CCLXXXIIIe DÉPESCHE

—du IIIIe jour de novembre 1572.—

(Envoyée exprès jusques à la court par Dominique Vestin).

Accouchement de la reine de France.—Naissance d'une fille.—Proposition, faite à Élisabeth d'être sa marraine.—Acceptation d'Élisabeth.

Au Roy.

Sire, ce courrier a esté ung peu retardé en venant icy, à cause du passaige, et, aussytost que j'ay heu la lettre qu'il vous a pleu m'escripre, du XXVIIe du passé, après avoir loué et remercyé Dieu des heureuses couches de la Royne et du commancement de lignée, qu'il luy a pleu vous donner à toutz deux, de ceste belle petite princesse[8], qui vous est née, je me suis mis après à m'enquérir si la Royne d'Angleterre vouldroit bien accepter d'en estre la marraine. Et, pour cest effect, j'ay envoyé le Sr de Vassal devers milord de Burgley pour me conjouyr avecques luy de la bonne nouvelle, et luy dire que, si je pensois que la Royne, sa Mestresse, ayant commencé ceste année de se faire vostre confédérée, desirât aussy de devenir vostre commère, que je suplierois Vostre Majesté de le luy offrir, et que je le priois de m'en mander son advis, car ne me voudrois advancer en cella, et mesmes voudrois bien garder que Vostre Majesté ne s'en advançât, si elle n'avoit fort à gré de l'accepter.

Sur quoy il a soubdein respondu qu'il n'ozeroit s'ingérer de me respondre rien là dessus, sans en avoir communicqué avec elle. Dont est allé soubdein parler à sa dicte Mestresse, et puis m'a mandé dire, par le mesmes gentilhomme, que j'avois sagement advisé en ung tel faict de vouloir bien pourvoir, à cause du temps et pour les évènementz naguières passez, qu'il ne fût proposé sinon au commun gré de Vostre Majesté et de sa dicte Mestresse, affin de ne convertir entre vous un acte d'amityé en offance; et qu'il m'assuroit qu'elle acceptera de bon cueur d'estre la marraine, si luy faictes l'honneur de l'en prier, non toutesfoys pour envoyer par dellà ny le comte de Lestre, ny luy, parce qu'elle les réserve toutz deux pour sa perpétuelle conserve, contre les dangers et inconvénientz qui semblent se présenter de beaucoup d'endroictz, mais ce ne sera sans y députer quelque personnage d'honneur et des plus grandz de ce royaulme. De quoy, Sire, je vous ay bien incontinent voulu advertir affin que accomplissiez en cella vostre bonne intention. Et sur ce, etc.

Ce IVe jour de novembre 1572.

CCLXXXIVe DÉPESCHE

—du IXe jour de novembre 1572.—