Au Roy.

Sire, parmy les adviz de ma dernière dépesche, du xxiiȷe du présent, je vous ay mandé le partement de la flotte de la Rochelle, de laquelle sachant le relaschement à Douvres et la Rie par contraire vent, j'ay essayé, encores une foys, si j'en pourrois interrompre du tout le voyage, l'ayant faict proposer de telle sorte à ceste Royne, par aulcuns des siens, comme de eulx mesmes, sur fort bons et recepvables fondemens, qu'elle en a, une autre fois, remis la matière en conseil, et j'estois sur le poinct d'avoir là dessus quelque bonne responce, quant ung marchant de ceste ville, nommé Colverel, est arrivé de la Rochelle, qui a remonstré plusieurs grandz proffictz, si l'on accomplissoit le marché qu'il avoit faict avec ceulx du dict lieu, et ung grand dangier de perdre les deniers, que les marchantz avoient avancé, si l'on n'aloit promptement quérir le vin et le sel, qui estoit là tout prest; dont a esté mandé à la dicte flotte de fère voille, au premier bon vent; et, nonobstant cella, je n'ay layssé d'aller, despuis trois jours, trouver la dicte Dame, à laquelle j'ay, en premier lieu, faict entendre la bonne correspondance de Votre Majesté sur sa déclaration, qu'elle a faicte, de constantement persévérer en la paix. De quoy, Sire, elle a monstré recepvoir à grand plésir et contantement tout ce que, jouxte les propres termes de votre lettre du dernier de mars, je luy ay dict là dessus, et m'a semblé que je l'avois, par là, si bien disposée ez autres choses de votre service, que j'ay bien ozé, à la suyte du mesmes propos, luy remonstrer bien vifvement, et néantmoins avec l'accoustumé respect de ne l'offancer, que, par la persuasion d'aulcuns, qui tendoient plus à leur intérest qu'à l'honneur ny grandeur de sa couronne, elle se layssoit conduyre à certaines contreventions des trettez qui seroient en fin pour luy fère perdre le plus grand et le plus proffitable amy qu'elle pourroit jamais recouvrer en toute la terre, luy particularisant, là dessus, les mauvais et intollérables déportemens de ses subjectz contre vous et les vôtres, la priant instantement les fère cesser et surtout de leur fère quicter ceste routte de la Rochelle.

A quoy m'ayant faict une responce bénigne et de beaulcoup de contantement, et que ce que je luy avois dict de votre correspondance envers elle estoit conforme à ce que son ambassadeur luy en avoit escript, me pria, pour le surplus, de conférer mes aultres demandes avec les seigneurs de son conseil, pour y fère une bonne résolution. Lesquelz seigneurs m'ayant, mardy dernier, convyé à diner chez Mr. le comte de Lestre, ilz ont clairement, et de fort bonne sorte, tretté avecques moy de toutes les susdictes particularitez, me priant leur bailler, par escript, ung sommaire des propoz que j'avois tenuz à la dicte Dame et des choses que je luy avois requises, avec grandz promesses de m'y satisfère si bien que j'en demeurerois contant. Ce que j'ay faict en la forme que Votre Majesté verra, et, dans deux jours, j'espère en avoir leur responce; vous ayant cependant, Sire, vollu fère la présente, pour vous tenir toutjour adverty de ce qui se passe icy, et comme j'ay parolle et promesse, avecques serment, de ceste princesse et de ceulx de son conseil, qu'en toute ceste flotte de la Rochelle il ne va hommes de guerre, armes, artillerie, pouldres ny monitions, d'où Votre Majesté puisse estre en rien offancée, ny ceulx du dict lieu secouruz, et que leur ayant, pour le dict sel et vin, desjà esté avancé l'argent, lequel est desjà despandu, c'est aultant de leurs vivres quon leur va meintennant enlever.

La flotte pour Hembourg, qui est d'envyron xxviij vaysseaulx, toutz bien équipez et chargez de draps et de laynes, à la valleur, comme on dict, de sept cens mille escuz, est desjà avalée contre bas ceste rivière avec sept des grandz navyres de guerre de ceste Royne, les mieulx pourveuz et armez qu'il est possible, et Me Oynter pour les conduyre. Il semble qu'il se mène quelque pratique pour fère, au dict Hembourg, mettre ez mains de Quillegrey une somme de deniers par le mandement des marchantz de ceste ville qui en seront rembourcez par deçà, et que mesmes l'on y apporte ung nombre d'angellotz en espèces: je mettray peyne de sçavoir mieulx ce qui en est. J'entendz que le vydame de Chartres et une dame, qu'on dict estre sa femme, se sont embarquez à la Rochelle pour venir par deçà, mesmes est bruict qu'il a desjà prins port vers le cap de Cornoaille: je prendray garde à ce qu'il trettera en ceste court.

Il ne se sçayt encores quelle yssue a prins ceste assemblée des seigneurs d'Escoce, et se présume que soubz cest accord, qu'ont faict les seigneurs avec le comte de Mora, il y a quelque chose de caché, estant malaysé que Lord Herriz, lequel a toutjour opiniastrément tenu le party de la Royne d'Escoce, se soit meintennant condescendu de capituler ainsy au désavantaige d'elle, sinon pour servir au temps, et que bien tost il se descouvrira quelque noveaulté en ce faict.

Et ayant, despuis deux jours, receu celles de Votre Majesté, du xviȷe du présent, avec le mémoire et lettre, dont en icelles faictes mention, qui me feront assés icy jour et lumyère ez choses de votre service, j'ay advisé vous renvoyer incontinent celluy mesmes, qui me l'a apporté, qui a veu à la voille la dicte flotte de la Rochelle, affin que mandiez promptement à Monsieur, frère de Votre Majesté, de n'en prendre aulcune allarme, et de ne laysser, pour la venue de toutz ces navyres anglois, si d'avanture ilz arrivent de dellà, la poursuyte de ses entreprinses; et, je prieray Dieu, etc.

De Londres ce xxxe d'avril 1569.

Les seigneurs de ce conseil m'ont envoyé prier d'escripre à Votre Majesté, qu'il vous playse mander à Mr. de Monluc de mettre en liberté ung Thomas Pen, ung Jehan Day et aultres merchantz anglois, qu'on a arrestez prisonniers à Bourdeaulx.

A la Royne.

Madame, de tant que j'ay estimé votre guérison estre ung des plus grandz biens, qui pouvoit advenir au Roy et à son royaulme, et à nous toutz, voz très humbles serviteurs, je n'ay vollu faillir d'en fère une conjoyssance de la part de Voz Majestez à la Royne d'Angleterre, avec voz recommendacions et aultres propoz convenables à la communication, que vous luy feziés d'une nouvelle, que vous croyés qu'elle auroit playsir d'entendre. A quoy la dicte Dame, monstrant n'avoir encores veu de moy aulcun plus agréable office que cestuy cy, m'a dict qu'elle desiroit, comme pour soy mesmes, votre bonne santé et longue vie, et qu'elle n'avoit entendu que vous eussiez esté mallade que bien peu, car n'eust failly d'envoyer expressément ung des siens pour vous visiter, mais qu'elle remercyoit Dieu de votre bon portement, et prenoit la communication, que vous luy feziés, de chose apartenant ainsy à la personne de Votre Majesté, pour ung expécial signe de votre amytié envers elle, dont vous en remercyoit de tout son cueur. Et ayant discouru d'aultres matières, jouxte aulcuns adviz qu'elle avoit de son ambassadeur (desquelz j'ay miz peyne d'en recouvrer ung extraict en anglois, que j'ay faict traduyre en françoys et l'ay adjouxté à la présente), notre propos se conclud en toutz bons termes de paix et continuation d'amytié avec Voz Majestez, voz pays et subjectz, comme j'espère vous en fère veoir, en brief, de plus expresses déclarations, si elle et ceulx de son conseil ne me faillent de promesse, remettant à la suffizance de ce pourteur de vous donner compte des autres choses, qu'il a veues et aprinses de deçà. Et je prieray Dieu, etc.