[15] Le président de Thou, à l'endroit déjà cité, t. IV, lib. LXXXVII, p. 459, fait le récit du siége et de l'assaut que Bertrand de Salignac eut à soutenir. La délivrance de la ville fut célébrée par une fête religieuse qui a laissé des traces profondes dans l'histoire du pays. M. de Bausset, dans son Histoire de Fénélon (Paris, 1808, in-8o), rappelle qu'à cette occasion des actions de grâce furent instituées pour consacrer l'anniversaire de la levée du siége.—«La ville de Sarlat, dit-il, était dans l'usage, jusqu'à ces derniers temps, de célébrer l'anniversaire d'un événement qui l'avait préservée de tous les désastres trop communs dans les guerres civiles. On faisait toujours entrer dans le sermon qui se prononçait le jour de cette fête, l'éloge de la Maison de Fénélon, pour attester éternellement la reconnaissance des habitants de la ville de Sarlat» (t. Ier, p. 504).—Ces souvenirs ne sont pas entièrement effacés, car on était aussi dans l'usage de faire ce jour-là une procession publique, qui a lieu encore maintenant.—Du reste, M. de Bausset s'est trompé en attribuant cet acte à Jean de Salignac, qui fut tué, la même année, à l'attaque de Domme (voyez ci-après p. xvij, note 1); il en a seulement partagé la gloire avec son oncle Bertrand de Salignac, à qui ce fait appartient. Il ne peut y avoir le moindre doute sur ce point, car, à l'autorité du président de Thou, nous pouvons ajouter les propres lettres qui furent écrites par le Roi et la Reine Mère à Bertrand de Salignac pour lui témoigner toute leur reconnaissance d'un service aussi important. Elles sont conservées en original aux Archives du Royaume, Cartons des Rois, K. 101.

I. LETTRE DE LA REINE MÈRE.

—du ve de janvier 1588.—

Monsieur de La Mothe Fénélon, vous avez faict, avecques voz nepveux, ung très notable et agréable service au Roy, monsieur mon Fils, et à Vostre party par la deffense de la ville de Sarlat, qui a esté préservée par vostre prudence, et par la vertu et valleur de voz dicts nepveux, contre les forces de ceulx du party contraire, qui auront receu ce coup de baston avecques celluy de la deffaicte entière de leur armée estrangère advenue par la singullière grâce de Dieu et par la bonne conduite et le bon heur du Roy, mon dict sieur et Fils. Je me resjouys grandement du bon debvoir que vous avez faict en ceste occasion, tant pour l'advantage que en recepvra le service du Roy, mon dict sieur et Fils, que pour l'affection particullière que je vous porte et à tous les vostres, pour lesquelz je seray tousjours preste à m'employer, quand l'occasion de ce faire s'en présentera. Atant je prye Dieu, monsieur de La Mothe Fénellon, qu'il vous ayt en sa saincte garde.—Escript de Paris, le ve jour de janvier 1588.—Caterine.—De Neufville.

[Au dos est écrit]:

A Monsieur de La Mothe Fénélon, Chevalier des Ordres du Roy, monsieur mon Fils, et Conseiller en son Conseil d'Estat.

II. LETTRE DU ROI.

—du xiȷe de febvrier 1588.—

Monsieur de La Mothe, vous et voz nepveux, accompaignez de voz bons parens et amys et de la fidélité des habitans de ma ville de Sarlat, m'avez faict ung très signalé et utile service de m'avoir si bien et heureusement deffendu et conservé la dicte ville contre l'effort et la puissance des perturbateurs du repoz publicq de mon royaulme; en quoy vous avez acquis une très grande gloire et de moy ung gré éternel et perdurable, et suis très marry de ce que l'estat présent de mes affaires ne me permect de le recognoistre à ceste heure envers voz dictz nepveux et les dictz habitans selon leur mérite et mon desir; mais j'espère les récompenser à l'advenir de façon qu'ilz serviront d'exemple aux aultres et auront toute occasion de s'en louer. Quoy attendant, je vous prié, et eulx aussi, vous contanter de ma bonne volonté, et continuer à vous emploier pour la conservation de la dicte ville, et à maintenir en debvoir et obéissance mes subjectz, tant de la noblesse que aultres, qui vous sont voisins, leur faisant sçavoir que j'ay dellibéré de m'approcher d'eulx pour les dellivrer des maulx qu'ilz souffrent, et, en chastiant les meschans, recognoistre et gratiffier les bons tant qu'il me sera possible, et y commencer, dès la présente année, pour ne discontinuer ny cesser jamais que je n'aye mis à bout ung si bon œuvre; vous priant, et eux pareillement, de vous tenir prestz pour m'y accompagner et servir, et au reste croire que j'ay eu à grand plaisir de veoir le sieur de Gaulejac, vostre nepveu, lequel m'a rendu très bon compte de tout ce qui s'est passé au siège du dict Sarlat, et s'est en toute chose comporté très sagement. Je prie Dieu, monsieur de La Mothe, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript à Paris le xiȷe jour de febvrier 1588.—Henry.—De Neufville.