Aussi estoit advenu peu auparavant qu'un sire Jehan Paulard, tenant propos en une des principales tables de ceste court, du voyage qu'ung Me. Henry Chambrenant, son parant, fils du visadmiral de Cornaille, personnage assez estimé de deçà, avec d'autres gentilsomes anglois avoient faict, pour leur plésir, en ceste guerre de France devers le prince de Condé, dict qu'il n'avoit voulu laisser passer une si belle entreprinse, et si digne de gens de leur relligion, comme celle du prince de Condé, sans y aller acquérir de la repputation aux armes, pour sçavoir quelque jour fère meilleur service à leur maitresse; et ung des grands, qui estoit là, voulant couvrir le dit voyage, luy respondit qu'il ne sçavoit bien la cause pourquoi ces gentilshommes anglois avoient abordé en France, que ce n'avoit esté que par force de temps, et ne s'y estoient arrestez que pour refère leurs vaisseaulx, et pour fère, pendant qu'ils estoient sur le lieu, quelque provision de bon vin pour eulx et pour leurs amys. Et comme, ce soir mesmes, eust esté rapporté à ceste Royne qu'aucungs des dicts Anglois avoient été prins en ung rencontre, et qu'on les avoit incontinent faict pendre, dont elle avoit dict en colère que ce n'estoit acte de gens de guerre, ains de borreaulx, et qu'elle s'en vengeroit; deux des principaulx de son conseil luy respondirent qu'elle debvoit mettre cela sous le pied, sans en fère semblant, parce que les trettés de paix permettoient à Votre Majesté d'en user ainsi, et qu'on ne debvoit penser que vous les feissiez moins rigoureusement tretter que les subjects naturelz, qui portent les armes pour le prince de Condé, desquels ne faillioit doubler qu'on n'en feît autant pendre qu'il s'en pourroit attraper: à quoy elle acquiessa aysément. Qui sont toutz argumans qui me font juger que ceulx ci n'ont aucung dessain de guerre ouverte, pour le présent, contre Votre Majesté; et qu'ilz attandront quelque bonne occasion pour eulx de la vous commancer, ne faisant doubte, si voz affères alloient fort mal, que la mauvaise affection que, possible, ils nous portent ne leur en fît bientost trouver quelcune.

L'ambassadeur d'Espaigne, qui est icy, avec lequel j'ay bonne intelligence, m'a mandé, ce matin, qu'il s'en alloit trouver ceste Royne, pour, entre autres choses, luy fère une bien vifve remonstrance de la part du Roy Catholique, son maitre, qu'elle n'ait à vous travailler, ny molester, en façon du monde, durant ceste guerre, que vous avez avec vos subjets; et que desjà, de lui mesmes, avant que son maitre luy en eust rien mandé, il avoit faict cest office, et, à son retour, il me fera entendre la response de la dicte Dame; laquelle, avec tout ce qui sera survenu de nouveau, je vous feray entendre par mes premières, ensemble ce qui surviendra d'Escoce, ayant quelque advis, bien que non encores assez certain, que les contes d'Arguil, d'Haran le jeune, d'Hontele, d'Atel, et mylor de Seton se sont jointz contre le conte de Mora, lequel est ici, et qu'ils l'ont desjà faict publier traitre et rebelle, et ont prins ses maysons. Sur ce, etc.

De Londres ce xve de décembre 1568.

A la Royne.

Madame, je ne vous ennuyeray de redite sur les particularitez que j'escrips présentement en la lettre du Roy, et feray ceste cy de tant plus briesve qu'il ne s'offre, pour ceste heure, autre chose que cela, qui soyt digne d'en rendre compte à Vos Majestés, seulement adjouxteray que les propos, que m'avez faict tenir à ceste Royne, semblent l'avoir rendue aucunement bien disposée en l'endroit de vos présente affères, et j'en ay fait part du tout au conte de Leyster, qui m'a monstré ne porter en son cueur le faict de ceulx qui ne vous rendent toute obéyssance. Vous pouvez penser, Madame, que ces messagers des princes, dont je fais mencion en la lettre du Roi, ne cessent de presser et solliciter vivemant ceste Royne en faveur de ceulx qui les ont envoyés, et que la présence de Mr. le cardinal de Chastillon leur est une grand assistance pour impétrer d'elle ce qu'ils demandent, dont semble estre assez requis qu'il vous plaise me fère administrer de quoy pouvoir plus souvant demander audiance à la dite Dame, que je n'ay argumant de moy mesmes de l'ozer fère, ou soyt pour luy rendre compte de ce qui succède chascung jour en France, ou de ce qui survient d'ailleurs, ou bien d'autres occasions, affin qu'avec ces entretènemens, qui certes sont deuz à la paix et amytié qui est entre Vos Majestez, je la puisse toutjours contenir de ne se déclairer plus avant qu'elle ne doibt pour l'entreprinse des autres; car despuys que suys icy je n'ay heu ung seul mot de lettre de Voz Majestez, ny mesmes aucung adviz si avez receu cinq dépesches, que je vous ay faictes du xvıe de novembre en çà, en quoy, oultre que les choses sur lesquelles je vous ay requis de me faire entendre votre commandement restent imparfaictes, je demeure encore sans adviz, et comme assez confuz des autres affaires que je debvrois, d'heure en heure, négocier pour votre service, bien que je ne me rende pour cela ny moings diligent ni plus paresseux en icelles.

Au surplus, Madame, entendant que ceulx de ce conseil avoient envoyé devers les advocatz et gens de lettre de ceste ville pour avoir leur adviz sur le faict de la Royne d'Escoce, j'ay mis peyne de sçavoir en quoy ils prétendent terminer ses affaires, et ay trouvé, par les raisons du droict, que les dicts advocatz ont données, qu'ilz se veulent attribuer beaucoup plus de jurisdiction sur ceste princesse qu'ilz ne doibvent, comme verrez par les dictes raisons, les quelles je vous envoye, bien que je pence que ceste procédure demeurera interrompue à cause de certayne remonstration que les depputez de la dicte Dame ont faict de nouveau; et aussi, parce que les armes, à ce que j'entendz, sont desjà si aspremant reprinses en Escoce, que le comte de Mora n'aura loysir de parachever icy la poursuite.

Il y a icy ung françois, nommé le Sr. de Perlan, qui est des gardes du Roy de la compaignie de Mr. de Cossé, lequel Mr. le maréchal de Dampville a envoyé par deçà avec des montures pour le comte de Leyster, qui vous supplye très humblement le faire excuser de son service pendant sa demeure par deçà, le retenant le dict comte pour renvoyer quelques bestes, qu'il attend d'Irlande, audit sieur Maréchal, et par ce qu'il mect peyne d'estre cependant utile en tout ce qu'il peult au service de Voz Majestez, je vous supplye le gratiffier en sa requête, et je prieray, etc.

De Londres, ce xve de décembre 1568.

CONSULTATION.

De la Proposition que les depputez de la Royne d'Escoce ont présenté, au nom de leur Maitresse, à la Royne d'Angleterre, et la quelle elle a renvoyé aux Seigneurs de son conseil, iceulx Seigneurs ont tiré six articles par les quels semble qu'ilz prétendent attribuer la jurisdiction du faict à leur Maitresse, et ont demandé sur ce l'advis des advocatz et gens de lettre de ceste ville.