Le cappitaine Franchot monstre porter grande affection au service du Roy, et, encor qu'il soit de la novelle religion, semble qu'il ne vouldroit que ceulx cy fissent aucune entreprinse sur le royaulme de France; et parce qu'il trafique avec le comte de Belfort, Milme, Trocmarton et autres de ce conseil, il pense avoir moyen de servir à Leurs Majestez à quelque bonne occasion, et dict avoir comprins, par le dire de ces seigneurs, que ceste Royne a toute auctorité envers ces princes d'Allemaigne qui sont en armes, et envers tous ceulx de la ligue de la religion novelle, et qu'elle divertiroit volontiers la guerre de France sur les Pays Bas, et garderoit que les dicts princes d'Allemaigne ne fissent plus aucun effort contre Leurs Majestez, pourveu qu'elle se peult bien assurer du costé du Roy;
Bien dict qu'ayant esté rapporté à ceste princesse comme le prince de Condé procuroit que, se faisant quelque paciffication en France, l'on joignist toutes les forces qui y sont maintenant pour aller chasser les Espaignolz de Flandres et remectre le pays à l'obéyssance de la couronne de France, qu'elle n'estoit bien contante de cella, car seroit contraincte de s'opposer à une telle entreprinse qui luy serait trop domageable, et qu'il ne failloit penser qu'elle embrassât les affaires du dict prince, ayant une telle dellibération, bien qu'elle désire veoir les Hespaignols hors du pays;
Et que le dict Franchot a très instamment requis le dict Sr. de La Mothe de le recorder à Leurs Majestez pour estre secouru de sa pencion, et qu'il semble qu'elle sera à présent bien employée.
Procurera que Leurs Majestez envoyent, du premier jour, leur déclaration, et qu'ilz mandent leur intention sur la requeste que les marchans de Londres ont présenté aulx seigneurs de ce conseil, laquelle ilz ont envoyée communicquer au dict Sr. de La Mothe.
Et fera veoir à Leurs dictes Majestez la provision que ceste Royne a envoyé, par tous ses portz et hâvres, pour l'indempnité des Françoys, et qu'il leur playse en envoyer une semblable à leurs portz de dellà pour l'indempnité des Angloys;
Que, despuys les lettres escriptes, le dit Sr. de La Mothe a entendu qu'on a remué la Royne d'Escosse en ung chasteau du comte de Cherosbery, quarante mille plus avant dans le pays, assez rigoureusement, dont, par la prochaine dépesche, le dict Sr. de La Mothe en mandera les particularitez qu'il en aura entendu, ensemble de ce qui se passe en Escosse, où l'on est bien avant aulx armes.
Advertira que, en cas de ropture, l'on veuille prendre garde à Mr. Norris, ambassadeur pour ceste Royne par dellà, qu'il ne s'en aille; car luy seroit aysé de se conduyre, en deux ou trois jours, par deçà la mer.
Dira a Leurs Majestez que le discours venu de la Rochelle fut, la première foys, secrètement baillé au dict Sr. de La Mothe par ung catholique, qui ne contenoit que comme il a esté desjà envoyé par les précédantes; mais despuys, on le luy a faict expressément communicquer, avec l'addition qu'il envoye maintenant, à l'occasion de quoy le tient pour suspect.
ADDITION AU DISCOURS ENVOYÉ DE LA ROCHELLE CY DESSUS ESCRIPT.
S'entend que le camp de Monseigneur, frère du Roy, despuys s'estre retiré, se diminue et deffaict peu à peu, de sorte qu'on a adviz, de plusieurs endroictz, qu'ilz sont en termes de repasser la rivière de Loyre, pour mectre partie de leur armée dedans toutes les villes assizes sur la dicte rivière, et la border de gens de guerre à l'endroict de toutz les pontz, portz, passaiges et villaiges, et l'autre partie de fère marcher au camp que le Roy veult dresser pour fère teste à Mr. le prince d'Orange et au duc de Deux Pontz. Ce que a faict maintenant résouldre les dicts sieurs Princes, et aussi tost qu'ilz auront recuilly les dix mille hommes de pied et douze cents chevaulx, que les quatre viscontes de Borniquel, de Paulin, de Montclar et de Caumont leur admennent de renfort, et qui sont sur le poinct d'arriver en leur camp, de marcher incontinent pour aller assiéger et forcer une des dictes villes, qui sont sur la dicte rivière, pour, le plus tost que fère se pourra, joindre tant le dict Sr. prince d'Orange que le duc de Deux Pontz, desquelles ilz ont eu novelles par gentishommes dépeschés de leur part, qu'ilz ne seront pas moins de vingt cinq à trente mille chevaulx et soixante mille hommes de pied, lors qu'ilz seront joinct ensemble.