La dicte Dame, après avoyr ung peu pensé, m'a, d'une fort bonne et modeste façon, respondu qu'elle vouloit tousjours remercyer le Roy et Vostre Majesté du bon desir que monstriez avoyr à son alliance, et de l'honnorable pourchas que continués d'en fère, et de ce que, toutz deux, aviez mis peyne de chercher ung expédiant sur la principalle difficulté, qui estoit celle de la religion; mais qu'il sembloit que, sur l'aultre, qui estoit de l'entrevue, vous y aviez, Madame, trouvé ce dont elle vous avoit tousjours requise, que ne la voulussiez consentir, si jugiez qu'il y eût tant soit peu de chose mal honnorable pour Monseigneur le Duc; et qu'il luy sembloit que Vostre Majesté avoit fort bien réduict l'affère au poinct où il la falloit proprement délaysser: car, après vous avoyr faict entendre qu'elle avoit résolu de ne s'obliger jamays à aulcun mariage qu'elle n'eût veu celluy qu'elle espouseroit, et Vostre Majesté estant résolue que Monseigneur le Duc ne passe icy, sans qu'elle vous ayt promis de l'espouser, c'estoient deux résolutions si contrayres l'une à l'aultre, qu'il ne luy restoit sinon de mander à son ambassadeur de n'en parler plus, et à moy de me prier que je vous voulusse assurer, de la part d'elle, qu'elle n'avoit esté si meschante ny si desloyalle, après vous avoyr faict déclairer qu'elle se vouloit résoluement marier d'ung bon et grand lieu sellon elle, qu'elle eût faict proposer à Voz Majestez l'entrevue de Monseigneur le Duc et d'elle, en intention de vous offancer toutz troys en le refuzant, ains de l'espouser de bon cueur, s'il eût pleu à Dieu qu'ilz se fussent compleus l'ung de l'aultre, et qu'elle verroit ce que, sur la dépesche du gentilhomme que je vous avoys naguyères envoyé, vous m'en respondriez; qui toutesfoys ne sçavoit si elle debvoit plus consentir la dicte entrevue, puisque Vostre Majesté y voyoit du danger; car avoit tousjours estimée que le poinct de la religion pourroit estre très honnorable à l'ung et à l'aultre, s'il advenoit, par quelque occasion, que le dict mariage ne peût succéder.

Je n'ay fally de remonstrer à la dicte Dame combien vous aviez de justes occasions de requérir ceste secrette seureté, et de n'azarder le voyage de Mon dict Seigneur le Duc, sans plus de fondement de bonne espérance qu'elle ne vous en avoit encores donné, et qu'elle debvoit laysser conduyre ce mariage en la façon accoustumée des princes, par ambassadeurs et ministres; mais elle est demeurée ferme au poinct de l'entrevue, et d'attandre ce que me manderez par le Sr de Vassal.

Sur quoy m'estant gracieusement licencié de la dicte Dame, Mr le comte de Lestre m'est venu demander où j'en estoys demeuré avec elle; et je le luy ay particullièrement récité: lequel m'a dict qu'il y avoit de la rayson des deux costés, et qu'il en vouloit aller, sur l'heure mesmes, parler avec elle, et que, le jour après, il viendroit à Londres, où milord trézorier estoit, pour en conférer toutz deux avecques moy; comme il a faict, bien que, après avoyr, eulx deux, esté quelque temps ensemble, il n'a heu loysir davantage d'attandre, et le propos a esté seulement entre le dict milord et moy. Lequel m'a dict que, sellon troys choses, que le Sr de Walsingam avoit recuillies de voz propos, la Royne, sa Mestresse, et eulx avoient prins quelque conjecture que Vostre Majesté ne vouloit poinct le dict mariage; la première estoit le refus de l'entrevue, après l'avoyr d'aultrefoys voulue, et après avoyr offert, Vostre Majesté mesmes, d'y venir, qui estoit ung trêt qu'il estimoit non guyères dissemblable à celluy du premier propos, pour fère que la dicte Dame se trouve tousjours refuzée; la segonde est le party que Vostre Majesté a dict avoyr en mein pour Monseigneur le Duc, si n'estiez bientost respondue d'estuy cy; et la troysiesme, la commémoration qu'avez faicte de la Royne d'Escoce, comme le Sr de Vérac avoit charge de relever son party en Escoce, bien que vous fussiez depuis corrigée, quand le dict Sr de Walsingam vous avoit dict que le traicté portoit qu'il ne seroit poinct parlé d'elle.

Aulxquelles troys choses j'ay mis peyne de satisfère si bien au dict milord, qu'il a bien veu que la vérité surmontoit les dictz argumentz, et que le Roy et Vous, Madame, et Monseigneur le Duc, et toutz ceulx de vostre couronne, aviez une très droicte, très certayne et indubitable, bonne intention au dict mariage, et qu'il estoit desjà tout résolu de vostre costé, et le poinct de la religion entièrement esclarcy.

Il m'a réplicqué que, puisque Monseigneur le Duc estoit de si belle disposition, et de belle taille, et avoit de si belles et vertueuses qualitez, comme je disoys, pourquoy est ce que Vostre Majesté creignoit l'entrevue, car me pouvoit jurer, devant Dieu, qu'il ne voyoit aultre dellibération en sa Mestresse que de se marier pour satisfère à ses subjectz, et servir à la nécessité du temps; et qu'elle ne s'arresteroit poinct à la couleur du visage; et le faict de la religion se pourroit assez bien accomoder entre eulx, sellon ce qui en estoit desjà proposé; mais qu'elle estoit entièrement résolue de voyr celluy qu'elle espouseroit, fût ce le plus grand prince de la terre, premier que de luy promectre mariage; et qu'il sçavoit bien certaynement que ce n'estoit en intention de refuzer Mon dict Seigneur le Duc, qu'elle demandoit l'entrevue, ains pour l'espouser, si Dieu vouloit qu'ilz se peussent complère. Et sur ce, etc.

Ce XIIIe jour d'apvril 1573.

MÉMOIRE AU ROY.

Sire, je suis allé trouver la Royne d'Angleterre, et, après l'avoir fort grandement mercyée, ainsy qu'il vous plaisoit me commander de le fère, de ce qu'elle avoit envoyé réprimer les pirates, et de ce qu'elle avoit faict rendre à voz subjectz ce qui avoit esté recoux d'eulx, qui leur appartenoit, et singullièrement de ce qu'elle n'avoit layssé au comte de Montgommery, ny à ceulx qu'il avoit praticqués par deçà, toute la faculté et les moyens d'exécuter leur maulvayse volonté et leurs maulvais desseings qu'ilz avoient contre Vostre Majesté; je luy ay dict que, par ung article d'une de voz lettres, vous vous esbahyssiez néantmoins comme j'osoys vous assurer si confidemment, comme je faysois, de la parfaicte amytié d'elle et de l'observance des traictés, là où vous aviez trois argumentz devant les yeulx qui vous donnoient occasion de creindre le contrayre.

L'ung estoit ceste persévérance en laquelle le dict Montgommery continuoit de prendre icy les armes, pour s'aller esprouver sinon contre vostre personne, aulmoins contre celle de Messieurs voz frères, qui estoient campés devant la Rochelle, pour les empescher en la réduction de ceste place à vostre obéyssance, chose que vous ne pouviez en façon du monde bien gouster; le segond, qu'en mesmes temps les marchandz angloys, qui estoient à Roan et ez aultres villes de vostre royaulme, vendoient leurs biens et laissoient à vils prix leurs marchandises pour se retirer à grand haste deçà la mer, pour quelque advertissement qui leur estoit venu d'icy, ou bien du Sr de Walsingam, comme si elle avoit proposé de vous commancer bientost la guerre; et le troisiesme, que le Sr de Vérac, lequel vous envoyez en Escoce, estoit arresté par deçà, bien qu'il fût garny de vostre passeport, et de voz lettres et pacquetz;

Qui estoient troys trêtz, sur lesquelz me commandiez de vous esclarcyr de l'intention d'elle, affin de ne vous trouver surprins de quelque mal, du costé que vous n'espériez que bien; car c'estoient tousjours les plus nuysans coups, ceulx qu'on n'avoit pas préveus: et que, de tant que vous luy renouvelliez et confirmiez de rechef devant Dieu, et sur l'obligation de vostre honneur et de vostre conscience, de luy garder invyolablement la confédération que luy aviez jurée, et d'empescher que vous, ny voz subjectz, ny pas un, vers qui vous eussiez moyen ou puissance, l'enfrennissent à jamais au préjudice d'elle, ny du repoz de sont estat, que vous la priez et l'adjuriez qu'elle voulût uzer de mesmes droictement vers vous; et que, suyvant cella, elle fît cesser l'apareil et les entreprinses du dict de Montgommery, et fît que les marchandz angloys, qui estoient en France, y continuassent doulcement leur commerce, comme ilz avoient accoustumé, et qu'au Sr de Vérac fût baillé son passeport pour continuer le voyage que luy aviez commandé en Escoce.