Cependant les dicts sieurs Princes ont trente cinq enseignes de gens de pied et douze guydons, qu'ilz ont gaigné sur les ennemys, oultre les sept enseignes des compaignyes qui furent deffaictes au partir de devant Lodun, que furent bruslées dedans les logis pour avoir les soldatz qui estoient dedans; d'autre part les dicts quatre viscontes n'ont perdu le temps où ilz estoient, ayant priz et miz à feu et à sang la ville de Gaillac, en laquelle plusieurs cruaultés avoient esté commises avec grande animosité contre ceulx de la religion. Comme aussi la basse ville de Carcassonne a esté prinse par eulx, et douze et quinze aultres villes. Monsieur de Gramont, au pays de Basque, a aussi deffaict le Sr. de Luxe qui avoit levé quatre mille hommes contre ceulx de la religion, et a gaigné sur luy quelques pièces d'artillerye qu'il avoit.
Quelques jours au paravant, le cardinal de Lorraine voyant que, de son costé, les affères n'avoient le succez qu'il avoit espéré et desseigné, fut cause que la Royne dépescha le sieur Portal pour faire quelque ouverture de paix avec les dicts sieurs Princes; auquel a esté faict responce pareille de celle du maistre des requestes Malassize, que avoit aussi esté envoyé à ceste mesme fin de la part de la dicte Dame; qui est telle que, pendant que le cardinal de Lorraine et ses adhérans tyranniseront sur la France, et mesmes sur le conseil du Roy, duquel ilz ont chassé et esloigné monsieur le Chancellier et les principaulx officiers de la coronne, on n'acceptera aulcunes lettres ny mandemens faictz soubz le nom de Sa Majesté, sinon comme venans de la forge et invention du dict cardinal; et qu'on avoit tramé tant de perfidies ez trettez de paix précédans, que ceulx de la religion ont esté réduictz à ceste extrémité de croire qu'il n'y a aucune sûreté pour eulx, que par le moyen des armes.
Despuys, la compaignye de Mr. Divoy surprint, le pénultiesme de décembre, aulx faulx bourgs de Chinon, 80 Suysses, et le prévost, et les archiers de Monsieur, frère du Roy, lequel estoit dellà l'eaue, prenant l'alarme, deslogea de vistesse.
COPIE DE REQUESTE présentée aulx Seigneurs du conseil d'Angleterre, qu'ilz ont communiquée au Sr. de La Mothe.
Aux illustres et nobles Seigneurs, présidant et aultres, du conseil privé de la Majesté de la Royne d'Angleterre.
Remonstrent très humblement à Vos Seigneuries illustres, Jehan Olyve, viconte de la cité de Londres, Guillaume Hobson, Robert Foyar, Jehan Hardings, Thomas Starkie, Richard Patrik, Richard Sumthe, Jehan Millar, Jehan Tynbie, Robert Sadler, Hunyfroy Brovne, Jehan Allot, Hugues Offley, Olivier Ficher, Jehan Marsshal, Guilhaume Haufort, Robert Cambelle, Jehan Dent, Henry Vuayt et Thomas Persons, marchans anglois, trafficans à Roan en Normandie, tant en leurs noms que pour tous aultres marchans angloys intéressés,
Que, nonobstant la bonne paix entre les princes d'Angleterre et de France, laquelle Nostre Seigneur veuille maintenir et préserver à sa gloire, au xiiȷe jour du mois de décembre devant passé, les magistrats du dict Roan ont deffendu aulx facteurs et serviteurs des dicts supplians, et à aultres marchantz anglois, la libre traficque au dict Roan; lesquels magistrats, ne leur contantant ce que dessus, usant de plus grande rigueur, ont despuys, assavoir le xiiȷe de ce présent moys de janvier, sollicité et obtenu lettres du Roy Très Chrétien, en vertu desquelles ilz ont arresté tous les biens, marchandises et debtes des dicts supplians, et de tous aultres Anglois, au dict Roan, à leur très grand dommaige et totalle ruyne, si sur ce n'est pourveu.
Pour ce, est-il que les dicts supplient très humblement qu'il playse à Voz Seigneuries illustres, comme leurs protecteurs, de conférer, les dicts rudesses et désordres estant de mauvaise conséquence, avec le Sieur ambassadeur du dict Roy Très Chrétien, pour le présent en Angleterre, affin qu'il soit ordonné que les dicts supplians, leurs facteurs et autres marchandz angloys, puissent aussi librement trafficquer au dict Roan et royaulme de France, comme il est permiz aux Françoys en ce royaulme d'Angleterre, et que leurs marchandises et biens arrestez soyent librement relaxés.
Ce faisant, ferés bien et obligerés les dicts supplians de prier Nostre Seigneur pour la prospérité de ce royaulme et de Voz Seigneuries.