Il n'est mort, au rencontre où le prince de Condé fut thué, le xiiȷe de mars, que quatre cens personnes, tant ungs que autres; et, la plus part d'iceulx estoient de l'armée du duc d'Anjou; et n'y eust, pour l'heure, poinct de combat entre les gens de pied.
Le xiiiȷe jour, au matin, l'Admyral fit mettre son armée en bataille, demandant à combattre, ce qui luy fut reffuzé, mais après, en escarmouchant, il print le bagaige de ses ennemys.
Le xve, le Prince de Navarre fut miz en la place et charge du Prince de Condé, au grand contantement de toute l'armée.
Le xvȷe Martigues et Brissac estantz advertys que Montgommery estoit party pour s'aller joindre aulx quatre viscontes[66], le suyvirent toute une nuict, et l'assaillirent en ung village où l'escarmouche fut bien chaulde, mais peu y furent thués, seulement le comte de Morète, qui estoit venu avec Brissac, y demeura.
Le duc de Lorrayne a escript au duc de Deux Pontz, son cousin, qu'il le prioit de n'entrer poinct aulx pays du Roy de France, et qu'on luy donroit cent mille escuz et ses fraiz payez, pour fère retirer son armée, lequel a respondu qu'il estoit venu, avec le consentement de l'empire, pour le secours de ceulx qui estoient affligés en France pour la religion, et qu'il y vouloit enployer son pouvoir, son honneur et sa vie. On luy fit sçavoir que le prince de Condé avoit esté thué, à quoy il respondit qu'il en estoit bien fort marry, mais que sa venue n'estoit poinct pour le prince, mais pour la cause. Il a douze mille chevaulx et est sur le passaige de la rivière de Sône prez Disjon en Bourgoigne.
L'avantgarde du dict duc de Deux Pontz a baillé une extraicte[67] au duc d'Aumalle, et luy a prins son artillerye et beaulcoup de prisonniers.
Le cardinal de Lorrayne a promiz au Roy qu'il fera en sorte que le duc de Deux Pontz viendra à composition pour donner quelque fin à la cause et se retirer.
L'Empereur estant requis par le Sr. de La Forest, envoyé devers luy de la part du Roy de France, de commander et empescher que les Alemans ne s'eslevassent contre luy, a respondu qu'il ne pouvoit le fère, et que les princes de l'empire luy avoient donné entendre que, despuis peu de jours, le duc d'Aumalle avoit gasté le pays sur les frontières de l'empire, qui les avoit occasionnez d'en vouloir avoir leur revanche, et souhaitoit qu'on y pourveust par le moyen de quelque bon accord entre le Roy et ses subjectz.
La diette des princes d'Allemaigne commence le xxve d'avril à Francfort.
Le duc de Saxe a faict publier que toutz ses subjectz se retirassent du service des Roys de France et d'Espaigne, sur peyne de confiscation de biens, à cause de quoy plusieurs s'en retournent journellement.