—du 1er d'octobre 1580.—

(Archives du Royaume, Cartons des Rois, K. 101.)

Monsieur de La Mothe, j'ay été bien ayse de sçavoir de voz nouvelles et ce qui se passe en voz quartiers par la lettre que vous m'avez escripte du viiȷe de ce moys[12_A]. Je suis très certain que, en quelque endroict et estat que vous vous trouviez, je y ay un très fidelle et soingneux ministre et serviteur, qui veille et pourvoit à ce qui est nécessaire pour le bien et advantage de mon service; ce dont me rand tesmoignage le bon ordre que vous avez donné à la tuition des villes de Sarlat, Gourdon, Domme et vostre propre maison, comme il est porté par vostre dicte lettre; et suis bien ayse que les habitans de la première ayent demandé vostre nepveu de Gaulejac, et que mon cousin, le maréchal de Biron, [le] leur ayt accordé pour ayder à vostre autre nepveu à conserver la dicte ville soubz mon obéissance; où il avoit jà si bien oppéré que noz adversaires n'y avoient peu rien gagner avecques leurs machines et engins extraordinaires. Je vous diray, monsieur de La Mothe, que s'ilz me servent bien de ce costé là, que le Sr. de La Mothe, qui est icy, ne s'en acquicte pas avecques moins de fidellité et vertu, dont je vous assure que je suis très contant, et semblablement de l'heureux acheminement, que mon dict cousin a donné à mes affaires de pardelà avecques les gens de bien qui l'assistent.

[12-A]Lisez du mois dernier.

Je vous advise que Dieu ne me favorise pas moins partout ailleurs où la guerre ce faict. Mon cousin le Duc du Mayne a nestoyé en Dauphiné la rivière de l'Ysère, y ayant repris cinq ou six fortz de grande importance. Il est a présent devant la Mure, dont j'espère qu'il viendra bientost à bout. Les sieurs de Tournon et de Sainct Vidal ont repris, en Vivaretz, la ville de Sainct Agrone. Le marquis de Canillac a nestoyé le hault pays d'Auvergne; et j'ay repris de deçà la ville de la Fère, envoyant maintenant à mon dict cousin le maréchal les forces et munitions qui en sont demeurées de reste pour lui donner plus de moyen de poursuivre ses coups; lesquelz je suis tout résolu de n'intermètre que par effect l'on ne m'ayt randu l'obéissance qui m'a esté promise, faisant mon dict édict de paciffication.

J'ay adverty mon dict cousin et le sieur de Bordeille de pourveoir à Domme et ay donné moyen à cestuy cy de ce faire, lui ayant envoyé commission pour lever dedans sa Séneschaussée la solde de sept ou huict cens hommes de pied. Advertissez moy de l'ordre qu'il y aura mis, car cette place m'est de telle importance que je n'en puis estre trop jaloux, ainsy que je vous prie continuer à estre, tant que vous serez pardelà. Je vous envoye aussy trois lettres en blanc pour adresser à ceulx que vous jugerez estre plus à propoz. Je ne vous répèteray rien par la présente de la substance d'icelles, mais je vous assureray bien que je suis tout résolu d'aller toute ma vye audevant de ceulx qui se voudront recongnoistre, et porter respect et obéissance à mes édictz. Je prie Dieu, monsieur de La Mothe, vous maintenir en sa saincte garde.—Escript à Fontainebleau, le premier jour d'octobre 1580.—Henry.—De Neufville.

[Au dos est écrit]:

A Monsieur de La Mothe Fénellon, Chevallier de mon Ordre et Conseiller en mon Conseil Privé.

[13] Voir les pièces relatives à cette négociation, qui ont été publiées par Le Laboureur dans ses Additions aux Mémoires de Michel Castelnau, t. I, p. 674 et 678. Bruxelles, 1731, in-folio.

[14] Ces instructions, traduites en anglais, ont été publiées par Robertson, qui les a jointes aux pièces justificatives de son Histoire d'Écosse (append. no VIII du vol. II, p. 419. London, 1781, 8o). Elles sont tirées de Calderw MS. history, vol. XXXI, p. 208. Campenon les a retraduites d'anglais en français, t. III, p. 419. Paris, 1821, in-8o.—Ce fut Bertrand de Salignac qui porta la parole devant les États d'Écosse, le 22 janvier 1583. Son discours, qui trouvera sa place dans le Recueil des Dépêches concernant les ambassades en Écosse, est conservé MS. (Archives du Royaume, Cartons des Rois, K. 101).—Voir, au sujet de cette mission, Robertson, t. II, p. 96; Spotswood, p. 324. London, 1677, folio; William Maitland, t. II, p. 1169. London, 1757, folio; Gilbert Stuart, t. II, p. 178. London, 1784, 8o.