A toutes lesquelles choses la dicte Dame m'a respondu que, devant toutes aultres, elle vous prioit de vivre en très parfaicte assurance d'elle, et qu'elle ne vous deffaudra ny d'amityé ny de ligue, ainsy qu'elle le vous a juré, tant qu'elle sera en ce monde, si premièrement vous ne la luy rompés:

Et, quand au faict du comte de Montgommery, qu'elle m'y avoit desjà amplement respondu, et vous y avoit faict satisfère par son ambassadeur, et qu'elle y avoit uzé, du commancement, et continuoit d'y uzer encores, en façon que sa conscience l'assuroit fort que vous sentiés beaucoup plus d'obligation que d'offance d'elle en cest endroict;

Qu'elle feroit commander aulx principaulx marchandz de Londres de continuer, par leurs facteurs, leur commerce en France, comme ilz avoient accoustumé, et de les advertir bien de ne fère, ny dire, chose qui ne soit sellon la bonne intelligence d'entre ces deux royaulmes;

Et, quand au passeport du Sr de Vérac, que j'avoys bien veu, en ma précédante audience, la volonté qu'elle avoit eu de le luy octroyer, mais que, le soyr mêmes, estoit arrivé ung pacquet du comte de Morthon, par lequel il la prioit de ne le laysser poinct passer, estimant que cella pourroit renouveller quelque altération en la bonne paix, où le païs estoit à présent, et par ainsy que je l'excusasse; car, tant s'en falloit qu'elle voulût retarder la dicte paix, que au contrayre elle la vouloit advancer et establir, parce que celle de son royaulme en dépandoit;

Et que, de tant qu'il n'y avoit rien plus que le chasteau de Lillebourg qui l'empeschât, elle me vouloit bien dire, et avoit mandé à son ambassadeur de le notiffier à Vostre Majesté, qu'elle permettoit à ses subjectz, qui sont vers la frontière d'Escosse, d'aller secourir le jeune Roy, son nepveu, à réduyre le dict chasteau à son obéyssance, ainsy que, jouxte les traictés, elle en avoit esté requise par luy et par les Estatz du pays.

J'ay réplicqué, Sire, que Vostre Majesté et la Royne, vostre mère, aviez prié le Sr de Walsingam de luy remonstrer qu'elle ne voulût plus estre vostre amye et bonne seur à demy, ains entièrement, comme vous luy vouliés estre vray frère et tout entier amy, à jamais; et que, déposantz toutz deux les jalousies et deffiances d'entre vous, il ne fût plus uzé d'aulcune sorte de simulation, ny de ces façons couvertes, et soubz mein, l'ung vers l'aultre, et que pourtant elle advisât si elle aymoit mieulx, à ceste heure, complayre au comte de Morthon, d'arrester icy le Sr de Vérac, que de satisfère à Vostre Majesté, de luy donner moyen de continuer son voyage; et que je pouvois jurer, suyvant ce que m'aviez escript, qu'il n'avoit commission de fère chose aulcune par dellà que sellon le traicté de la ligue, et de procéder en tout conjoinctement avec son ambassadeur;

Et, quand à mander de ses forces en Escoce, que cella vous osteroit le moyen de vous pouvoir excuser d'y envoyer des vostres, qui aviez jusques icy respondu à ceulx qui vous en avoient pressé, que vous aviez une mutuelle promesse avec elle de n'y envoyer des françoys non plus qu'elle des angloys; et, quoy que soit, je la prioys d'attandre qu'est ce que Vostre Majesté respondroit là dessus à son ambassadeur; car je sçavoys bien que le dernier traicté portoit que, dans quarante jours, l'ung et l'aultre debviez retirer les gens de guerre que pouviez avoyr au dict païs, tant s'en falloit qu'elle y en deût envoyer, et que je ne pouvois fère de moins cepandant que de protester de l'infraction du traicté; mais que je la supplyois de me laysser débattre ce faict avec les seigneurs de son conseil, affin que je luy peusse tenir ung plus agréable propos.

Et là dessus, Sire, je luy ay parlé amplement de l'audience que la Royne vostre mère avoit donné au Sr de Walsingam en vostre gallerie de Fontainebleau, à quoy elle s'est rendue fort attentive; et néantmoins m'a assez faict cognoistre que le dict de Walsingam luy en avoit mandé quelque particullarité qui ne l'avoit bien contantée. Et de tant, Sire, que j'ay mis le récit de cella en la lettre de la Royne, je adjouxteray seulement icy que, ayant depuis débatu les affères d'Escoce avec les dictz du conseil, il me semble les avoyr ramenés à quelque rayson; et m'a esté octroyé que le Sr de Vérac puisse envoyer son homme jusques au comte de Morthon, pour quérir son passeport, si, d'avanture, il le veult bailler.

CCCXIIe DÉPESCHE

—du XVIIe jour d'apvril 1573.—