De Londres, ce xxxe d'avril 1569.
PROPOS TENU PAR L'AMBASSADEUR DE FRANCE A LA ROYNE D'ANGLETERRE.
—le xxve d'apvril 1569.—
Madame, ayant le Roy, Mon Seigneur, veu par votre déclaration en escript, du iiȷe mars dernier, laquelle je l'ay asseuré m'avoir esté bien expressément confirmée de votre parolle, comme vous voulés constammant persévérer en la bonne paix, qui est entre Voz deux Majestez, voz pays et subjectz, me commande vous donner aussi pareille asseurance de trouver parfaicte correspondance en luy, en tout ce qui sera à jamais de l'entretènemant et vraye observance de voz communs trettez;
Et qu'il s'est persuadé que tout ce qui est mal venu, ceste année, du costé d'Angleterre, contre luy et ses subjectz, n'est aulcunement procédé de Votre Majesté, ains d'aulcuns qui ne vouloient qu'il eust bonne yssue de ses présens affères;
Que, pourtant, il ne s'est vollu mouvoir à aulcun rescentiment que, premier, il n'ayt requis la déclaration de votre volonté, estimant ne vous pouvoir donner meilleur indice de la franchise, de laquelle il procède envers vous, sans aulcune réservation de vengeance dans le cueur, que de vous déclarer ouvertement les contreventions de la paix à la mesure que voz subjectz et ministres les font naitre;
Et, puisque vous luy déclairez n'avoir eu aulcune part au voyage, faveur et suport, que votre visadmyral a faict et porté à ceulx de la Rochelle, ny nulle intelligence avec ceulx qui vouloient surprendre le Hâvre de Grâce et Dièpe[65], ce qu'il veult, sans aulcune difficulté, croire qu'il est ainsy, et qu'il a veu votre ordonnance, du xȷe mars, contre les pirates, et la promesse, que vous y faictes, que, nonobstant la mutuelle surcéance d'entre voz pays et ceulx du Roy Catholique, vous tiendrez la main que les Françoys ne seront molestez ny leurs traficz interrompuz, qui sont choses, qu'il a prinses pour vray tesmoignage de votre droicte intention envers luy;
Sa dicte Majesté Très Chrestienne, pour vous rendre ung pareil et prompt tesmoignage de la droicture de la sienne envers vous, a mandé incontinent publier, tout le long de la coste de dellà, ung sien mandement pour asseurer la mer et la liberté du traffic à toutz voz subjectz, et leur rendre et restituer ce qui leur a esté prins et arresté, et m'a envoyé une coppie du dict mandement, pour le vous monstrer et le monstrer aulx seigneurs de votre conseil;
Et pensoit Sa Majesté que votre susdicte ordonnance, tant contre les pirates que sur la liberté du commerce, indempnité et restitution des biens des Françoys, fût publiée, exécutée et obéye; et que, vous ayant faict entendre son regrect touchant le premier commerce de voz subjectz avec ceulx de la Rochelle, au préjudice de luy, qui est alyé et confédéré par sèrement et trettez avecque vous, vous ne permétriez qu'ilz y retournassent plus:
Dont ne sçay, Madame, quelle satisfaction donner meintennant à Sa dicte Majesté Très Chrestienne de ce que les pirates continuent d'exécuter, pis que jamais, leurs violences sur ses subjectz;