Aucungs personnages de discours, voz serviteurs, qui sont icy, craignent que certaine entreprinse, qu'ilz ont entendu avoir esté exécutée par les soldats de Metz sur une ville et chateau du duc de Deux Pontz, ne soyt prinse à mal de tout l'estat de l'Empire, n'ayant le duc d'Alva voulu entreprendre de poursuyvre sa première victoire, qu'il a heue contre le conte Louys de Naussau, un seul pas dans les terres impériales, et estiment qu'il sera bon de n'attempter rien, pour encores, de ce costé, et qu'on remette à ung autre temps la vangeance des tortz que les Allemans nous font, affin de n'attirer plus de guerre de ne mètre les princes de l'Empire contre Vous, qui sont toutzjours ligués à la deffence les ungs des autres. Une partye de l'argent qu'on envoyoit d'Espaigne au duc d'Alva est arrivée, à saulvemant, en Anvers, et le reste est encores en quelques navires qui sont à Plemmue, pour la seure conduicte desquelz ceste Royne a mandé à aulcungs de ses cappitaines de mer qu'ilz ayent à leur fère escorte, quant ilz seront prêts à partir. Je bayse très humblemant les mains de Votre Majesté, et prye Dieu, etc.
De Londres ce xe de décembre 1568.
VIe DÉPESCHE
—du xve de décembre 1568.—
(Envoyée par Robert Vauquelin jusques à Dièpe.)
Départ d'une expédition maritime.—Conseil dans lequel a été agitée la question de la guerre contre la France.—Consultation sur six articles prétendus tirés des remontrances de la reine d'Écosse.
Au Roy.
Sire, pour vériffier ce que, par postille, j'ay adjouxté à mes dernières, du xe du présent, touchant Me. Oynter visadmiral d'Angleterre, j'ay, despuis, envoyé sçavoir, au vray, s'il estoit encores party de la coste de deçà: et m'a esté rapporté, Sire, que, pour certain, il a faict voile avec les iiij grandz navires de ceste Royne, et disent aulcungs que c'est vers la Guyenne droict à la Rochelle, pour consigner au prince de Condé les canons, poudres et munitions, dont cy devant je vous ay amplemant escript. Autres disent qu'il est allé relascher derechef vers le cap de Cornaille à Falamue, d'où n'y a qu'ung traject jusques à la Rochelle. Autres veulent présumer qu'il est allé à Blaye. Quoy que soit, Chatelier Portault estoit, de bien peu de temps, party devant luy de Plemmue, avec six petitz vaisseaulx équippez en guerre, où il y a de quatre à cinq cens, que François, que Flammens, et peuvent estre, en tout, tant de mariniers qu'autres, en ceste flotte, environ mille ou xȷe hommes; mais n'y a assez d'Anglois pour mectre en terre, ny mesmes suffizant nombre pour la garde et conduicte desdictz grandz navires. Je n'ay encores descouvert davantage de leur entreprinse que ce que je vous en ai mandé, le xxixe du passé, tant y a que plusieurs argumans me confirment de croire que ceste Royne n'entreprandra, pour encores, de vous fère ouvertemant la guerre; premièremant, pour ce qu'elle a ung meilleur object où adresser ses entreprises dedans ceste mesmes isle, trop plus aysé et moings dangereux pour elle que ne seroit cestuy cy, qui est l'Escoce, où elle et les siens monstrent avoir grand affection d'y fère, sur la présente occasion de leurs troubles, leurs besoignes. Puis il semble que le principal chef Onniel[38], lequel a esté déclairé nasguières successeur de l'autre grand chef Onniel dernier décédé, apreste à la dicte Dame en quoy entendre en Irlande, ayant desjà faict amas de gens pour rebeller le païs, de sorte que d'icy l'on envoye gens à mylor Sidene, gouverneur d'Irlande, pour y remédier, et le comte d'Ormont s'apreste pour y passer du premier jour. Il est vrai que ceulx cy ne font grand cas de ceste révolte, mais le principal argumant où je me fonde est que j'ay entendu, d'assez bon lieu, qu'après que le conseiller Cavagnies et les messagers du conte Palatin, du duc de Deux Pontz et du prince d'Orange, ont esté ensemblemant et séparéemant ouys, et qu'ilz ont heu pressé ceste Royne, et ceulx de son conseil, de se déclairer en la cause desditz princes, remonstrans qu'elle et eulx avoient double intérest de s'y joindre; premièremant pour leur religion qu'ilz avoient commune, et dont la conscience les obligoit toutz ensemble de la deffendre, et puis pour chasser les Espaignolz des Païs Bas, lesquelz, s'ilz y prènent une fois pied, et y establissent leur domination, ne seront moings molestes à l'Angleterre que au reste de la basse Germanye, et n'y laisseront les privilèges des Anglois si entiers comme s'ilz en estoient déhors.
Il a esté proposé en ce conseil si l'on debvoit ouvertemant commancer la guerre à la France, ou bien demeurer en la paix qu'on a avec elle; car, quant aux Païs Bas, ceulx cy trouvent assez d'excuses de n'y toucher aucunemant. Sur quoy aulcungs ont remonstré qu'à cause des empeschemans que le prince de Condé, et ceulx qui luy viennent d'Allemagne, pourront donner à Votre Majesté dans le pays, il ne pourra estre que vos costes et frontières de mer de deçà ne demeurent aucunemant despourveues, de sorte qu'il leur sera aysé d'empourter quelque place, laquelle, possible, leur fera ravoir Callais; et qu'au moings, on debvoit promptemant armer toutz les grandz navires de la dicte Dame pour se fère maistres de ceste mer, par où l'on pourrait pourter faveur à ceulx de la nouvelle relligion, qui menoient la guerre quasi sur le bord d'icelle, et se revancher au moings des maulx et prinses que les François leur ont faictes, et qu'il y avoit plusieurs particuliers qui forniroient deniers, et armeroient à cest effect des navires à leurs despans. Mais Me. Cecile, encor qu'il favorise extrêmemant ceulx de la nouvelle relligion, a respondu qu'il failloit bien pezer une telle entreprinse, et, avant fère à bon escient l'ouverture de cette guerre, regarder si la cause en seroit légitime, et si l'on auroit moyen de la maintenir, estant besoing, avant toutes choses, de bien justifier l'ung, et avoir faict tout à loysir de bons préparatifs pour l'autre; avec ce, qu'il estoit à craindre que commanceant, à ceste heure, une guerre bien que utille et bien fondée contre la France, il ne leur en vînt encores une autre sur le bras du costé d'Espaigne, et qu'il ne sembloit qu'en France, ny en Flandres, les choses allassent en façon que la Royne, leur maitresse, deût estre guyères conviée de s'en mesler, ny d'entrer pour ce regard plus avant en despence, bien estoit d'advis qu'elle usast par parolles, et autres moyens, d'aucunes bonnes démonstrations, pour favoriser ceulx de sa religion, et tenir les autres, qui portent les armes contraires, en quelque suspens. Laquelle opinion a été suyvie des contes de Leyster et de Pemtrot; conforme, à mon advis, à l'intantion de la dite Dame; et ainsi, le dict Cavaignes et les messagers des princes sont demeurez sans résolution, avec seulement quelqu'espérance que leurs maitres ne seront abandonnez de ce qui se pourra faire pour eulx par deçà, que j'estime sera de quelque crédit de ceste Royne, et de ce que, secrètement, et sans se déclairer, elle pourra aider leurs entreprinses.