Elle me respondit qu'elle ne faisoit doubte qu'on ne vous eust faict plusieurs rapportz là dessus, mais elle vous prioyt de croire que c'estoit seulemant pour l'occasion des marchandises, que ses subjectz avoient à porter et rapporter de Flandres, et pour la flotte qu'ilz avoient envoyée pour les vins à Bourdeaux, qui estimoient le tout estre en danger à cause des pirates, et Portugais, et de tant de gens de guerre, qui passent et repassent maintenant en ceste mer, dont n'avoit peu fère de moings que d'accorder à sesdictz subjectz quatre de ses navyres pour rendre la navigation assurée, et que ce n'estoit pour vous porter aulcung dommage.

De faict, Madame, la patante, qui a esté dépeschée à mestre Oynter visadmiral, pour la charge desdictz navyres, ne porte autre chose que cella. Bien ay je entendu qu'on luy a baillé une autre commission, à part, qui est seulemant signée de la main de la dicte Dame, en faveur de ceulx de la Rochelle.

Pour la fin, je dis à la dicte Dame, que je ne voulois conclurre mon audiance sans une très expresse recommandacion, que Vos Majestez m'aviez commandé luy fère, pour la Royne d'Escoce, et pour ses affères; ny sans la remercyer, de votre part, du secours qu'elle luy avoit prommis, si bon et si grand qu'elle n'auroit besoing d'en demander à nul autre prince, pour estre remise en son estat, dont la pryoys vouloir accomplir, par œuvre, ce qu'elle luy avoit promis de parole; affin que ceste princesse eust occasion de louer Dieu de la confiance et refuge, qu'elle auroit trouvé en la dicte Dame.

A quoy elle me respondit qu'elle délibéroit certaynemant donner tout le secours, qu'en bonne consciance et sans la maculer, elle pourroit à la Royne d'Escoce, et qu'elle ne voudroit, pour chose du monde, que ses paroles en cela vinssent à estre démentyes de ces effectz, et qu'elle accompliroit les promesses qu'elle luy avoit faictes, dont estoit après à fère voir le discours de son faict aux plus grandz et plus notables personnaiges de son royaulme, affin que, s'ilz la jugeoient estre en bonne cause, il ne luy fust rien espargné, de ce qui seroit en son moyen et puissance, pour la remètre en son estat. Aussy s'ils trouvoient qu'il ne fust ainsy, qu'on l'excusât si elle ne luy donnoit la consolation que son honneur et sa consciance ne luy pourroient permètre, et qu'elle supplyoit Voz Majestez de n'adjouxter foy à aulcung rapport qu'on vous fist de cest affère jusques à ce que, par son ambassadeur ou par quelque autre gentilhomme qu'elle envoyeroit exprès devers vous, elle le vous feroit entendre, estant la qualité de la personne et de la cause, dont il estoit question, si grandes qu'elles ne debvoient passer sans l'advis et approbation des plus grandz princes de la chrétienté.

Sur ce, en prenant congé de la dicte Dame, je luy dis que les yeux de toutz les gens de bien du monde estoient tournez sur les déportemans dont elle useroit au soulagemant des afflictions et adversités de ceste princesse, que Dieu avoit humiliée souz le reffuge de la bonté et humanité qu'elle avoit espéré trouver en elle. Et comme, en sortant de la chambre, je saluois le duc de Norfoc, elle le fit appeller, et les sieurs commissaires de cest affère, qui estoient venuz ce mattin de Londres, pour leur remonstrer quelque chose là dessus, lesquelz elle dépescha, le soyr mesmes, dont despuis ilz ont vacqué deux jours à leur commission.

J'ai bien voulu, Madame, vous rendre cest ample compte des propoz de ceste princesse, quasi au mesmes paroles et mesmes ordre qu'elle me les a dictz, affin que vous cognoissiez que je n'ay failli à voz commandemantz, et que puyssiez juger par iceulx ce qu'elle peult avoir en son intantion. Cepandant je prendray garde, tant quil me sera possible, à ses effectz; et prieray Dieu, etc.

De Londres ce ve de décembre 1568.

Ve DÉPESCHE

—du xe de décembre 1568.—