de cestuy cy, cella n'a esté suyvy.
L'on prépare icy tousjours nouveau renfort pour envoyer à Fleximgues, mais, jusques au retour de Me Pelan, l'on ne se hastera de le faire partir. Je n'ay, à présent, rien de nouveau d'Escoce, et suis attandant ce que les deux partis auront respondu sur l'abstinence de guerre à Mr Du Croc, auquel je feray cependant tenir vostre dépesche; et, m'ayant esté octroyé ung passeport pour envoyer visiter par ung mien secrettaire la Royne d'Escoce, avec ung peu d'argent, je vous manderay à son retour de toutes ses nouvelles. Et sur ce, etc.