Au Roy.
Sire, il est arrivé, despuys trois jours, à Mr. le cardinal de Chastillon, ung gentilhomme, party le xe du passé de la Rochelle, nommé le seigneur de Voysin, lequel s'esforce de persuader à ceulx cy tout le contraire de ce que je leur ay desjà dict du bon succez de voz affères en Guyenne, et qu'il n'est vraysemblable que, le xiiȷe du passé, il y ait eu bataille, ayant lors Monsieur, frère de Votre Majesté, séparé, à ce qu'il dict, ses forces pour en envoyer une partie avec Mr. de Montpensier au devant des Viscontes, qui entreprenoient de se venir joindre à l'armée de Mr. le prince de Condé, et que s'il y a eu combat, s'est sans doubte que Monseigneur n'en aura eu du meilleur, veu les gaillardes forces qui estoient de l'autre part; dont ceulx de ce conseil, ne pouvans, pour ceste incertitude, se bien résouldre d'aulcunes leurs dellibéracions, m'ont faict dilligemment, et par plusieurs foys, enquérir sur quelz argumens je me fondois pour croire que la novelle de ceste victoire fût véritable. A quoy je leur ay toutjour satisfaict par le contenu de la lettre que Monseigneur le Duc, sur Duc, sur le récit de monsieur de Losse en avoit escript à mle récit de monsieur de Losse en avoit escript à monsieur le mareschal de Cossé, qui m'en avoit envoyé la coppie.
Et, estantz, le mesme jour, messieurs le comte de Lestre, l'Admyral d'Angleterre et autres seigneurs de ceste cour, venuz prendre leur disner en mon logiz, j'ay bien voulu, en parlant de ce bon évènement avec le dict sieur Comte, qui est arrivé une heure et demye devant les autres, m'esclarcyr aussi, avecques luy, d'ung doubte que j'avois que ceste Royne, par l'importunité de ceulx de la novelle religion, se vollust déclarer à la guerre, m'en ayant esté donné ung si apparant adviz que j'ay eu occasion de le craindre, joinct qu'on avoit veu, toutz ces jours, le conseiller Cavaignes et le Sr. Du Doict presser, par fréquentes sollicitations, plus que de coustume, ceulx du dict conseil; et que eulx, à leur instance, s'estoient desjà assemblez plusieurs foys, sans que ceulx qui tiennent pour la paix s'y fussent trouvez, demeurans retirez et toutz mal contantz en leurs logis; avec ce, que la flotte, qui estoit de long temps préparée pour aller à la Rochelle, ayant esté quelques jours retardée dans ceste rivière, commançoyt à valler pour se mettre en mer. Et j'avois aussi sur le cueur les propoz dont, au postille des précédantes, que je vous ay escriptes du xxixe du passé, j'ay faict mention que ceste Royne avoit tenuz, lesquelz j'ay mieulx aprins despuys; c'est qu'elle a dict ne doubter aulcunement si ne se trouvoit ainsy bien saysye, comme elle est, de ses prinses que l'on n'essayât de l'offencer et d'entreprendre en plusieurs sortes sur elle et sur ses subjectz, et qu'elle se voyoit contraincte à la guerre comme nécessaire à conserver son estat et sa religion, dont vouloit qu'on préparât ung plus grand armement de mer que celluy qu'elle a desjà, et qu'on pourveust dilligemment à toutes autres choses par terre.
Sur lesquelles particularitez j'ay, par autres propos assez esloignez de ceulx là, tiré du dict comte de Lestre ce qui s'ensuyt: en premier lieu, qu'encor qu'il face bien mal à la Royne, sa Mestresse, de veoir mal tretter et meurtir ceulx de sa religion en France, que néantmoins estant Royne, comme elle est, sur beaulcoup de subjectz, elle ne s'armera contre vous pour la querelle, que vous, estant Roy, combattés contre les vôtres, et qu'il me pouvoit asseurer, en foy de chevalier d'honneur, qu'elle ne vous commencera la guerre, si elle n'y est bien fort provoquée; secondement, qu'encor qu'elle preigne grand confiance de l'amytié du Roy Catholique, si se tient elle si offencée du duc d'Alve et l'estime si cruel, si superbe, et les Espaignolz si intollérables, qu'il n'est rien qu'elle ne face pour chasser et luy, et eulx, hors des Pays Bas; et qu'elle cognoist que leur voysinage luy est fort dommageable, et qu'il est aussi peu proffitable à la France, de tant mesmement qu'après ces guerres et troubles présens, lesquelz elle dict que ce sont eulx qui les ont suscitez et qui les entretiennent, ilz ne fauldront d'en tramer bien tost d'autres pour toutjour travailler les pays de deçà et les réduyre en aussy misérable estat, s'ilz peuvent, comme ilz ont faict l'Itallie et le royaulme de Naples, et qu'elle y remédiera, s'il luy est possible; et pour le troisième, qu'entendant la dicte Dame l'accord des Escouçoys, et comme ceulx en qui la Royne d'Escoce avoit le plus de fiance, et qui, possible, sont cause de la mesme fortune où elle est meintenant, se sont trouvez ses plus contraires, qu'elle commance la justiffier en son cueur de plusieurs choses du passé, et en tient pour coulpables ses meschantz subjectz, délibérant favoriser et porter dorsenavant son faict en ce qu'elle pourra.
Je luy ay, de votre part, Sire, grandement gratiffié ses premier et dernier propos, luy admenant beaulcoup de raisons du grand honneur et proffict que ce sera à la Royne, sa Mestresse, si elle en uze ainsi qu'il a dict; et, sur le propos du millieu, j'ay monstré ne doubter aulcunement qu'il n'y ayt continuation de paix entre le Roy Catholique et la dicte Dame, et ay conformé mes responces à l'amytié que vous avez avecques les deux. Sur quoy, Sire, je suis bien informé que la dicte Dame, encor que plusieurs la persuadent à la guerre et qu'elle veuille obtempérer, autant qu'il est possible, à ceulx de son conseil, si donne elle ordre qu'il y en ayt toutjours quelques ungs d'eulx qui luy conseillent la paix et l'espargne; et elle trouve moyen de fère authoriser et approuver leurs oppinions, de sorte que si le Roy d'Espaigne envoye quelque personnaige de qualité devers elle, je ne fays doubte que tout leur différant, quoy que dye le dict comte de Lestre, ne soit bien tost accommodé, sinon que la restitution de tant de prinses qu'ilz ont faictes y donnast empeschement, laquelle, à la vérité, sera assés difficile à fère, mesmes q'une partie en est allée à la Rochelle, et semble que quelques particulliers, grandz, de deçà, en ayent butiné une autre partie, et l'on vend le reste chacun jour à vil prix.
Aussi, le mesme jour, comme nous sortions de table l'on vint dire aus dictz sieurs Comte et Amyral, que quatre des grandz navyres de ceste Royne avoient, le jour précédant, au Pas de Callais, combattu quatorze ourques, qui venoient d'Espaigne et de Portugal, bien riches de deniers, d'espiceries et d'aultres bonnes marchandises, lesquelles, encor que se fussent longuement deffendues, avoient enfin esté suyvyes et vaincues prez de Domquerque, et en avoit on admené huict dans ceste rivière, dont soubdain ilz allèrent trouver la dicte Dame pour consulter de ceste novelle prinse. Et ainsy, encor qu'ilz veuillent évitter la guerre avecques le Roy d'Espaigne, je ne sçay quel astre les poulse de fère, chacun jour, quelque pas pour s'y mettre davantaige; car ce dernier faict ne se peult excuser sur les pirates, estantz les propres navyres de la dicte Dame qui l'ont exécuté. Néantmoins ilz espèrent que le Roy d'Espaigne, dissimulant tout cella, envoyera devers eulx, ou qu'en fin ilz envoyeront devers luy et que la réconcilliation se trettera. Ilz sont meintennant à rabiller les quatre navyres, qui ont combattu les ourques, lesquelz ont esté assés endommaigez par la résistance de quelques hommes de guerre espaignolz, qui estoient sur icelles, qui ont tiré souvant de quelques pièces qu'ilz avoient, et ont thué plusieurs des leurs. Et, après qu'ilz seront prestz, j'entendz que mestre Ouynter partira, avec toutz les quatre, pour conduyre la flotte de la Rochelle, ayant en fin ceulx cy résolu qu'elle yra quérir le sel et vin du payement des provisions dont ilz rafreschirent ceulx du dict lieu, en décembre dernier, et autres qu'ilz ont meintennant préparez pour leu rapporter; ce que les marchantz, qui en ont faict l'advance, sollicitent bien fort, affin de se pouvoir rembourcer avant que la dicte ville soit réduicte à plus grande extrémité, et aussi que ceulx de la novelle religion estiment que cella pourra conforter et relever, de quelque chose, ceulx de leur party, après la perte qu'ilz ont faicte. J'entendz que le dict Sr. de Voysin a charge de passer oultre devers les princes et villes protestantes d'Allemaigne, mais semble qu'il temporisera, icy, jusques à ce qu'on ayt eu plus grand certitude des choses de dellà.
Ceste Royne a favorablement respondu et escript, de sa main, à la Royne d'Escoce sur aulcunes petites particullaritez qu'elle luy avoit envoyé demander, et le susdict comte de Lestre ayant faict traduyre en françoys la capitulacion des Escouçois me l'a envoyée en la forme que verrez: priant Dieu, etc.
De Londres ce vȷe d'apvril 1569.
Je viens d'estre adverty que ceulx cy renforcent de douze vaisseaulx la flotte pour la Rochelle, oultre qu'on estime que les pirates s'y joindront, quant elle sera en mer, et que l'on a encores aujourd'huy secrètement distribué de l'argent à ceste levée de Flamans, dont je vous ay cy devant escript, laquelle j'entendz estre de xiiiȷe hommes enrollés, ce qui me faict doubter de quelque entreprinse, ainsy que je l'ay mandé à Mr. le maréchal de Cossé, bien que je suis très asseuré qu'il n'y a rien par ordonnance de ceste Royne, ny de son conseil, et de tant que j'avois, cy devant, ouy parler de Blaye, et que le propos en a esté renouvellé, despuys deux jours, en quelque lieu, sera bon qu'on preigne garde vers cest endroict.
A la Royne.