—du XVe jour de novembre 1572.—

(Envoyée exprès jusques à Calais par la voye du Sr Acerbo.)

Lettre du roi d'Espagne à la reine d'Angleterre.—Négociation des Espagnols.—Sollicitations des protestans de France pour obtenir des secours afin de reprendre les armes.—Nouvelles d'Écosse.

Au Roy.

Sire, j'attandz les procheines lettres de Vostre Majesté pour aller trouver la Royne d'Angleterre, laquelle, dans ung jour ou deux, s'en vient à Hamptoncourt, et se porte fort bien, ne s'estant, longtemps y a, trouvée plus sayne qu'elle faict à présent, depuis qu'elle est guérye de ceste dernière maladye qu'elle a heu de la petite vérolle; et si, se trouve fort contante que le Roy d'Espaigne luy a escript une lettre fort pleyne d'affection et d'offres, et d'une quasy soubmission, qui semble ne convenir guières ny à la grandeur d'un tel prince, ny à la recordation des injures qu'il a reçues. Tant y a qu'en la dicte lettre, après beaucoup de belles et bonnes parolles, il inciste au renouvellement des anciens traictés et de l'ancienne confédération d'entre ceste couronne et la mayson de Bourgoigne, et qu'il est prest de la confirmer et la jurer de nouveau; et, quand aulx différendz passez, qu'il en veult demeurer à ce que la dicte Dame et ceulx de son conseil en ont desjà advisé, sans s'arrester aux difficultez que son ambassadeur ou ses ministres y peulvent avoir faictes. Et est venue la dicte lettre accompagnée d'une aultre du duc d'Alve, et d'aulcuns si bons présens, que l'affère a commancé de s'estreindre en bien peu d'heures, et cella fort secrettement; mais non tant que je n'en aye heu assez tost le vent. Dont ceulx, à qui j'en ay parlé, m'ont respondu que Vous, Sire, en faysant la deffance à voz subjectz de n'aller poinct en Flandres, et chastiant ceulx qui revenoient de Montz, avez monstré à la Royne d'Angleterre comme elle debvoit uzer en cest endroict, et luy aviez faict retirer ses subjectz de Fleximgues, et luy aviez apprins de ne refuzer l'amityé du Roy d'Espaigne; et que, puisqu'ainsy vous plaist, vous verrez bientost les choses de toutes partz céder à l'intention du duc d'Alve.

Je n'ay deffailly de réplicque, mais je tiens pour assuré que le commerce sera bientost restably entre l'Angleterre et les Pays Bas du Roy d'Espagne, si quelque accidant nouveau ne survient. Il est vray que je ne sentz poinct pour cella qu'on se vueille retirer de la ligue et du bon traicté qui a esté dernièrement conclud avec Vostre Majesté, mais bien, qu'on regardera de fort près comme, de jour en jour, s'en pouvoir mieulx establir avecques vous pour la seureté de ce royaulme. Et mesmes j'entendz que la dicte Dame et ceulx de son conseil n'ont encores rien respondu à ce qui leur a esté proposé, de vouloir faire une déclaration en faveur des françoys qui se sont retirés icy pour leur religion, pour y estre soufertz avec gracieulx entretien, et de vouloir aussy donner quelque secours à ceulx qui dellibèrent s'oposer aux violences qu'ilz disent qu'on leur faict en France. Et semble que celluy qui sollicite ce faict a parlé comme envoyé par les Vicomtes, au nom des gentilshommes et aultres de la nouvelle religion, qui sont par dellà; et bien qu'il n'ayt encores rien impétré, si creins je assez que ceulx cy, par occasion, seront conduictz à faire quelque faveur, soubz mein, à ceulx de la Rochelle par le moyen du comte de Montgommery, qui pratiquera avec le visadmiral d'Ouest, son beau frère, d'estre accommodé de quelque vaysseau pour s'y retirer, et pour y conduire ce qui se trouvera à ceste heure de françoys icy revenantz de Fleximgues, lesquelz peuvent estre deux centz en nombre; oultre que, depuis deux jours, sont arrivez envyron quinze gentilshommes ou soldatz, les ungs normantz, les aultres de Poictou, et les aultres de Guyenne, entre aultres le jeune Pardaillan, et avec eulx ung marchand de la Rochelle, nommé David, qui disent qu'ilz sont fouys pour n'aller poinct à la messe, et font une grande rumeur de la persécution qu'ilz disent qui continue par dellà.

Le Sr de Gasceville, qui est icy pour le prince d'Orange, a essayé de praticquer les dicts françoys pour les ramener en Olande, mais ilz n'y vuellent entendre à cause qu'ilz y ont esté fort maltraictez; dont vous suplie, Sire, me commander comme j'auray à parler à ceste princesse et aulx siens du dict faict de la Rochelle, et de ceulx qui y voudroient aller, et pareillement comme uzer envers ceulx de voz subjectz qui se voudroient retirer en leurs maysons; car l'on m'a assuré, Sire, que, en divers endroictz de ce royaulme, il y en a bien à présent de quatre à cinq mille, que hommes, que femmes, ou petitz enfans.

Je n'ay, du costé d'Escoce, aultres nouvelles que la confirmation de la mort du comte de Mar, laquelle aulcuns souspeçonnent estre du poyson, mais je crois que non; et se dict que ceulx, qui recognoissoient le dict de Mar pour régent, se sont assemblés affin d'en créer ung aultre et pourvoir à la seureté du jeune Prince. Cest accydant semble bien requérir, Sire, que Vostre Majesté dépesche quelqu'ung par dellà; mais je ne m'attans pas que nous puissions obtenir le congé de son passeport par icy. J'estime que le Sr de Quillegreu ne s'oposera trop à ce que le duc de Chastellerault soit faict régent; car l'on m'a adverty qu'il avoit charge de le praticquer pourveu qu'il voulût suyvre le party d'Angleterre; car l'on voit bien que à luy appartient le droict de ceste couronne, après la Royne d'Escoce et son filz. Sur ce, etc.

Ce XVe jour de novembre 1572.

CCLXXXVIe DÉPESCHE