J'ay mandé la dicte bonne novelle à la Royne d'Escoce, dont ne fault doubter qu'elle ne recoipve grande consolation. Je viens d'estre adverty que les Escouçoys, ayant leurs forces, des deux costez, en campaigne, ainsy qu'ilz estoient prestz de combattre, ilz se sont accordez et ont renvoyé les trouppes. Je mettray peyne de sçavoir la forme de leur accord. Cella ay je sceu qu'il n'y a esté faict aulcune mencion de la Royne d'Angleterre, ny rien capitulé de bien pour leur propre Royne. Sur ce, etc.

De Londres ce xxixe de mars 1569.

Je viens d'estre adverty que ceste Royne, entendant la dicte victoire, a tenu ung propos, comme si elle estoit contraincte d'entrer en guerre. Je ne sçay encores si cella s'entend contre nous ou contre les Pays Bas; tant y a, qu'ayant elle, après ma dernière audience, envoyé arrester, pour quelques jours, la flotte de la Rochelle et pourvoir qu'il n'y eust rien dont peussiez estre offancé, qu'èle a, de noveau, mandé qu'on différât le partement d'icelle, bien qu'il se peut que c'est seulement pour veoir s'il viendra nulle confirmation de la dicte novelle; car j'ay différé de m'en aller conjoyr avecques elle jusques à ce que j'en auray lettre de Votre Majesté, et je croy que, bien tost après, elle la fera partir, mesmement s'il vient quelcun, du dict lieu, de ceulx qui peuvent estre restez de la bataille.

A la Royne.

Madame, je n'ay sceu l'indisposition de Votre Majesté jusques au xxve de ce moys, au matin, que la dépesche du Roy, du viȷe auparavant, m'est arrivée, où s'estant trouvé le deffault de voz lettres, j'ay eu si grande appréhention de votre mal et de l'inconveniant qui en pouvoit advenir à tout le royaulme, au plus important de noz affères, que, joinct ce que j'en sentois en particullier pour l'infinye obligacion que j'ay à Votre Majesté, je n'ay peu, du commencement, bien pleynement gouster la bonne novelle qui, peu d'heures après, m'a esté apportée de l'heureuse victoire que Dieu a donnée au Roy, soubz le bon heur et conduicte de Monsieur, filz et frère de Voz Majestez, jusques auquel mesme jour, sur le tard, j'ay esté asseuré de votre convalescence, dont j'ay remercyé Dieu, de tout mon cueur, de l'ung et l'autre bien, et l'ay supplié qu'en confirmant votre bonne santé, il veuille fère si pleynement joyr et bien uzer le Roy, et Vous, et mon dict Sieur, de ceste victoire que vous en puissiez establir ung bien asseuré repoz en votre royaulme, et fère vivre voz subjectz en toute tranquillité, soubz la grandeur et authorité de Voz Majestez. Et, parce qu'en la lettre du Roy je donne compte de ce qui occourt meintenant icy, je ne ennuyeray votre novelle santé de plus longue lettre. Ains, je supplieray, en cest endroict, le Créateur, etc.

De Londres ce xxixe de mars 1569.

XXVIIIe DÉPESCHE

—du vȷe d'apvril 1569.—

(Envoyée par Jehan Pigon jusques à Calais.)

Doutes répandus sur la victoire de Jarnac.—Déclaration du comte de Leicester que la reine serait plus portée à déclarer la guerre contre l'Espagne que contre la France; qu'elle ne veut pas secourir des sujets rebelles à leur roi, et qu'elle fera ses efforts pour chasser les Espagnols des Pays-Bas.—Changement de conduite d'Élisabeth à l'égard de Marie Stuart.—Combat entre les navires de guerre d'Élisabeth et une flotte marchande espagnole, sur laquelle ont été faites des prises importantes.—Nouvelle que le roi d'Espagne a approuvé la conduite du duc d'Albe, et qu'il a ordonné, dans tous ses états, une saisie générale sur les Anglais.—Convention de Glascow entre le comte de Murray et le duc de Chatellerault, qui consent à reconnaître le jeune roi.